La pilule dès 10 ans

n.c.

Vendredi 28 septembre 2007

Les premiers rapports sexuels ont lieu de plus en plus tôt. La protection aussi, y compris contre le papillomavirus, favorisant le cancer du col de l’utérus. Plus de cinquante fillettes ont reçu une prescription pour une pilule contraceptive l’an dernier.

D’après l’hebdo « De Huisarts », on a prescrit la pilule contraceptive à 57 jeunes filles de dix ans en 2006, tandis que près de 4.000 médecins, généralement des généralistes, l’ont prescrite à des jeunes filles âgées de 10 à 14 ans. L’hebdo pose la question de l’opportunité d’une prescription auprès de patientes aussi jeunes. L’idée selon laquelle l’accès à la contraception pourrait signifier la permission, au moins implicite, du passage à l’acte est en effet répandue. Mais rien ne l’accrédite.

« Outre les cas où la pilule est prescrite pour diminuer les douleurs des menstruations ou pour réguler un cycle parfois fort variable, la pilule peut être prescrite à juste titre aux jeunes filles qui envisagent la question de la sexualité très tôt. Mais cela ne veut pas dire qu’elles passent à l’acte. Au contraire. Mais elles sont rassurées sur leur autonomie à choisir quand et comment elles le feront », signale ce médecin d’un centre de planning. Un généraliste signale que, la contraception ayant été rendue gratuite jusqu’à 18 ans, il arrive qu’une grande sœur de 19 ans, qui n’y a plus droit, demande une prescription au nom de sa petite sœur… mais qu’elle utilise à son profit.

Il reste incontestable qu’études et enquêtes montrent que l’âge des premiers rapports est de plus en plus précoce. Quatorze ou quinze ans en moyenne. Mais une enquête des Femmes prévoyantes socialistes montre que 7 % des jeunes signalent avoir eu un rapport sexuel avant l’âge de 12 ans. Plus de 3.000 jeunes filles de 13 à 20 ans ont subi un avortement l’an passé ; ce chiffre est en croissance, contrairement à celui des femmes plus âgées.

Un deuxième vaccin

Une précocité qui déconcerte parents et institutions : la dernière enquête de l’Institut scientifique de santé publique, qui montre que 9 % des hommes et 5 % des femmes ont des comportements à risque face aux maladies sexuellement transmissibles (17 % des 15–24 ans sont dans ce cas), n’ont interrogé les jeunes sur leur comportement sexuel… qu’à partir de 15 ans, soit un an avant la majorité sexuelle légale.

C’est dans le cadre de cette précocité que s’explique la récente décision du ministre fédéral de la Santé de rembourser à partir du 1er décembre le vaccin contre le cancer du col de l’utérus, ou plutôt contre le papillomavirus (HVP). Toutes les femmes qui développent le cancer du col sont effectivement porteuses de ce virus, qui affaiblit l’organisme et permet le développement du cancer, parfois des années plus tard. Heureusement, toutes les porteuses du virus ne développent pas le cancer (voir notre « Repères »). Le remboursement du vaccin, le Gardasil, représente 412,2 euros par patiente, qui ne paiera plus que 32 euros. Un deuxième vaccin, le Cervarix, devrait bientôt faire son apparition sur le marché, puisqu’il a été autorisé avant-hier sur le marché européen. La Communauté française a indiqué qu’elle entend suivre la récente recommandation du Conseil supérieur de la santé d’aller au-delà en proposant aux jeunes filles de 12 à 15 ans de se vacciner totalement gratuitement. Ce vaccin est en effet bien plus efficace quand il est administré avant le premier rapport sexuel. En choisissant cette tranche d’âge précoce, les pouvoirs publics espèrent dresser une barrière la plus étanche possible contre la maladie.

La ministre-présidente, suivant en cela la recommandation du Conseil supérieur, désirait passer par la médecine scolaire pour cela. Sa ministre de la Santé, Catherine Fonck, préférerait faire confiance aux généralistes, davantage proches des familles, pour administrer le vaccin, mais aussi pour l’expliquer aux parents qui s’étonneraient de la voir appliquée à des jeunes filles qui n’ont pas (encore) l’amour en tête.

FRÉDÉRIC SOUMOIS

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