LE DRAPEAU ne suffira pas

DELVAUX,BEATRICE

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Vendredi 28 septembre 2007

Des drapeaux partout. Des Brabançonnes téléchargées par paquets. Quatre cents personnalités, dont de nombreux intellectuels flamands, qui signent une pétition pro-Belgique… Que déduire de ce noir, jaune, rouge soudain revendiqué alors que l’identité belge fait généralement dans le modeste, sinon dans l’autodérision ? Il est d’abord et avant tout le reflet d’une émotion de nombreux francophones comme de certains Flamands qui se servent du drapeau comme d’une valeur refuge, lançant au monde politique un message du cœur : « Sauvegardez ce pays, sa capacité à faire vivre ensemble des différences. » Mais au-delà ? Que vaut ce sentiment de belgitude, qui surgit toujours dans les moments de peur de l’incertain, de peur du gâchis, du changement ? Hervé Hasquin, homme politique libéral, certes très attaché aux thèses wallonnes, frappe fort dans nos colonnes en évoquant ces francophones qui vivent dans un grand bluff belgicain, à l’heure où les critères d’analyse historique appliqués au cas Belgique, forceraient à acter que cette nation n’existe déjà plus. La Belgique, un état artificiel ? Très particulier, en tout cas. Le « Face-à-face Nord-Sud » que nous avons mené avec le « Standaard » a débouché sur une grande conclusion : les deux communautés vivent en parallèle, sans animosité mais aussi sans repères culturels réellement

communs (les hit-parades de livres, de films, de VIP sont quasi totalement distincts), et sans réelles convergences idéologiques (un nord résolument libéral et pragmatique, un sud plus à gauche et social). Ce qui ne veut pas dire que la séparation est inéluctable. Mais implique qu’aucune réforme de l’Etat ne tiendra la route si, primo, elle consiste à mettre le couvercle sur une casserole à pression, sans tenir compte des réalités et repères culturels des deux communautés. Ni, secundo, si elle ne valide pas les avantages réels reconnus par les deux communautés de la coupole Belgique.

La Belgique deviendra un Etat artificiel si ses deux composantes restent collées l’une à l’autre uniquement par contrainte – Bruxelles, les pensions, la dette…

Aucun couple ne résiste au huis clos forcé. Aucune émotion ne colmate les brèches intimes.

Pas de résultats.