L’explorateur en bout de piste

DUBUISSON,MARTINE

Vendredi 28 septembre 2007

111 jours sans gouvernement. Week-end décisif pour Herman Van Rompuy. L’explorateur est attendu au Palais pour son rapport final au Roi. Lui annoncera-t-il le décollage ou le crash de l’Orange bleue ?

Après pile un mois, l’explorateur sortira enfin des tranchées belgo-belges, ce week-end : sauf surprise de dernière minute (rien n’est décidément exclu dans cette mission de formation orange bleue…), Herman Van Rompuy déposera, samedi ou dimanche, son casque colonial, sa saharienne et son filet à papillons. Sans que l’on sache, vendredi soir, s’il aura attrapé quelque chose dans ce filet…

Le scénario le plus probable est le suivant : samedi matin, les présidents de la bipartite – Milquet, Reynders, Vandeurzen, Somers – retrouvent Van Rompuy pour une réunion finale. Objectif : approuver, ou non, le dernier texte sur la table, amendé encore depuis la réunion de jeudi soir. A midi, certains négociateurs ayant d’autres obligations, la réunion se termine. Van Rompuy clôt son rapport final, qu’il porte au Roi dans l’après-midi. Un scénario qui tient si, le matin, l’accord est bouclé, mais aussi si l’échec est entériné. Par contre, si les partenaires avancent, mais qu’une nouvelle discussion est nécessaire, rendez-vous sera pris dimanche. Dans ce cas, l’explorateur irait au Palais dimanche. Il y a donc « 99,9 % » de chances que Van Rompuy ne soit plus explorateur lundi. Autre pronostic qui se confirme : il ne sera pas ministre de l’Orange bleue. Voilà pour le tempo. Qu’en est-il de la partition ? Il faut décidément être explorateur pour suivre…

Reprenons. Jeudi après-midi, le « top » CD&V se réunit. Treize « chefs » chargés de coacher le président Vandeurzen avant la réunion des quatre présidents de l’Orange bleue, le soir. Sur la table : le « non paper » de l’explorateur sur la réforme de l’Etat, dont le fameux schéma institutionnel (qui prévoit quatre phases : réformes à majorité simple ; certaines réformes aux deux tiers ; régionalisation de compétences ; comité des sages). Les démocrates-chrétiens flamands doivent décider d’accepter ou non ce compromis.

Résultat ? Van Rompuy n’est pas recalé, mais pas médaillé non plus. « Meer, en concreter » (« Plus, et plus concret ») Tel est le message.

Le CD&V veut, donc, plus et du plus concret. « On a avancé, reconnaît-il, mais c’est encore insuffisant. » La N-VA ne dit pas autre chose : « Ce n’est pas sans mérite, mais insuffisant. » Ce ne serait que les « zakouski », pas le plat de résistance de la réforme… Les pontes du CD&V envoient donc Jo Vandeurzen à la réunion des présidents avec ce mot d’ordre : il faut de nouvelles avancées. Des domaines sont cités : allocations familiales (tabou CDH) et impôt des sociétés, voire régionalisation du marché du travail et des soins de santé (ces derniers ayant récemment fait leur retour sur la table de négociation). Autant de sujets qui crispent, c’est peu dire, les francophones.

Le soir, les quatre présidents retrouvent donc Van Rompuy. Et discutent jusqu’à l’aube (3 h 30), sans aboutir. L’espoir secret était bien celui-là : annoncer, au petit matin, un accord sur un cadre institutionnel permettant aux véritables négociations gouvernementales de commencer. Il n’en est donc rien. Le CD&V se trouvant à son tour dans la position « seul contre tous » – même si, vendredi, l’OpenVLD assurait être sur la même longueur d’ondes que lui et que la marge de manœuvre du CDH n’est guère extensible.

L’explorateur torpillé par les siens ? Vendredi matin, l’ambiance est mortuaire. Dans les cénacles CD&V, on n’y croit plus guère. Et l’on imagine l’explorateur prêt à jeter l’éponge. Aucune réunion entre partenaires n’est d’ailleurs organisée. Place, à nouveau, aux contacts informels.

Au fil des heures, l’espoir renaît à nouveau. Il est même des voix CD&V pour redire qu’il n’est d’autre salut que dans l’Orange bleue. Prenez Piet de Crem, chef de groupe à la Chambre. « La tripartite est vraiment un scénario d’horreur. Comment résoudre les problèmes en matière de système carcéral, de criminalité juvénile, d’immigration, d’asile… avec les socialistes qui ont mené une politique qui n’a abouti à rien ? Et sur l’institutionnel, on aboutirait à moins que maintenant. »

Ce samedi matin, un nouveau « non paper » amendé sera sur la table des quatre présidents. Il sera, cette fois, à peu près à prendre ou à laisser… Détail qui a son importance : ce texte n’évoque pas BHV. Les partenaires sont d’accord (même si ça grince dans le cartel CD&V/N-VA) pour en discuter en fin de négociation. Ce serait donc pour… le formateur Yves Leterme. Coucou le revoilà ! Leterme à propos duquel beaucoup s’interrogent : à quel jeu joue-t-il ? On le dit dans le camp des CD&V les plus radicaux ; il aurait même voulu en revenir à sa propre note de Val Duchesse. Et il est, assurent plusieurs sources, à l’origine de quelques « belles » fuites en direction de la presse flamande… L’homme serait partagé entre son envie de retourner rapidement au cœur du débat et la crainte d’un terrain qui ne serait pas encore assez déblayé lorsqu’il reprendra le flambeau. Tout en ne souhaitant pas qu’un médiateur francophone prenne « sa » place. Une pression qu’il vit manifestement mal.

Pas de résultats.