Yves Leterme à nouveau formateur
n.c.
Dimanche 30 septembre 2007
111 jours sans gouvernement. Mission réussie pour Herman Van Rompuy qui, après un mois, a été déchargé de son rôle d’explorateur. Le Roi a désigné samedi soir celui qui va devoir reprendre, en toute discrétion cette fois, les négociations en vue de constituer un gouvernement. Sans surprise, le nouveau formateur est le même que l'ancien : Yves Leterme.
Plus d’un mois après son échec dans sa tentative de former un gouvernement orange bleu, l’ex-ministre président flamand Yves Leterme, élu sénateur avec près de 800.000 voix le 10 juin dernier, a été désigné samedi, pour la seconde fois, formateur par le Roi. Les négociations pour la formation d’un gouvernement vont pouvoir reprendre.
Selon un communiqué du Palais diffusé samedi soir, « le Roi a reçu en audience au Château de Ciergnon M. Yves Leterme, sénateur. Le Roi a chargé Yves Leterme de former un gouvernement », indiquait le communiqué. Celui-ci a accepté cette mission, précisait-il encore.
Samedi en fin d’après-midi, le Palais indiquait, dans un autre communiqué qu’« il y a suffisamment d’éléments de convergence pour permettre la reprise des négociations sous la direction d’un formateur ». Le cartel CD&V/N-VA, le MR et l’Open VLD s’était rangé derrière ce communiqué royal. Le CD&V/N-VA estime en particulier qu’il y a « suffisamment d’engagements sur l’institutionnel » ainsi que quelques avancées dans le domaine socio-économique.
Aucun accord formel n’est scellé
Si un climat de confiance est bel et bien rétabli entre les différents partis concernés par une coalition orange bleue potentielle, aucun accord formel n’est toutefois sur la table. Le différend communautaire entre partis néerlandophones, le cartel CD&V/N-VA et l’Open VLD, et francophones, le MR et le CDH, s’était avéré trop important et Herman Van Rompuy avait été chargé d’explorer les pistes de relance de la négociation. Un mois plus tard, l’explorateur royal a fait rapport des résultats de sa mission et des conversations qu’il a eues dans ce cadre. « Il en ressort qu’il y a suffisamment d’éléments de convergence pour permettre la reprise des négociations sous la direction d’un formateur », selon le communiqué du Palais royal.
Discrétion
Fidèle à sa méthode, Herman Van Rompuy s’est refusé à tout commentaire sur la situation politique du moment et s’astreindra à un devoir de réserve pendant deux semaines au moins.
Les communiqués du Palais ne permettent pas de connaître les points de convergence auxquels a abouti l’explorateur. Il ne serait en tout pas question, à ce stade, d’un accord sur un « phasage » communautaire, a indiqué une source.
Par ailleurs, la régionalisation de l’impôt des sociétés, qui aurait bloqué la négociation dans la nuit de jeudi à vendredi, n’aurait pas été abordée samedi lors de la dernière réunion présidée par l’explorateur, sans qu’on puisse en tirer aucune conclusion.
Le dossier de la scission de Bruxelles-Hal-Vilvorde n’a pas non plus fait l’objet de négociations et ne devrait plus être évoqué qu’en fin de parcours.
Aucun parti de l’Orange bleue n’a souhaité commenter officiellement samedi soir la décision du Palais.
Une popularité descendante
Yves Leterme avait été nommé une première fois à cette fonction le 15 juillet et avait démissionné le 23 août après avoir constaté l’importance du différend qui opposait les partis flamands aux partis francophones à propos de la réforme de l’État.
Le potentiel Premier ministre pourra disposer pour diriger les négociations des conclusions des travaux d’exploration d’Herman Van Rompuy.
Ce dernier est entré en lice le 29 août après que le Roi a consulté une série de ministres d’État qui ont été mêlés peu ou prou à la résolution de crises institutionnelles. Parmi ceux-ci figurait l’ancien premier ministre Jean-Luc Dehaene dont une note qu’il avait sur les genoux à son arrivée au château du Belvédère a été photographiée par la presse.
Il y était question de la formation de l’Orange bleue, de la réunion des scrutins, d’une réforme de l’État à élaborer à moyen terme par des politiciens expérimentés, de la position de la N-VA et d’un éventuel soutien du PS. Bon nombre de ces scénarios restent aujourd’hui d’actualité.
Quelques jours après sa désignation, l’explorateur testait la volonté d’Écolo d’éventuellement intégrer la coalition en gestation. En vain. Écolo se voyait mal entrer sans Groen !, pointait la N-VA comme un problème et demandait de faire redémarrer, le cas échéant, la discussion à partir de zéro, de manière à y intégrer son programme. Par l’intermédiaire de Jean-Luc Dehaene, Herman Van Rompuy tentait également d’approcher le PS qui refusait de jouer au dépanneur.
L’ex-formateur Yves Leterme voyait pendant ce temps sa cote de popularité suivre une courbe descendante, singulièrement dans la partie francophone du pays.
Depuis le 10 juin, diverses prises de position ou manifestations de sa part interprétées comme malheureuses ont contribué à mettre à mal sa popularité. Durant l’intermède Van Rompuy, celles-ci n’ont pas cessé. Ainsi, le 12 septembre, il suggérait lors d’une émission pour enfants à la VRT de proposer aux francophones un troc « financement de l’école contre réforme de l’État ». Dans une palinodie à peine voilée, sa porte-parole tentait de recadrer la communication de son patron. Durant la même émission, le candidat Leterme disait préférer le Vlaamse Leeuw à la Brabançonne. Joëlle Milquet l’invitait par caméra interposée à ne plus se répandre en interviews.
Entretemps, à la Chambre, les députés ont commencé l’examen des propositions de loi relatives à la scission de Bruxelles-Hal-Vilvorde, un dossier qui demeure donc un écueil pour la formation du gouvernement, avec la réforme de l’État et les thèmes socio-économiques, dont on a plus parlé depuis des semaines. S’il veut diriger l’Orange bleue, le formateur Leterme II devra s’y atteler. Et gommer l’échec du formateur Leterme Ier.
(Belga, avec Martine Dubuisson)
