Voici le « formateur nouveau »

DUBUISSON,MARTINE

Lundi 1er octobre 2007

113 jours sans gouvernement. L’explorateur a réussi : il a débloqué la crise. Leterme prend le relais. Le « formateur nouveau » est-il arrivé ?

Mission accomplie ! En se rendant, samedi après-midi au château de Ciergnon, pour y faire son rapport final au Roi, Herman Van Rompuy éprouvait ce sentiment-là. Pourtant, les négociateurs le répètent à souhait : « il n’y a pas d’accord ». Mais, précise le communiqué du Palais : « Il y a suffisamment d’éléments de convergence pour permettre la reprise des négociations sous la direction d’un formateur. » Si les quatre présidents de parti de l’Orange bleue n’ont pas ficelé d’accord gouvernemental, la voie est toutefois ouverte pour l’Orange bleue.

C’est tout, 112 jours après les élections ? Oui et non.

Oui, car c’était l’objet de l’« exploration ». Van Rompuy ne devait pas former la bipartite, mais « débloquer là où ça avait bloqué » sous le formateur Leterme. Ce qu’il a fait. Leterme avait échoué sur l’institutionnel – la réforme de l’Etat –, Van Rompuy s’est concentré sur l’institutionnel (même s’il y a des avancées sur le socio-économique, et sur BHV, reporté de commun accord en fin de négociations).

Non, car samedi matin, lors de la dernière réunion sous la houlette de Van Rompuy avec les présidents Milquet, Reynders, Vandeurzen et Somers, les quatre se sont tout de même largement accordés sur un cadre institutionnel. Qu’il ne faudra plus guère renégocier. Il s’agit du fameux phasage de la réforme de l’Etat : d’abord des réformes à la majorité simple, par accord de coopération ; puis, durant les trois premiers mois du gouvernement, des réformes en comité de concertation ; enfin, le gros des réformes aux deux tiers, avec des commissaires royaux de tous partis, sur la base de thèmes prédéfinis – avec certains verrous, dit-on, empêchant par exemple de toucher à la sécurité sociale.

Tout n’est pas réglé. Il n’y a pas d’accord à 100 %. Et certains forcings de dernière minute ne sont pas exclus. Mais, samedi après-midi, l’explorateur jugeait avoir suffisamment avancé pour être déchargé de sa mission. Et céder le relais. Dans la soirée, un deuxième invité se rendait à Ciergnon : Yves Leterme était nommé formateur dans la foulée.

Pour le CDH, c’est l’épée de Damoclès d’une crise de l’Etat qui est levée. Pour le CD&V, encore gêné aux entournures, on a simplement « obtenu suffisamment d’engagements pour continuer à discuter » – dimanche, une réunion au top allumait ce feu vert. Pour la N-VA, « il n’y a toujours pas d’accord sur un nombre important de dossiers cruciaux ».

Pourquoi cet acharnement à assurer qu’il n’y a pas d’accord ?

Pour ne pas crisper le cartel CD&V/N-VA, qui a dû réduire ses prétentions institutionnelles, car une telle crispation aurait pu tout bloquer à nouveau.

Pour faire passer un message, aussi : ce sera bien Leterme qui bouclera, et assumera, l’accord gouvernemental. Mais dans les faits, les lignes d’accords potentiels dans différents domaines sont esquissées. Un mois et six jours après sa démission, revoilà donc le formateur Leterme.

Avec une dernière chance d’aboutir. Et d’être Premier ministre.

Monsieur 800.000 voix n’a cette fois plus droit à l’erreur. Il lui faut donc changer de méthode. Plus de réunions médiatisées à Val Duchesse (un autre endroit est prévu) ; plus de négociations à 15 ; plus de déclarations matamoresques, mais discrétion et confidentialité. Et des relations apaisées avec la presse.

Le « Leterme nouveau » est annoncé…

Dimanche, Leterme a eu de premiers contacts avec les présidents. Il se donne deux jours, ces lundi et mardi, « pour s’organiser ». C’est-à-dire fixer la procédure : « tempo des discussions, nombre de négociateurs… ». Les véritables négociations reprendront ensuite.

Le formateur aura un atout dans sa manche : s’ils ne sont pas les meilleurs amis du monde, comment pourrait-il se passer de Van Rompuy ? Officiellement, l’ex-explorateur n’est plus que négociateur CD&V. En fait, il sera plus que cela. Selon un accord à confirmer, Van Rompuy gardera, de manière informelle, la main sur le dossier communautaire et BHV. En présidant un « groupe institutionnel », Leterme se concentrant sur le « groupe socio-économique ».

Mais le CD&V tient à préciser : il n’y a qu’un formateur…

Celui-ci a un bon mois pour boucler un accord global de gouvernement. Puisqu’on annonce toujours l’Orange bleue pour la Toussaint.

P.19 vent du nord

et courrier des lecteurs

P.20 l’édito

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