Aucun soupçon de l’armurier de Hans

n.c.

Mercredi 3 octobre 2007

Quand Hans Van Themsche a acheté l’arme du crime le matin de son équipée meurtrière, il donnait l’image de quelqu’un de calme, a témoigné l’armurier qui a vendu le fusil de chasse à l’accusé. Ses éducateurs à l’internat de Roulers l’ont pour leur part qualifié de « bon interne ».

L’armurier pensait que le jeune homme, qui venait de fêter ses 18 ans, réalisait finalement son rêve d’enfant en achetant sa première arme. Une perquisition chez l’accusé a montré au contraire qu’il possédait déjà tout un arsenal.

Hans Van Themsche s’est présenté le 11 mai 2006 vers 9h45 dans l’armurerie, située Lombardenvest à Anvers. « Il voulait savoir quelles armes étaient encore en vente libre », a raconté l’armurier, Benoît Lang, à qui le jeune homme fit l’impression de quelqu’un de calme et mûr. Il n’a pas prêté attention à son habillement et à sa tête rasée. « Il y en a plein comme ça à Anvers », s’est-il justifié.

Il a montré plusieurs armes à Van Themsche, dont un fusil de chasse de la marque Marlin, très populaire, selon le témoin. Le jeune homme était intéressé, mais il devait d’abord retirer de l’argent. Il s’est ainsi rendu dans une agence de la banque Dexia, au Kleine Steenweg, à Wilrijk, où il a retiré 750 euros de son compte.

Vers 11 heures, il est retourné à l’armurerie pour acheter le fusil Marlin. L’armurier lui en a expliqué le fonctionnement et a rempli les formulaires nécessaires. Van Themsche a voulu aussi des munitions, mais le commerçant ne disposait que de munitions de calibre 30.30 de la marque Remmington, utilisées principalement dans les stands de tir ou pour la chasse au gros gibier.

« Ce sont des cartouches qui s’ouvrent une fois qu’elles ont pénétré le corps. Elles causent une petite blessure au point d’entrée, mais une grande à la sortie du corps. Leur objectif est de toucher un maximum de points vitaux, ce qui permet à l’animal de mourir plus rapidement », a expliqué le témoin.

Le président de la cour, Michel Jordens, l’a interrogé sur la question de savoir s’il avait demandé au jeune homme pourquoi il avait besoin de cette arme. « Non, a reconnu l’armurier. Je pensais qu’il venait peut-être de fêter ses 18 ans et qu’il se considérait désormais comme assez âgé pour acquérir une arme ».

Or, l’accusé possédait déjà un arsenal à son domicile, était-il apparu au cours d’une perquisition. Il possédait ainsi un fusil à chevrotine, trois fusils à pompe, une machette, une courte épée, sept couteaux, une catapulte, un coup-de-poing américain, deux pistolets contrefaits pouvant tirer des projectiles de 6 mm et plusieurs types de munitions. Certaines armes fonctionnaient encore, d’autres non.

D’autres témoins ont raconté avoir vu Hans Van Themsche se promener avec l’arme le jour des faits ou assisté aux fusillades.

Un « bon interne »

Les éducateurs avaient surpris Hans Van Themsche en train de fumer dans sa chambre deux jours avant son équipée meurtrière, le 11 mai 2006, et déploraient qu’il soit renvoyé de l’internat pour ce motif. « Pourquoi justement Hans ? », s’étaient-ils alors interrogés, car ce dernier était un bon interne, selon eux.

Les éducateurs qui assuraient la surveillance des élèves ont entendu du bruit le 9 mai 2006 aux alentours de 23h30. Ils effectuaient leur ronde quand ils ont aperçu de la lumière provenant de la chambre de Hans Van Themsche. Ils ont frappé et ont voulu entrer, mais la porte était fermée à clé, ce qui était interdit. Sur leur insistance, le jeune homme leur a finalement ouvert.

« Hans avait visiblement bu. Ses lèvres portaient encore les traces rouges du vin. Il était dans un état second et incapable de mener une conversation normale », a raconté Giovanni Houthoofd.

Les surveillants ont fouillé la chambre, et Van Themsche leur a indiqué une bouteille de vin rouge, à moitié vide, cachée sous les draps du lit. Une recherche plus fouillée a permis aussi de retrouver des bouteilles de vodka vides et une bouteille de plastique servant de cendrier et contenant quatre mégots de cigarettes.

« Les internes ne peuvent pas faire de feu dans leur chambre et ils savent que s’ils sont pris en train de fumer, une exclusion est presque inévitable », a expliqué Titus Monteyne.

Les deux éducateurs déploraient avoir justement surpris Hans.

« Je ne m’attendais pas à ça de lui. J’étais sous le coup et déçu qu’il serait renvoyé de l’internat. Hans était une personne tranquille et chaleureuse. A son arrivée, il s’était un peu renfermé sur lui-même, mais la dernière année, il s’était fait plus présent, de par sa participation au conseil de l’école, ses remarques justes et son sens de l’humour », s’est rappelé Titus Monteye.

Etouffer l’affaire

Les éducateurs avaient même envisagé de taire l’incident à la direction. Mais ils savaient qu’il viendrait au jour un jour ou l’autre et qu’ils ne pouvaient pas agir ainsi vis-à-vis des autres internes. Le lendemain matin, ils ont mis la direction au courant.

« Hans m’a parlé, plus tard ce jour-là. Il m’a dit que la décision revenait maintenant à la direction et que cela s’annonçait mal. Les choses étaient claires pour lui, avait-il ajouté. Il était très déçu, selon moi », a déclaré Giovanni Houthoofd.

Le jour même, le 10 mai, la direction a décidé d’exclure Hans Van Themsche de l’internat, mais il n’a pas été immédiatement informé, car sa classe était en voyage scolaire à Louvain.

« Mais l’exclusion de l’internat ne signifiait pas qu’il ne pouvait plus fréquenter l’école. Il pouvait prendre un kot à Roulers. L’école l’aurait d’ailleurs sûrement aidé à trouver un autre logement », a fait remarquer Titus Monteyne.

Lorsque la nouvelle des crimes a été connue à l’école et à l’internat, cela a fait l’effet d’une bombe. « Nous ne pouvions pas y croire. Cela ne correspondait pas au Hans que nous connaissions. Je l’ai toujours trouvé gentil, et même un peu nonchalant », a déclaré la directrice, Katrien Vereenooghe.

L’armurier Benoît Lang devait être entendu ensuite.

(d’après Belga)

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