La leçon de la survivante
METDEPENNINGEN,MARC; DE MUELENAERE,MICHEL
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Jeudi 4 octobre 2007
Justice Le témoignage poignant aux assises d’Anvers de Songul Koç
Blottie dans son long manteau sombre, la tête enserrée dans un foulard aux élégants dégradés de la gamme des gris et des noirs, Songul Koç a opposé aux motivations racistes de son exécuteur les vertus de la solidarité : « J’ai reçu énormément de marques de sympathie. De ma famille, de mes proches, d’anonymes, du bourgmestre d’Anvers et même du Roi. Sans cela, je n’en serais jamais sortie. »
Refus de la haine et vertus de la solidarité : le message de Songul Koç, dont « la Turquie et la Belgique sont mes deux pays », n’a pas été entendu par Van Themsche, camouflé dans le box, tête basse, lorgnant ses pieds, portant depuis trois jours cette chemise brique et cette cravate noire qui ne semble porter le deuil que de ses propres désillusions.
Assise sur la chaise des témoins, enserrée dans les bras d’une assistante de justice qui lui caressait doucement les épaules et le dos pendant son témoignage, Songul s’est rappelée, en parlant un néerlandais mâtiné d’accent anversois, la voix parfois brisée par des sanglots, de cette chaude journée du 11 mai 2006. « Je devais me rendre dans un centre médical, mais je m’étais trompée dans mon agenda. Mon rendez-vous était à 11 h et non à 12 h comme je le croyais. Je ne voulais pas attendre là pendant une heure. J’ai vu le parc, le banc. Je pensais d’abord aller lire mon livre dans la voiture prêtée par ma voisine. Mais j’ai choisi le banc. » Ce livre parlait de philosophie de choses de la vie, de bonté et de générosité. « Je ne sais pas combien de temps j’ai lu. J’étais plongée dans ces pages. Et tout à coup, j’ai entendu un bruit. J’ai cru un instant qu’il s’agissait de l’explosion d’une bonbonne de gaz. Je ne pouvais pas croire qu’en Belgique autre chose puisse arriver. Tirer sur des gens, ça se passe dans d’autres pays ! »
Pourtant, elle se retrouva à terre, frappée au sein droit par la première balle tirée par Van Themsche, en quête de « macaques » à abattre. « Je suis tombée, j’étais proche de la mort. Je me suis dit “Dieu si j’ai commis des fautes, pardonne-moi”. » Les sirènes des ambulances se sont rapprochées. Dans celle qui l’emmena, elle ressentit un « grand froid » et elle se préoccupa auprès des infirmiers de la voiture de son amie et du coût qu’allait entraîner ce qu’elle croyait encore être un « accident ».
À l’hôpital, une fois stabilisée, elle refusa de quitter le service des soins intensifs. « Là, on était surveillé en permanence. Dans une chambre seule, n’importe qui pouvait y entrer. J’avais peur que tout cela se reproduise. »
Douleur de cette rescapée : « Avant, j’étais sociable, prête à aider tout le monde. Maintenant, j’ai peur. Je ne me sens en sécurité que chez moi. Je ne comprends toujours pas pourquoi Hans Van Themsche m’a abattue. Et ses excuses ne me suffisent pas ! »
Douleur aussi d’autres survivants, demeurés dans l’ombre. Il y a ces commerçants, ces passants, ces employés, venus dire à la barre des témoins qu’ils avaient aperçu Van Themsche, visage déterminé et sans expression, s’avancer dans les rues d’Anvers, arme à la main. Les uns ont espéré qu’une patrouille de police l’avait aperçu ; d’autres ont hésité à appeler les forces de l’ordre, croyant que l’énigmatique jeune homme ne pouvait être que porteur d’une arme factice, un « jouet ». Un dernier a appelé la police, persuadé que le Marlin de Van Themsche était bien une arme de mort. Quelques minutes plus tard, le premier coup de feu retentissait, laissant tous ceux-là, aujourd’hui encore, dans l’interrogation cruelle : « Qu’aurais-je dû, qu’aurais-je pu faire pour éviter tout cela ? »
Perdue dans ses pleurs, Sonja Verbeeck a expliqué aux jurés ce qu’elle avait vu ce 11 mai 2006. Van Themsche épaulant son fusil vers Oulematou Niangadou et lui ôtant la vie : « J’ai entendu les pleurs de Luna. Il a relevé son arme et a fait feu. Oulematou a tenté de la protéger. Je me suis précipitée. Van Themsche souriait. Il est reparti d’un pas assuré. Luna m’a encore regardée. Elle est morte dans mes bras. » Le matin, la Cour s’était intéressée aux prémices de la mortelle randonnée. Directrice et éducateurs de l’internat de Roulers dont Van Themsche venait d’être renvoyé pour avoir fumé dans sa chambre l’avaient décrit comme un garçon ambitieux et sans histoires. L’armurier Lang, qui lui avait vendu le matin même l’arme fatale, n’avait rien remarqué de particulier ni d’inquiétant chez ce jeune homme de 18 ans qui, croyait-il, voulait « réaliser ses rêves d’enfant » en achetant ce fusil…
Tous les jeux vidéo ont droit de cité en prison
On l’a appris au procès : Hans Van Themsche dispose, dans sa cellule à la prison d’Anvers, d’une console avec laquelle il joue à des jeux que l’on dit très violents. De quoi se poser des questions surtout si l’on considère que la violence des jeux suscite la violence « en vrai ». Ce dernier point est controversé, mais faut-il appliquer un principe de précaution ?
La loi sur le statut du détenu, rappelle Manuel Lambert, conseiller à la Ligue des droits de l’homme, prévoit que « la privation de liberté est la seule sanction qui frappe le détenu. Celui-ci conserve ses autres droits ». Dont celui, s’il en a les moyens, de posséder une télévision, un magnétoscope, un ordinateur ou une console de jeux pour meubler ses loisirs. Seuls les GSM et la connexion internet sont interdits. « Le détenu regarde ce qu’il veut à la télé, dit Jean Lizen, syndicaliste CGSP. Les cassettes vidéo qu’il reçoit sont vérifiées mais pas visionnées ». A la prison d’Andenne, le détenu peut commander des cassettes « sur la liste de la cantine, mais ne peut en recevoir de visiteurs ». Les jeux ? Pas de contrôle.
« Tout ce qui est autorisé à l’extérieur de la prison est également autorisé à l’intérieur », précise l’avocat Réginald de Béco, membre de la commission de surveillance de la prison de Forest. Exit donc la pédopornographie, mais pas la pornographie. Exit les jeux vidéo nazis, mais pas les jeux violents. La règle vaut même pour les délinquants sexuels et mêmes pour les criminels. Seule restriction à ces règles générales : le régime de sécurité particulière, décidé par l’administration pénitentiaire sur proposition du directeur de la prison. Ce régime permet de priver un détenu de certains objets, de certaines activités. Mais il ne s’applique généralement que si le détenu menace l’ordre de la prison ou risque d’attenter à sa vie. Ce n’est pas le cas d’Hans Van Temsche qui actuellement est détenu dans un régime d’isolement.
