Monarchie - Le fils du prince Philippe et de la princesse Mathilde est né mercredi à l'hôpital universitaire Erasme Gabriel, ce « grand et fort gaillard » Le chocolatier bat tout le monde au sprint DIAGONALE Les médecins sont-ils fournisseurs de la Cour ?

LAPORTE,CHRISTIAN; SOUMOIS,FREDERIC; MARTON,RUDOLF

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Jeudi 21 août 2003

Monarchie - Le fils du prince Philippe et de la princesse Mathilde est né mercredi à l'hôpital universitaire Erasme

Gabriel, ce « grand et fort gaillard »

* Gabriel, Baudouin, Charles, Marie de Belgique est déjà un « grand et fort gaillard » à en croire son princier père. * Il occupe la troisième place dans l'ordre de succession au trône.

CHRISTIAN LAPORTE

Comme sa (grande) soeur Elisabeth, il y a deux ans, le prince Gabriel, deuxième enfant du prince Philippe et de la princesse Mathilde, est né avec une dizaine de jours d'avance sur la date prévue.

Une naissance tout aussi normale donc que la précédente - elle l'est, scientifiquement, si l'enfant naît entre trois semaines avant et deux semaines après la date prévue ! - selon le professeur Yvon Englert, le responsable du service de gynécologie qui accompagnait, mercredi matin, le directeur de l'hôpital universitaire Erasme, le professeur Stéphane Lejeune, forcément très heureux d'avoir pu accueillir une fois encore l'épouse du prince héritier dans l'institution libre-exaministe d'Anderlecht.

Admise mardi vers 16 h 15, la princesse Mathilde avait donné la vie à Gabriel, mercredi à 1 h 14, au terme d'un travail considéré comme sans problème, en présence de l'heureux père et sous le contrôle de la gynécologue, le Dr Geneviève Naômé, et d'une infirmière.

Heureux, le prince Philippe l'est sans conteste tout autant qu'en octobre 2001 car son fils ressemble déjà beaucoup à Elisabeth.

Malgré la fatigue qui burinait encore les traits de son visage, le Prince s'est prêté de bonne grâce à un contact informel avec les journalistes. Un sympathique bien que bruyant « face à la presse » devant le kiosque à journaux - il s'y était procuré quelques quotidiens - avant de recevoir un coussin clin d'oeil se réjouissant de l'arrivée d'un garçon...

Sans nul doute, tant le Prince que la Princesse (qui connaissaient le sexe de l'enfant depuis plusieurs mois mais ne s'en étaient même pas ouverts à leurs propres parents !) sont aujourd'hui des parents comblés. La grossesse s'est passée sans problème et le petit prince est en parfaite santé, ayant découvert la planète bleue avec un poids de 4 kg et une taille de 52 cm.

Blond aux yeux bleus, celui qui est désormais troisième dans l'ordre de succession au trône portera donc comme prénom celui de Gabriel, puis celui de Baudouin, un hommage à feu le Roi auquel ses parents tenaient beaucoup.

Mais pourquoi donc Gabriel ? C'est un choix très réfléchi du couple, selon le prince Philippe. Non seulement parce qu'il sonne bien mais aussi parce qu'il incarne symboliquement une volonté de dialogue multiculturel : Gabriel apparaît certes à plus d'une reprise dans la tradition chrétienne mais aussi, on le sait moins, dans les traditions juive et musulmane. Une optique qui plaît, dès lors, très fort au prince Philippe dont on sait qu'il accorde personnellement une très grande importance au rapprochement des différences dans la reconnaissance de la diversité.

Cette ouverture se caractérise aussi par le choix de la marraine. Qui est, lui, franchement européen, répondant en quelque sorte à une autre grande conviction du prince héritier... Alors que c'est le jeune frère de Mathilde, Charles-Henri d'Udekem, qui sera son parrain, Gabriel aura une marraine italienne en la personne de Maria Cristina Rossi di Montelera, épouse du baron Hans-Ulrich von Freyberg. Cette architecte de 38 ans est, en fait, la petite-fille de la soeur aînée de la reine Paola. Cette petite-nièce du Prince et son époux sont très proches de Philippe et Mathilde. Et ils incarnent aussi une Europe largement ouverte à la modernité...

Sous le coup de l'émotion, Philippe a décrit son fils comme paraissant déjà très solide, assez grand avec des pieds et des mains énormes. Bref, selon sa propre définition, un grand et fort gaillard...

Après sa rencontre avec les journalistes, le Prince a accueilli ses parents et ses beaux-parents auprès de leur nouveau petit-fils. Le Roi et la Reine étaient, en effet, rentrés du midi de la France en fin de matinée alors que le comte et la comtesse d'Udekem avaient déjà été précédés par leur fille Elisabeth, plus tôt le matin. Enfin, la petite princesse Elisabeth franchit à son tour l'enceinte d'Erasme pour découvrir celui dont, un peu nerveuse, elle pressentait bien l'arrivée, à en croire ses parents. Ce jeudi, d'autres proches sont attendus. Puis, vendredi, Philippe ira déclarer la naissance de Gabriel à l'hôtel de ville d'Anderlecht. Un moment certes important mais qui ne devrait pas revêtir l'ampleur de la déclaration d'Elisabeth, appelée il est vrai à régner dans le sillage direct de son père. En fin de semaine, on découvrira le visage du nouveau prince par la diffusion de ses photos officielles. Le bonheur princier passera alors de la sphère privée à l'avant-scène publique...·

Le chocolatier bat tout le monde au sprint

Les dames préposées à l'accueil d'Erasme le confirment : il y aura moins de bouquets et de cadeaux pour Gabriel et ses parents que pour la naissance de sa soeur mais l'ambiance est quand même résolument à la fête dans l'hôpital, lieu de joies mais aussi de moments tristes comme l'atteste l'arrivée d'un corbillard, peu avant l'arrivée du Roi et de la Reine. Au comptoir d'accueil, un Belge d'extraction récente apporte un petit bouquet, question de marquer son attachement à son pays d'adoption. Au fil des heures, les bouquets se multiplient comme des cadeaux plus imposants. Coup de pub ou geste sincère, les très authentiques « Fournisseurs de la Cour » entrent en lice. A l'évidence, Neuhaus, le chocolatier, bat tout le monde au sprint. Un imposant colis de chocolats en tous genres est amené par un cuisinier plus vrai que nature et toqué de surcroît. Pour faire bonne mesure, le pâtissier Wittamer déposera aussi de belles et bonnes choses. Mais voilà qu'une drôle d'équipe de télé se plonge dans la mêlée : les joyeux drilles de Ketnet (la chaîne jeunes de la VRT) ont amené une couronne en papier mais aussi du linge, du beau, cela va sans dire, pour Gabriel.

Totalement absent, par contre, est le monde politique. Mais il n'est pas indifférent : tout qui a une once de pouvoir dans ce pays s'est fendu d'un communiqué. Avec une mention spéciale pour Jean-Claude Van Cauwenberghe qui se réfère non seulement à un célèbre archange mais qui rappelle, sourire en coin, que le petit prince eût pu devenir roi si l'on n'avait aboli la loi salique...·

C.L.

DIAGONALE

Les médecins sont-ils fournisseurs de la Cour ?

Gabriel est né, comme sa grande soeur Elisabeth, au sein de l'hôpital Erasme, une institution qui dépend de l'Université libre (et laïque) de Bruxelles. C'est le choix personnel de Mathilde, qui y a suivi sa gynécologue, le docteur Geneviève Naômé. Un choix de femme moderne, que personne n'oserait aujourd'hui contester. Et qui fait fi des préjugés liés aux piliers confessionnel et non confessionnel qui font encore les fondations de la Belgique, même - surtout ? - quand on les nie.

A vrai dire, la « rupture » avec les institutions hospitalières catholiques est moins nette qu'il n'y paraît. La tradition, si elle existe, n'est pas vieille. Seuls les cinq enfants d'Astrid et de Lorenz sont nés aux cliniques universitaires Saint-Luc et aux cliniques Saint-Jean.

Philippe, Astrid et Laurent sont nés « à la maison », dans une salle d'accouchement aménagée spécialement au château de Laeken afin d'offrir toutes les ressources de la médecine contemporaine à la princesse Paola.

Et avant eux, Léopold II y était né, alors que Albert Ier et Léopold III ont vu le jour dans la maison de leurs parents, rue de la Régence.

Mais si l'histoire officielle n'a pas retenu le nom des accoucheurs des précédents rois et princes du Royaume, l'apparition souriante, en conférence de presse, de la gynécologue de Mathilde pour annoncer la naissance d'Elisabeth n'avait pas fait que des heureux.

De source bien informée, il se dit qu'une consoeur du médecin... fournisseuse de la Cour a pris profondément ombrage de la manifestation publique du talent du docteur Naômé. Et des nombreuses citations de son nom dans la presse, qui lui aurait attiré une patientèle plus nombreuse encore. Au point de la poursuivre pour publicité clandestine via... naissance princière. C'est que le Conseil de l'Ordre interdit strictement aux carabins de faire étalage de leur pratique. Notre vent favorable n'a pu nous dire si la démarche jalouse avait été couronnée de succès. Mais c'est un fait que la gynécologue était absente de la conférence de presse de ce mercredi.

De là à y voir une cause et un effet, c'est un pas qu'on n'oserait franchir. Après tout, le Conseil de l'Ordre admet depuis longtemps qu'un praticien témoigne simplement de son métier, sans ostentation. Pour ne pas envenimer les choses, on devrait peut-être taire le nom de ce médecin... C'était comment, déjà ?

FRÉDÉRIC SOUMOIS

Une journée pas comme les autres à Erasme : Philippe n'a pas caché son bonheur face à la presse avant de le partager avec le Roi et la Reine et avec le comte et la comtesse d'Udekem d'Acoz. Mais pour le Prince et la Princesse, le sommet de la journée fut sans doute la visite d'Elisabeth à son petit frère. Photos Rudolf Marton et Belga.

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