La défense veut interner Van Themsche

n.c.

Jeudi 4 octobre 2007

« Pas un crime raciste, un crime d’autiste », disent les experts de la défense. Sa famille est attendue à la barre ce vendredi. Ceux du parquet les démentent.

Aux assises d’Anvers, la défense d’Hans Van Themsche, qui répond depuis lundi des meurtres de la petite Luna Dorwart (2 ans) et de sa nounou malienne Oulematou Niangandou (24 ans) et d’une tentative de meurtre sur la mère de famille turque Songul Koç (47 ans), la défense a abattu son jeu en faisant témoigner à la barre son propre collège d’experts psychiatriques qui ont estimé, malgré des avis divergents, que le jeune homme de 19 ans, devait être interné ! Ce commando de cinq psychologues et psychiatres, dont l’avocat général a vertement contesté l’indépendance (« c’est vous qui les payez ! », a-t-il lancé à la défense), s’est évertué à convaincre les jurés qu’après tout la randonnée meurtrière et raciste d’Hans Van Themsche le 11 mai 2006, ne résulta que d’une espèce de pulsion à laquelle il ne put résister. Graphiques à l’appui, ils ont parlé d’un syndrome d’Asperger, d’une « theory of the mind », réduisant le sang versé à de doctes analyses ; ils ont loué au passage la respectabilité de la famille Van Themsche ; ils n’ont rien dit des victimes, ni même tenté d’expliquer pourquoi leur sujet d’étude s’en était pris à la petite Luna, dernière victime, blonde celle-là, de sa chasse aux « macaques ». « Ce n’est pas un crime raciste, c’est un crime d’autiste ! », s’est

époumonée la pédopsychiatre en s’appliquant à fixer des yeux le jury. L’un des psychiatres de son équipe a assuré que Van Themsche « n’avait pas eu le choix de choisir une autre alternative » !

Ni raciste ni responsable de ses actes, incapable de choisir une « autre alternative » aux tourments intérieurs nés de son renvoi de l’internat de Roulers ? Hans Van Themsche, lui-même, a reconnu qu’il avait « choisi » de s’en prendre à des étrangers et le meurtre de la petite Luna, il l’a justifié parce que ce bambin, pleurant à côté de sa nounou malienne se vidant de son sang, lui avait fait penser à un éléphanteau désespéré au côté du corps de sa maman abattue par des braconniers, ainsi qu’il l’avait vu quelques jours plus tôt dans un programme télévisé.

La sortie de la défense répondait aux conclusions des experts désignés par le juge d’instruction Van Cauwenberghe. Pour le psychiatre Chris Dillen, Van Themsche n’était pas en état de démence au moment des faits. Il savait ce qu’il faisait. Il aurait été conduit au pire par la prégnance d’un important sentiment narcissique pouvant le conduire à des réactions violentes en cas d’altération de l’image de soi. Et lorsqu’il fut renvoyé de son internat pour avoir bu et fumé dans sa chambre, il aurait décidé de se suicider. Parce qu’avouer s’être adonné à la boisson aurait été insupportable à annoncer à sa famille au sein de laquelle cinq membres connaissaient des problèmes d’alcoolisme. Chris Dillen l’a rappelé. Lors de son premier interrogatoire, Hans Van Themsche a déclaré : « Je sais très bien ce que j’ai fait. » Et ce n’est que lors d’une entrevue ultérieure qu’il a « intellectualisé » sa marche meurtrière : « Il voulait se suicider en se faisant abattre par la police. Il ne voulait pas causer de tort à ses parents en abattant des gens qu’ils auraient pu connaître. Il a donc dit avoir choisi des étrangers parce que ses parents ne connaissaient pas d’étrangers et ainsi, il atténuerait leur peine… » Le psychiatre a aussi souligné son « manque d’empathie » : «

Il n’a jamais prononcé le mot “victimes”, pas plus que leur nom. Lors de nos entretiens, il s’est souvenu avec émotion de la mort de son… hamster ! Et lors de la reconstitution, le seul signe d’inquiétude s’est manifesté chez lui lorsqu’il a dû montrer comment il avait tué Luna. » Luna, la blonde. En refaisant les gestes fatals aux deux « étrangères », Van Themsche, qui se considère comme « un peu » raciste, demeura détaché.

Les intentions racistes du tueur sont inséparables des faits commis. L’avocat de la rescapée turque de la tuerie, Songul Koç, en a fait les frais jeudi. Mercredi soir, dans l’émission Ter Zake, Me Vic Van Aelst avait estimé, comme il le dit depuis le début du procès, que « si le racisme jouait un rôle dans cette affaire, il ne fallait pas insister sur cet aspect ». La famille Koç n’a pas toléré cette intervention et s’est séparée du plaideur, aussitôt remplacé par Me Van der Velpen qui suivait le procès au nom de la Ligue des droits de l’homme.

Après cet incident d’audience, la Cour et les jurés avaient été replacés face à la réalité du dossier. Le médecin légiste avait été invité à commenter les photos de l’autopsie de la petite Luna « qui n’avait aucune chance de survivre plus de 15 secondes » au tir de Van Themsche et dont le corps, projeté à l’écran, fit découvrir l’énorme et fatale plaie causée par la balle de calibre 30.

Aujourd’hui, la famille de l’accusé est à la barre des témoins. Elle viendra expliquer comment une « famille flamande ordinaire », unanimement louée dans son quartier de Wilrijk et ralliée au Vlaams Belang, fut le berceau du tueur raciste d’Anvers.

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