Les Japonais auront le téléphone dans la peau

n.c.

Vendredi 5 octobre 2007

Les Japonais utilisent le téléphone portable de manière bien plus variée que nous. Les ingénieurs nippons imaginent des techniques qui rendent l’homme encore plus dépendant de son mobile. Et réciproquement. Le corps humain vecteur de données n’est plus de la science-fiction.

Monsieur Nakayama quitte son bureau : une voix synthétique le salue par son nom. Il s’engouffre dans le métro et passe le portique sans ticket, sans sortir ses mains des poches mais sans pour autant frauder : il a été authentifié. Il arrive à l’entrée de son immeuble, automatiquement le sas s’ouvre et un message de bienvenue l’accueille. Il suffit à M. Nakayama d’effleurer la poignée de la boîte à lettres pour qu’elle s’ouvre : elle le reconnaît au toucher. M. Nakayama n’a pas non plus à rechercher les clés de son appartement. La porte se déverrouille lorsqu’il pose la main dessus.

Dans le laboratoire et l’imaginaire de Yuji Nakayama, chercheur du premier opérateur de télécommunications mobiles nippon NTT DoCoMo, tout interagit grâce à un téléphone mobile qui sert de passe-partout. Il doit simplement le porter en permanence. Si ce n’est pas le cas, le téléphone se bloque. « Nous avons développé un prototype de téléphone qui transmet des données à des capteurs au sol, aux poignées, aux portiques de métro et autres objets, en utilisant le corps comme véhicule », explique M. Nakayama. Quand il marche sur le seuil de la porte de son immeuble, un signal d’identification part de son téléphone mobile, transite par son buste, ses jambes et ses pieds pour atteindre un capteur au sol qui lui-même est raccordé au système de sécurité gérant l’accès des résidents. « Nous utilisons la conductivité du corps pour transmettre des informations », précise le chercheur.

Cette technologie sur laquelle travaillent NTT DoCoMo et son rival KDDI depuis plusieurs années ouvre la voie à de multiples utilisations. M. Nakayama s’empresse d’évoquer d’éventuelles applications audiovisuelles dont on profiterait par le biais de casques et lunettes-écran sans fil. Par wi-fi ? Bien sûr que non. Le corps resterait le seul mode de transmission. Deux personnes équipées d’une telle technologie pourraient échanger leurs coordonnées et d’autres informations contenues dans leurs terminaux en se serrant la main.

Un aveugle pourrait être guidé vocalement par son terminal cellulaire recevant des informations depuis le sol, via sa canne et sa main, sans utiliser la localisation par satellite GPS. Le siège et le volant des voitures s’ajusteraient automatiquement dès que le conducteur serait assis. Cet avenir n’est pas si lointain. « Nous pensons qu’il sera possible de lancer des mobiles dotés de cette technologie de télécommunication sans fil dans un peu plus d’un an », indique M. Nakayama. NTT DoCoMo envisage d’utiliser la transmission corporelle d’abord pour des fonctions de sécurité, avant de l’employer à des fins commerciales. Il nous reste encore un peu de temps avant de pouvoir commander une bière en serrant simplement la main du barman. Vers une robotisation des rapports humains ? Peut-être des humains eux-mêmes : les chercheurs japonais prévoient de recharger la batterie des téléphones mobiles en utilisant les mouvements du corps comme turbines.

Louis Darms (St., avec AFP)

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