Procès d’Anvers : deux familles pour un drame
METDEPENNINGEN,MARC
Vendredi 5 octobre 2007
Les parents « ordinaires » de l’accusé refusaient le racisme. Les parents de Luna veulent les rencontrer.
Godelieve Van Sluijs et Peter Van Themsche, les parents du meurtrier, sont venus dire leur peine en des mots simples et vrais. Ils ont touché les parents de la petite Luna qui ont exprimé, à l’issue de leur déposition leur désir de rencontrer les parents du meurtrier, « assurés, a dit leur avocat Jef Vermassen, qu’ils n’avaient pas donné une éducation raciste à leur fils ».
La maman d’Hans Van Themsche est âgée de 45 ans. Lorsqu’elle s’installe sur la chaise haute réservée aux témoins, elle tente de capter le regard de son fils, enfoncé depuis lundi dans la contemplation de ses chaussures. Hans ne lève pas la tête. Il a certes changé la chemise rouge brique qu’il portait depuis lundi au profit d’une autre, de couleur noir et blanc, comme s’il avait voulu « se faire beau » pour elle. Mais sa maman a beau fixer le box, en attente d’un regard de son gamin. Il ne bouge pas. Et elle, corpulente et vêtue d’une chasuble noire frappée de sigles blancs, se doit de répondre aux questions du président, après avoir exprimé sa compassion à l’égard des familles des victimes : « Hans était mon premier enfant. Il était calme et facile. C’était un bébé heureux et un enfant qui ne présentait pas de problèmes, même s’il souffrait de problèmes de concentration à l’école. » Les armes qu’il détenait dans sa chambre ? « Je n’y pénétrais que rarement, explique la maman. Il était grand et je voulais respecter sa vie privée. »
– « Vous avez quand même su qu’il avait acheté la réplique d’un fusil M-16, lui demande le président Michel Jordens.
– « Il l’avait achetée lui-même. Dès que je l’ai vue, je lui ai exprimé ma réprobation. Je lui ai dit que je ne voulais plus voir cette arme et je ne l’ai plus jamais vue. »
La mère étrangle un sanglot en se rappelant ce 11 mai 2006. « Un éducateur de l’internat de Roulers m’a appelé pour me dire que Hans n’était pas à l’école. Au même moment, la police a frappé à ma porte. Quand j’ai appris ce qui s’était passé, j’ai dit : ce n’est pas le Hans que je connais qui a pu faire ça. »
Le père d’Hans Van Themsche, Peter, âgé de 51 ans, tente lui aussi de capter le regard de son fils qui ne bronche pas. Il assure le président : « J’ai toujours enseigné à mes enfants le respect pour tout le monde. J’ai beaucoup voyagé, en Afrique, au Pérou. »
Pour lui, il n’était pas question, à la maison, que ses enfants prononcent des insultes racistes. « Si de telles blagues avaient dû être proférées, ils auraient été réprimandés ! » Il se plonge dans son histoire familiale, reconnaît que son père, un ancien SS flamand du front de l’Est, revint « perturbé » de la guerre. Qu’il recevait plus de coups que d’affection. « J’ai eu moi-même une jeunesse difficile, lâche-t-il. Je voulais être différent de ce père autoritaire. Mes enfants n’ont jamais été frappés. Je préférais les mots aux coups en cas de problème. »
Peter Van Themsche, plongé dans cet univers familial empreint du passé de son père, admet avoir été en relation avec le Vlaams Belang et son idéologie. « J’ai été élevé dans un esprit nationaliste flamand. Des amis m’ont proposé de prendre une carte du parti. Mais je n’ai jamais été un militant, juste un membre passif du parti. Je ne suis pas un extrémiste de droite. Et par respect pour les victimes, je ne veux plus rien avoir à faire avec ce parti ! », a dit avec force ce passionné de nature, de montagnes et de voyages.
Ses autres fils, les frères de Hans, sont eux aussi venus dire que le meurtrier ne fut jamais le propagateur de propos racistes. « Quand nous avons appris les faits, nous nous sommes dit que cela ne pouvait être le fait d’Hans. Nous essayons maintenant de l’aider. Mais nous sommes sûrs qu’il ne représente plus de danger pour la société. »
Les parents du tueur sont persuadés que leur fils était « malade ». Ils se rallient bien naturellement au rapport des cinq experts mandatés par les avocats de leur fils qui accréditent la thèse de « l’autisme ». Vendredi, l’expert du parquet, le professeur Chris Dillen, a démonté leurs conclusions tendant à faire obtenir l’internement d’Hans Van Themsche : « Jamais un “autiste” n’a commis un meurtre de masse », a-t-il affirmé sur la base de la littérature scientifique.
Hans Van Themsche a-t-il commis un crime motivé par le racisme ? En fin de journée, des amis de son internat sont venus confirmer qu’il avait bien exprimé, à l’annonce de son renvoi, son désir de tuer « 20 macaques », ces étrangers auxquels il reprochait le port du voile et de porter atteinte à leurs parents en commettant des méfaits.
En fin d’audience, le président Jordens a fait lever l’accusé. Il lui a demandé s’il était d’extrême droite. Hans Van Themsche lui a répondu que s’il l’avait été, il aurait porté des lacets blancs à ses combat-shoes, signe distinctif, paraît-il, des néofascistes…
