Demeyer : « Place au tram »

BODEUX,PHILIPPE

Jeudi 11 octobre 2007

Liège Le bourgmestre ne partage pas le « tout-au-bus » de Jean-Claude Phlypo

Trois études différentes pour un seul projet de transport public structurant. « Inadmissible » selon Willy Demeyer.

Entretien

En charge de la mobilité, le bourgmestre de Liège et président de la Fédération liégeoise du PS dévoile ses ambitions en la matière. Il répond aux attaques du patron du Groupe TEC, le socialiste Jean-Claude Phlypo selon lequel le « bus à haut niveau de service » (BHNS) est la seule voie possible pour améliorer le transport en région liégeoise. « Je suis fâché », déclare-t-il d’emblée à propos des trois études actuelles qui se font concurrence concernant le développement d’un transport structurant à l’échelle de l’agglomération liégeoise.

Jean-Claude Phlypo vous accuse d’immobilisme en matière de parkings relais. Vous n’êtes pas d’accord…

Non. Depuis des années, nous essayons de maîtriser les entrées de la ville en favorisant le bus. Implanter des parkings relais en périphérie, plus particulièrement dans la vallée, c’est un outil parmi d’autres pour éviter l’engorgement du centre-ville. Chaque jour, 40.000 véhicules entrent dans Liège de chaque côté de la vallée. Un bon parking relais capte entre 1 et 2 % du trafic quotidien, c’est pourquoi nous voulons deux parkings de 400 places chacun. Et c’est parce que nous avons insisté que la SRWT a inclus, en 2005, les dossiers de Sclessin et Coronmeuse. Mais il est vrai que nous avons des difficultés pour faire aboutir ces deux projets. L’implantation de P/R ne va pas sans une révision de la politique de stationnement au centre-ville à l’horizon 2009, lorsque de nouveaux horodateurs seront installés. Avec davantage de places réservées aux riverains et une rotation accrue en zone commerciale.

La SRWT déclare que, de son côté, les budgets pour les parkings relais liégeois sont prêts. Qu’est-ce qui bloque ?

Mon sentiment est que Jean-Claude Phlypo ne veut pas des parkings relais, quoi qu’il dise. Il va en construire un petit à Robertmont. Il ne servira qu’aux agents du TEC…

Comme Stéphane Moreau, le bourgmestre d’Ans, déclarez-vous que la SRWT de Jean-Claude Phlypo est aujourd’hui un obstacle au développement d’un transport public innovant en région liégeoise ?

Non, je suis plus tempéré. Mais la Société régionale wallonne de transport pourrait encore mieux jouer son rôle. Je suis content des actions du TEC comme le fait d’avoir restauré l’autorité du chauffeur de bus en obligeant de nouveaux les usagers à monter à l’avant. Nous ne sommes d’ailleurs pas étrangers à cette modification.

Cette mesure a néanmoins un effet collatéral : sur les lignes très fréquentées du centre-ville les bus prennent plus de temps pour charger les gens. Du coup, la vitesse commerciale diminue, le TEC ajoute des bus… qui se suivent à la queue leu leu. Une fois que la voie se dégage, les chauffeurs roulent à plein tube dans des rues parfois étroites…

C’est le serpent qui se mord la queue. Les bus sont surchargés, ils ont montré leur limite. C’est pourquoi il faut laisser la place au tram, plus rapide, plus confortable et capable d’accueillir plus de voyageurs. Il faut également revoir la billétique et faire en sorte qu’à chaque arrêt ou presque on puisse acheter un titre de transport de manière à ce que le chauffeur ne règle plus les paiements de tickets. Bref, nous souhaitons un transport structurant à l’échelle de l’agglomération. Cela doit accompagner l’amélioration de l’image de Liège.

Quel mode ? Un bus diesel à haut niveau de service comme le préconise la SRWT, un tram, un RER ?

La bonne formule doit être basée sur de ce que font la SNCB et le TEC. Les axes prioritaires sont connus : Herstal-Seraing et Ans-Fléron. Et le bus n’est pas adéquat même si je comprends l’argument qui consiste à dire que c’est moins cher que le tram. N’oublions pas la somme d’argent investie récemment dans le métro de Charleroi. Or, un tram c’est moins cher qu’un métro. Par contre, ce que je trouve inadmissible c’est qu’il y ait en ce moment trois études qui se font concurrence (NDLR : l’une a été lancée par la SRWT de Jean-Claude Phlypo, une autre imaginée par le GRE et une troisième, dite « plan urbain de mobilité », initiée par les échevins de l’urbanisme et de la mobilité de l’agglomération liégeoise et pilotée par le MET). On risque une fois de plus que chaque étude soit instrumentalisée par celui qui la porte. J’entends déjà Jean-Claude Phlypo défendre son BHNS qui ne représente qu’une petite amélioration par rapport à la situation existante et dont l’intégration urbanistique n’est pas exceptionnelle. D’où ma proposition : fusionnons les études pour que cela débouche sur une proposition pré-opérationnelle qui intègre les paramètres techniques, urbanistiques et financiers. Cela ne peut être que profitable à l’agglomération liégeoise.

Vingt stations vélos au centre-ville et un Monsieur vélo

Willy Demeyer l’annonce : la Ville procède actuellement au lancement d’un appel d’offres pour implanter une vingtaine de stations de location de vélos sur le territoire communal, à l’instar de ce qui se fait avec succès à Barcelone et à Paris.

Les sociétés qui commercialisent ce type de service – Clear Channel et Decaux – seront mises en concurrence pour une demande communale de 250 vélos. « Je ne suis pas partisan de négocier des compensations avec Decaux ou Clear Channel. Je préfère la clarté : la Ville paiera la différence entre le coût et les recettes engendrés par ce service de location de vélos, poursuit le bourgmestre. Coût annuel estimé : entre 1.500 et 2.500 euros par vélo mis en location. « Nous analysons de près les raisons pour lesquelles le système ne fonctionne pas bien à Bruxelles, ajoute Jean-François Leblanc, le conseiller en mobilité de la Ville de Liège. La première demi-heure ne doit pas être payante ». De Saint-Léonard au Val Benoît, du Botanique à Amercoeur, toute la zone de la vallée devrait être couverte à raison d’une station tous les 400 mètres. Il n’est pas encore acquis qu’il y en ait sur les hauteurs. À Cointe, par exemple, où habite un certain Olivier Hamal qui a plusieurs fois interpellé le bourgmestre sur le sujet.

Le même conseiller communal s’était ému du faible enthousiasme de la Ville à l’égard du projet pilote wallon de box pour vélos. Il s’agit d’une boîte très volumineuse qui sert à garer des vélos en toute sécurité. « Difficile de les implanter dans le centre historique en raison des contraintes d’espace et d’urbanisme, argue le bourgmestre. Nous étudions la possibilité de placer ce type de box dans d’autres secteurs : à proximité de la ligne 48 ou sur les plateaux ». Mais le bourgmestre confirme : aucun dossier n’a encore été rentré à la Région.

Des vélos en location c’est bien, une infrastructure adaptée c’est mieux. Si les 400 sens uniques limités satisfont une partie des cyclistes quotidiens et ne génèrent pas de hausse significative du nombre d’accidents impliquant des vélos, il reste de nombreux points noirs, notamment sur les ponts.

« Près de 40 km d’itinéraires cyclables sont en voie d’aménagement à Liège mais nous devons faire sauter les blocages qui subsistent avec le MET ou la SRWT, déclare le bourgmestre. Nous allons engager un Monsieur vélo chargé de coordonner les actions en faveur des deux roues ».

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