Recours pour la RTBF, abus pour Moulinsart

n.c.

Jeudi 11 octobre 2007

La RTBF doit introduire avant la fin de la journée un recours contre la décision de justice interdisant la diffusion d’une séquence d’un reportage sur le monde de Tintin. De son côté, la société Moulinsart a répliqué en affirmant que la chaîne publique avait abusé de sa bonne foi.

L’affaire, jugée mercredi par le tribunal des référés de Bruxelles sur base d’une requête unilatérale de la société Moulinsart, gestionnaire de l’héritage d’Hergé, sera donc présentée de manière contradictoire à la même juge, a souligné le service juridique de la RTBF. Une décision n’est pas attendue avant trois à quatre semaines.

La chaîne publique estime faire face à un acte « scandaleux » de censure et entend s’ériger contre les « attaques incessantes de personnes qui veulent mettre la liberté d’expression à leur botte ».

Elle évoque ainsi l’attitude du patron de la société Moulinsart Nick Rodwell, époux de la veuve d’Hergé. Le reportage visé par la décision de justice entendait prouver, notamment au moyen d’une caméra cachée, que M.

Rodwell imposait aux médias désirant l’interviewer une liste noire de tintinologues ne pouvant intervenir dans la même émission.

L’ordonnance de référé ne visait qu’une séquence du reportage tournée en caméra cachée, mais la RTBF a préféré retirer de l’antenne l’entièreté du reportage, jugeant que « supprimer d’autorité ce qui constitue le cœur d’un reportage » était inacceptable d’un point de vue journalistique.

Elle compte démontrer en justice qu’en l’absence de débat contradictoire, la décision du tribunal des référés constitue une censure préalable contraire à la Constitution.

De son côté, la société Moulinsart, défendue par le spécialiste du droit d’auteur Me Alain Berenboom, estime que la RTBF a commis une triple atteinte aux droits de son client, à savoir des atteintes aux droits à l’image, à la vie privée et à la liberté d’expression.

Pour Moulinsart, la RTBF a abusé de sa bonne foi en affirmant que l’objet de l’entretien était de discuter de modalités de collaboration future entre Moulinsart et la RTBF. « L’emploi de moyens déloyaux pour surprendre la bonne foi de citoyens privés (…) n’est guère utilisé que pour filmer des malfaiteurs (…), c’est dire l’image que voulait donner la RTBF des personnes ainsi mises en cause », relève Moulinsart.

Elle estime que ces méthodes sont contraires, sauf circonstances exceptionnelles, à la déontologie journalistique et au règlement d’ordre intérieur de la RTBF. D’autant que Nick Rodwell et d’autres collaborateurs de la société avaient expressément refusé toute forme d’interview et ont été piégés par une caméra cachée.

La s.a. Moulinsart, qui dénonce une volonté de sensationnalisme dans le chef de la RTBF, affirme en outre qu’elle n’avait pas l’intention de faire interdire l’entièreté du reportage en introduisant un recours en référé.

Moulinsart est particulièrement attentive à l’image du monde de Tintin et n’hésite pas à la défendre en justice. En juin dernier, la cour d’appel de Bruxelles l’a pourtant déboutée dans une affaire l’opposant à un peintre danois qui avait parodié l’univers du reporter à la houppe. Le dossier est en Cassation.

(D’après Belga)

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