L’autre visage de Laurence Ferrari

VANHOENACKER,CHARLINE

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Samedi 20 octobre 2007

Télévision Elle a installé une émission politique de référence

séparée de Thomas Hugues, l’ex-joker de Claire Chazal parle de sa nouvelle carrière et de sa société de production.

ENTRETIEN

PARIS

DE NOTRE CORRESPONDANTE

Laurence Ferrari qui a quitté TF1 pour Canal+, a immédiatement imposé Dimanche + comme un rendez-vous incontournable de la politique. Elle nous a accordé cet entretien avant l’annonce, vendredi, de sa séparation avec Thomas Hugues, qui n’entame pas leur collaboration au sein de leur boîte de production.

Difficile d’enchaîner après une année de présidentielles ?

Le challenge est d’autant plus intéressant qu’on n’aura pas la dramaturgie de la présidentielle, et qu’en année 1 de gouvernement Sarkozy, on va voir si les promesses de campagne sont tenues, comment le discours change, comment les socialistes qui sont au gouvernement continuent à justifier leur passage chez Sarkozy. Je ne vois pas de décrescendo dans l’intérêt des Français.

Cette émission a contribué à vous épanouir ?

J’ai intégré Canal pour ses valeurs d’indépendance, de liberté et d’insolence, parce que c’est une chaîne qui aime ouvrir les portes qui sont fermées. Dimanche +, c’est l’émission que j’ai fabriquée tout au long de la saison dernière et qui me correspond, je ne resterai peut-être pas spécialisée dans la politique toute ma vie, parce que je pars du principe que journaliste se suffit comme mot, pas besoin d’ajouter « politique », je suis une vraie généraliste. Je ne me prive pas d’avoir d’autres idées pour d’autres émissions. Pour l’instant, j’ai l’envie d’installer Dimanche +, mais pourquoi pas faire autre chose un jour ? Mais sur Canal !

Cette indépendance, vous ne l’aviez pas avant sur TF1 ?

C’est la différence entre un paquebot et une vedette de compétition : il y a une inertie. Quand on s’adresse à 10 millions de personnes, on a d’autres obligations. Aujourd’hui, j’ai trouvé la chaîne qui me convenait, j’ai monté mon entreprise, ce qui me garantit plus d’indépendance encore, si c’était possible. Tout ça correspond à des évolutions dans ma carrière qui me permettent de reprendre en main mon destin.

Votre petite entreprise ne connaît pas la crise…

On a créé Storybox press à trois associés, dont mon mari, Thomas Hugues. Evidemment, le navire amiral, c’est Dimanche + : on fabrique la moitié des reportages en association avec l’agence CAPA. On va aussi travailler sur la tranche du midi de Samuel Etienne, on fait des 52 minutes pour Lundi investigation, donc on s’est développé à l’intérieur de Canal et à l’extérieur. La chaîne nous pousse à ne pas être dépendant de la maison mère. On travaille pour Capital et 66 minutes sur M6, pour Envoyé spécial sur France 2.

Votre émission a changé votre relation avec les politiques ?

Un peu. Je ne connaissais pas très bien tout le personnel politique avant Dimanche +. Ce n’est pas une émission facile pour eux. On ne vous déroule pas le tapis rouge, et on ne vous laisse pas repartir après un petit tour. C’est devenu une émission politique de référence, au même titre que les grandes émissions de radio. C’est un passage obligé, un exercice qu’ils préparent, il faut qu’ils aient un message à passer.

Quand vous diffusez un sujet, s’il est impertinent, ça installe un malaise sur le plateau ?

Il y a des moments de tension. Pendant les reportages, quand l’invité n’est pas content, il m’interpelle. C’est difficile parce qu’on est off à ce moment-là, et il se permet des choses qu’il ne se permettrait pas à l’antenne. Donc, j’essaye d’être la plus fermée possible : dans mes fiches et ne pratiquement pas répondre, pour ne pas interrompre le fait que l’invité visionne le sujet pour qu’il sache tout ce qu’il y a dedans, et pour ne pas me laisser entraîner dans son jeu. Il y a des moments rigolos aussi et je me rappelle de Ségolène Royal qui, au plus fort de la campagne, avait découvert son fils parlant d’elle dans un sujet, elle était extrêmement émue.

Vous avez vu votre perception par le public changer ?

Si cette perception a évolué, ça tient au format : celui dans lequel j’étais à TF1 rigidifie. Ensuite, on choisit de regarder Canal par une démarche positive, l’envie d’apprendre des choses. La télé ne fait pas l’élection, mais le petit truc qui peut faire basculer. Un téléspectateur m’a dit : « J’ai fait mon choix en regardant votre émission d’entre les deux tours ». On me dit aussi : « Vous ne vous êtes pas laissée faire, c’est bien ! » Je sens que je suis passée d’une image un peu lisse et formatée à quelque chose de plus vivant et musclé, tant mieux.

Vous êtes moins exposée qu’à TF1, vous le sentez ?

Oui, et c’est une bénédiction ! La presse people m’a foutu la paix. Dans le parcours de Thomas, indissociable du mien, et dans ce que j’ai fait, on nous a dit qu’on avait changé, mais avec l’impression de nous retrouver : d’être plus frais et moins engoncés dans un rôle qu’on nous aurait volontiers collé sur le dos.

L’émission est disponible en ligne sur www.canalplus.fr

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