1952. Naissance le 24 juillet à Louisville, dans le Kentucky (Etats-Unis). 1970. Diplômé de la Rhode

BRADFER,FABIENNE

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Mercredi 24 octobre 2007

1952. Naissance le 24 juillet à Louisville, dans le Kentucky (Etats-Unis). 1970. Diplômé de la Rhode Island School of design. 1976. Après avoir voyagé plusieurs années en Europe, il s’installe à Los Angeles. 1983. Enregistrement de l’album 18 songs about Golf, qui ne paraîtra qu’en 1998. 1985. Réalisation et production de son premier long-métrage, Mala noche, romance homosexuelle filmée en 16 mm et en noir et blanc. 1989. Drugstore cowboy. 1991. My own private Idaho. 1994. Get the blues. 1995. To die for. 1996. Good Will Hunting (Oscars du meilleur second rôle et du meilleur scénario). 1997. Publication de Pink, un roman sur les coulisses gay du show-business. 1998. Psychose. 2000. A la recherche de Forrester. 2002. Gerry. 2003. Elephant (Palme d’or et prix de la mise en scène à Cannes). 2005. Last days. 2007. Paranoid

Park, prix spécial du 60e anniversaire du Festival de Cannes. 200… Un biopic consacré à Harvey Milk, homme politique homosexuel américain assassiné en 1978.

entretien L’équilibre dans le déséquilibre : Gus Van Sant le filme chez les ados. Le Shakespeare du minimalisme

Déjà Palme d’or avec Elephant, Gus Van Sant a décroché la palme du 60e anniversaire du Festival de Cannes pour l’ensemble de son œuvre. Mais aussi, pour sa libre adaptation du roman de Blake Nelson. Car Paranoid Park est une magistrale claque de solitude. Œil quasi-hypnotiseur et allure de Peter Pan quinqua, le réalisateur américain nous en parle.

Comment définir le rapport du public à la violence dans le cinéma d’aujourd’hui ?

Le public a une autre perception qu’auparavant. A l’époque de Taxi driver, dans les années 70, il entrait en empathie avec la rage cruelle du personnage de De Niro. Depuis le 11 septembre, cette vision a changé. Le public n’accepte plus une violence dirigée contre des personnages qui lui ressemblent. La victime doit être quelqu’un qui ne lui ressemble pas du tout ! Je ne sais si c’est un progrès !

D’où vous vient, film après film, cette obsession de la perte de l’innocence ?

Chacun d’entre nous a un jour été confronté à une faille personnelle dans laquelle notre pureté s’est abîmée. Vous comme moi. Prenez l’exemple d’un verre de cristal. Une manipulation le brise sur une fraction de millimètre. Il vous servira encore longtemps, très longtemps, avant de se fragmenter entièrement. Le verre n’était plus pur, mais nous n’en avions pas conscience. Il en va de même pour l’humain. Etudiez ce moment fugitif où quelque chose se brise dans l’âme humaine est plus passionnant que de filmer la chute spectaculaire. Ce sont ces histoires-là que j’aime mettre en scène. Shakespeare décrivait le chaos et la fureur de grands événements. Sans me comparer à lui, disons que je suis un Shakespeare du minimalisme !

Comment avez-vous trouvé le jeune Alex ? Il est tellement vrai !

Avant de tourner, j’ai fait un appel pour recruter des skaters dans les écoles. Petites annonces dans les journaux, affiches aux valves des collèges, télés… Une technique que j’avais déjà utilisée pour recruter l’équipe d’Elephant. Dans des restos d’ados, j’avais même affiché des posters avec le dessin du personnage comme je l’imaginais. Il suffisait que quelqu’un qui y corresponde un peu me réponde. Ce qui est arrivé.

Quelle fut la réaction des teenagers de Portland ?

Enorme. J’ai reçu 2.000 propositions. Or, en Amérique, ma réputation de cinéaste est un peu sulfureuse. Je leur ai fait lire mes textes et improviser, leur ai demandé qu’ils me racontent un peu leur propre histoire. J’ai observé l’alchimie qu’ils dégageaient entre eux à l’image. Et j’ai fait mon choix. C’est passionnant de travailler avec des gens vierges d’interprétation. Ils sont comme de l’argile qu’on peut pétrir fictionnellement. Tout en respectant leur « point dur », non malléable, qui n’appartient qu’à eux et qui apporte une richesse vraie à la fiction. Les acteurs professionnels – il y en a dans le film – sont moins flexibles. Mais ils ont, certes, d’autres qualités. Les amateurs demandent que je travaille beaucoup plus sur eux, et c’est crevant. J’y donne une énergie que j’épargne avec des pros.

Qu’avez-vous dit pour la scène du meurtre du garde ?

Je leur ai dit : « Vous ne le feriez pas, j’en suis sûr. Mais imaginez, allez chercher la violence pure en vous. Libérez-la, et puis ne l’utilisez plus jamais dans la vraie vie. » Je leur ai aussi fait faire, avant la scène, des exercices de respiration très rapide en leur donnant des ordres comme si j’étais un sous-officier des Marines à l’entraînement. Bref, je les ai conditionnés. Puis, je les ai fait atterrir dans plus de sérénité, ne voulant pas être responsable de quelque chose de mauvais pouvant renaître en eux. Un artiste ne doit pas se croire tout permis, il doit aussi être responsable. Cela préserve ce qui lui reste de… pureté.

Vous vous y connaissiez, en skateboard ?

Oui, j’en faisais avant que le skateboard ne soit… inventé. Gamin, je me laissais glisser sur des pentes, juché sur des couvercles de poubelle ! Cela n’avait rien à voir avec les planches actuelles, c’était drôlement plus aventureux. Cela m’a appris une sorte d’équilibre dans le déséquilibre. Une définition qui conviendrait à certains de mes films, non ? A 22 ans, j’ai même joué un pratiquant de skate dans le film Skateboard ! Ni mon interprétation, ni le film n’ont laissé de grandes traces ! Par contre, je m’y suis cassé un os. Et de ça, j’ai encore une trace !

Vos films ont beaucoup d’influences sur ce qu’on nomme les « nouveaux beatniks ». Qu’en pensez-vous ?

Moi, j’ai été influencé par les anciens beatniks, comme Jack Kerouac. Avec, en plus, un goût prononcé pour les Beatles et Samuel Beckett. Je transmets leur ancien message libertaire, qui comportait pas mal de fragilités et d’irresponsabilités dangereuses. Mais quel élan de l’âme et de vie ils avaient ! Cet élan, le monde doit le retrouver. Quoi de plus beau que de partir sur une route dont on ne sait ce qu’elle offrira à son terme ? La vie, d’ailleurs, est semblable à cette route. Sa fin apportera-t-elle bonheur, malheur, morosité ou poésie, y croiserons-nous des porte-poisse ou des êtres qui nous grandiront ? Choisissons bien cette route.

Comment faites-vous pour réussir des films à la fois très réalistes et très poétiques ?

Je les imagine graphiquement dans ma tête avant de les réaliser. Je bascule de plus en plus vers l’art des peintres, qui donnent de l’émotion à partir d’un paysage ou d’un visage réels. C’est pour cela que j’ai voulu graphiquement reproduire plan par plan mon remake du Psycho d’Hitchcock. Pour voir si les lignes, les traits captés par une caméra donnaient les mêmes vibrations selon le réalisateur qui se tient derrière la caméra. Réponse : non !

Qu’est-ce qui pousse des jeunes, en apparence très normaux, à soudain tuer ?

Est-ce la drogue ? Est-ce l’absentéisme des parents, tant physique que moral ? Est-ce l’école, dont l’enseignement est mal adapté ? Est-ce la société, dont les rouages ne tournent plus rond ? Est-ce le manque d’idéaux ? Les jeux vidéo ? L’internet ? La mythification US des armes ? Il y a beaucoup de suspects ! Moi, je dirais : un manque de cultures. Leur imaginaire ne peut voyager vers des contrées artistiques, alors, ils vont vers celles de la mort et de la violence, grande casserole bouillante qui déborde sur toute la Terre. Si on aime Flaubert, Poe, Ginsberg ou Francis Scott Fitzgerald, on ne va pas se passionner pour un stupide revolver, je crois…

Paranoid Park

Paranoid Park

Portland. Un parc créé par des mômes SDF skaters. Tout près, Alex (étonnant Gabe Nevins, un non-professionnel découvert via MySpace) vient de tuer accidentellement un agent de la sécurité. Ne sachant vers qui se tourner pour avouer l’irréparable, il décide de ne rien dire et erre entre l’école, la maison, les copains, sa petite amie qu’il fréquente sans enthousiasme.

Dans My own private Idaho, Gus Van Sant nous montrait la jeunesse à travers le prisme d’une narration shakespearienne. Avec Paranoid Park, il poursuit le drame shakespearien pour un « To be or not to be » adolescent, en revisitant les personnages de lycée. On pense à Dostoï-evski pour le thème, à Mala noche, son premier long-métrage (réalisé en 1985), pour l’approche visuelle.

C’est brillant, envoûtant, intelligent, sensible. On aime la façon qu’a Van Sant de caresser les personnages avec de longs travellings et plans-séquences, la danse des corps pour dire l’errance des âmes et célébrer avec élégance l’énergie de jeunes skaters chez qui se bataillent en une seconde tourments, bêtise, contradiction, chaos et grâce. C’est ainsi qu’il invite sur le sol mouvant de leur existence sans avoir l’air d’y toucher. C’est aussi sa façon à lui de dire la catalepsie de la société moderne. Puissance et grâce.

On peut parler de constance du talent. Fluidité de la mise en scène, travail parfait du génial directeur photo Christopher Doyle (qui a travaillé avec Wong Kar-waï), patchwork des supports (du Super 8 à la vidéo et au 35 mm), ralentis, mélange de sons, de musiques. Tout est créé pour qu’on parte autant à la dérive que, dans la vie, le jeune Alex, sorte de petit frère du Blake de Last days.

« Gamin, je glissais juché sur des couvercles de poubelle ! Rien à voir avec les planches actuelles.

« Gamin, je glissais juché sur des couvercles de poubelle ! Rien à voir avec les planches actuelles. C’était drôlement plus aventureux », se souvient Gus Van Sant. Photos D. R. et CHRISTOPHE KARABA / EPA.

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