Petits cochons de l’espace

BURGRAFF,ERIC

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Jeudi 25 octobre 2007

Libin Alors que le dossier Papine n’est pas déposé, l’Euro space abrite l’exploitant

AgriporcS, l’exploitant du projet de maternité porcine, a déjà son siège à Transinne. Les opposants crient au scandale.

Emoi dans le petit monde des opposants aux porcheries industrielles : le nom d’une société luxembourgeoise (Agriporcs) apparaît dans le très controversé dossier de création d’une porcherie à Vieux-Genappe (Brabant wallon). Agriporcs, domiciliée à Transinne (Libin), y est citée comme fournisseur en « bébés cochons » du futur centre d’engraissement brabançon.

Pourquoi cet émoi ? D’abord parce qu’Agriporcs n’exerce aucune activité sur le sol luxembourgeois. Ensuite parce que la mission d’Agriporcs ressemble furieusement à celle du non moins controversé projet de centre de naissage porcin de Transinne. Enfin, parce que la domiciliation récente d’Agriporcs à Transinne ne flirte guère avec la transparence prônée aujourd’hui par Idélux.

Pour mémoire, la firme Danis (un des géants flamands du porc) multiplie les projets de porcheries en Wallonie. Pour mémoire aussi, Idélux voudrait créer une filière porcine dans la province afin d’alimenter en viande munie du label « Ardennes » le secteur agroalimentaire. De là à mettre sur pied un projet de maternité porcine de 4.000 truies à Transinne – 80.000 à 100.000 porcelets par an – il n’y a qu’un pas.

Agriporcs là-dedans ? La société coopérative est née en 1989 à Faimes (Liège). Elle est restée en dormance jusqu’en 2003 lorsque Danis en a pris le contrôle via une augmentation de capital. Viennent, en 2006, deux décisions importantes : d’une part le transfert du siège social au 1, rue Devant-les-Hêtres à Transinne (Libin), d’autre part le remplacement de deux anciens administrateurs par Stefaan Lambrecht et Alain Cornélis. Le premier est aussi administrateur délégué.

Traduction : d’une part, alors qu’elle n’exerce aucune activité en Luxembourg, la société est désormais virtuellement domiciliée à l’Euro space (elle n’y a même pas un bureau), à quelques centaines de mètres donc du futur centre de naissage porcin. D’autre part, la coopérative wallonne est désormais sous contrôle de Danis, un géant flamand de la filière porcine : Stefaan Lambrecht est le beau-fils du fondateur Joseph Danis, Alain Cornélis est délégué commercial de Danis pour la Wallonie. Enfin, Agriporcs est désormais hébergée dans une structure publique : le 1, rue Devant-les-Hêtres n’est rien d’autre que l’adresse officielle de l’Euro space center, lui-même propriété de la province, de l’Etat et d’Idélux. A noter, fin août 2006, date officielle du transfert, le projet de la ferme Papine n’était pas encore public. On nous le confirme chez Danis : Agriporcs est bien destiné, à terme, à exploiter le centre de naissage porcin.

Dossier transparent ? Jusqu’à ces derniers jours, ni la direction de l’Euro space, ni le président d’Idélux Daniel Ledent, ni la bourgmestre de Libin n’avaient entendu parler d’Agriporcs.

Y a-t-il malice là-dessous ? Les opposants au centre de naissage porcin crient au scandale, s’interrogent sur les activités « d’une société fantôme », « dénoncent l’hébergement d’une filiale de Danis par les pouvoirs publics luxembourgeois » alors même que le dossier de création du centre de naissage porcin n’est pas encore déposé ! Les promoteurs, eux, n’y voient qu’une démarche tout à fait logique, cadrant parfaitement avec leur « souci de donner des garanties aux autorités publiques luxembourgeoises sur la bonne fin du projet ».

Cerise sur le gâteau : les centaines d’opposants qui, en mai 2007 ont, à l’Euro space, clamé leur opposition au projet de la ferme Papine, étaient loin de se douter qu’ils étaient au siège social… du promoteur.

« Une fois encore Idélux met la charrue avant les bœufs »

Benoît Lutgen Ministre wallon de l’Agriculture

“Agriporcs” ? On trouve ce nom dans un dossier parvenu au cabinet le 8 juin 2007. A part ça, ça ne nous dit rien du tout. Ça jette le trouble sur la question de savoir “qui fait quoi ? ” dans ce projet. Ce que je constate par ailleurs c’est que j’ai confié une étude sur la filière à l’intercommunale Idélux. Or, elle est toujours au point mort. Cet épisode sur la domiciliation d’Agriporcs à Transinne confirme ce que j’ai déjà dit : dans ce dossier, Idélux met la charrue avant les bœufs. C’est en tout cas une pratique très, très étonnante, presque malsaine ; elle porte atteinte à la crédibilité du projet. Je ne vais pas rester les bras ballants : dans les prochains mois je vais venir devant le gouvernement avec des propositions pour la filière en Wallonie. »

« Donner des garanties à nos interlocuteurs luxembourgeois »

Alain Cornélis Administrateur d’Agriporcs

“Agriporcs” ? C’est bien une filiale de Danis à part entière. Elle a été mise en place dans le but d’exploiter à Les Waleffes (Faimes) une maternité de 1.500 truies et, demain, si le projet aboutit, la maternité de Transinne. Notre objectif est de produire des porcelets de qualité pour une filière wallonne. Il était donc intéressant pour nous d’avoir une filiale en Wallonie. Le transfert du siège à Transinne ? Je rappelle que la province de Luxembourg est demandeuse d’une relance de la production porcine. L’investissement de Transinne sera fait par Danis via Agriporcs. Dans ce contexte, il nous a semblé logique d’installer la société là où sera construite la maternité. Il était important de donner des garanties de bonne fin à nos interlocuteurs luxembourgeois. »

« Qui a autorisé un privé à s’héberger dans des locaux publics ? »

Anne Janssens Addes - Haute-Lesse

C’est scandaleux ! Nous voici devant une situation où un privé va fournir aux porcheries d’engraissement des porcelets virtuellement nés à Transinne ! Dans ce dossier, nous sommes complètements menés en bateau depuis le début. Rien que pour le processus de production nous n’avons aucune garantie de fiabilité. Je serais à la place des gens de Vieux-Genappe à qui l’on fait miroiter des porcs d’origine ardennaise, je penserais qu’on a trahi ma confiance. A notre niveau, il est en tout cas exclu sur toute la ligne de faire confiance à ces promoteurs. Nous nous posons des questions : qui a autorisé Agriporcs, une société privée, à s’héberger dans des locaux publics ? A quelles conditions ? Pourquoi notre commune n’en est-elle pas informée ? »

« Il n’y a en tout cas aucune malice là-dessous »

Daniel Ledent Président d’Idélux

Le dossier avance : la direction d’Idélux a encore rencontré les gens de Danis cet après-midi. Le domicile d’Agriporcs à Transinne ? Ils avaient besoin d’un siège social en Wallonie pour demander les aides (NDLR : Faimes où Agriporcs était domicilié auparavant est pourtant bien une commune wallonne). Et puis, on ne peut pas empêcher une société privée d’élire son domicile n’importe où. C’est vrai que le siège de l’Euro space center ce n’est pas vraiment “n’importe où” : les gens d’Agriporcs sont tout simplement allés chez le premier voisin du futur centre de naissage. Pour Danis ou Idélux il n’y a en tout cas aucune malice là-dessous. Franchement, ce n’est pas un domicile qui fait la pluie et le beau temps dans un tel dossier ! »

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