La planète est dans un état critique
SCHOUNE,CHRISTOPHE; STAGIAIRE
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Vendredi 26 octobre 2007
Environnement « Geo4 », le nouveau bulletin de santé d’une planète malade
Professeur honoraire à l’ULB, Philippe Bourdeau a été à la base de la création de l’Agence européenne de l’environnement. Il a contribué à l’édification de ce rapport, publié tous les 4 ans, basé sur la collaboration d’une centaine d’institutions et de milliers de scientifiques… (1)
Je pense que ce rapport est encore plus fort. Il est assorti d’une série de recommandations aux décideurs. Ce qui a changé depuis 2003, c’est surtout la prise de conscience des politiques et des citoyens face aux menaces à l’œuvre et à la réalité des changements climatiques. La Belgique a été un des contributeurs clefs de « Geo4 » avec les Pays-Bas, notamment. C’est un fait notable.
Je ne peux pas valider ce chiffre, mais ce qui est certain, c’est que le coût de l’inaction sera plus élevé que le coût de l’action. Le rapport Stern l’a bien montré en 2005 par rapport aux changements climatiques. En ce qui concerne la biodiversité, l’impact de la disparition des espèces sur les services rendus par les écosystèmes à l’humanité est limité jusqu’à un certain point. Après la lutte contre les changements climatiques, la dégradation des ressources naturelles doit devenir la deuxième priorité de la communauté internationale.
Les projections montrent bien que les pays en voie de développement n’arriveront jamais à un niveau de vie similaire en continuant l’exploitation des ressources de cette manière… Mais de nouvelles études sont nécessaires pour préciser les choses. L’Agence européenne de l’environnement et la Commission travaillent actuellement sur une sorte de « rapport Stern de la biodiversité ». Cette étude de portée mondiale visera justement à chiffrer le coût et les bénéfices engendrés par cette biodiversité pour l’humanité.
Les fruits d’une forêt tropicale, les racines, les produits médicamenteux et les services rendus aux populations locales valent bien plus que le produit de récoltes liées aux cultures réalisées sur les brûlis de cette même forêt. L’idée est de pouvoir comparer les types d’écosystèmes, d’évaluer les services qu’ils rendent à l’homme et de comparer cela avec le coût de l’action… ou de l’inaction. Cette démarche objectivera ce qui se passera si on ne fait rien. Ce travail est attendu pour 2009-2010.
L’empreinte écologique a le mérite de frapper les imaginations et face à la hauteur de l’enjeu, il convient d’exploiter toutes les voies pour agir contre la dégradation environnementale en cours…
Je soutiens totalement cette idée lancée par Jacques Chirac, mais elle n’est malheureusement pas à l’ordre du jour. Pour l’heure, le débat est concentré sur la façon dont la communauté internationale va lutter contre le réchauffement après 2012.
Il y a une volonté manifeste de faire passer un message d’espoir face à la faculté de l’humanité à progresser. Comme le disait Guillaume d’Orange Nassau : « Il n’est pas nécessaire d’espérer pour entreprendre, ni de vaincre pour persévérer. »
Quatre domaines qui concentrent les préoccupations Changement climatique
Limiter le réchauffement
Le réchauffement climatique est en marche. La température moyenne du globe a augmenté de 0,74ºC au cours du siècle dernier et les 11 dernières années font partie des 12 années les plus chaudes jamais enregistrées. Les scénarios projettent une augmentation allant de 1,8 à 6,1º d’ici 2100 selon le niveau des émissions de gaz à effet de serre imputées aux activités humaines. Pour la communauté scientifique, le seuil à ne pas dépasser tourne autour des 2º. Au-delà, les conséquences pour la planète seraient désastreuses. L’adaptation aux changements climatiques est donc inévitable et pour enrayer le processus à plus long terme, il conviendra de diminuer de 75 % les émissions mondiales à l’horizon 2050.
À défaut, tous les efforts mis en place pour éradiquer la pauvreté pourraient être balayés par les conséquences du réchauffement climatique. Sécheresses, inondations, canicules, fonte des glaces, autant de symptômes déjà visibles aujourd’hui, mais qui pourraient s’accentuer dans le futur. L’altération de l’approvisionnement en eau et de la sécurité alimentaire affecterait des centaines de millions de personnes, de même que la montée des eaux dans les zones côtières.
Biodiversité
Un tiers des espèces vivantes risque de disparaître
La biodiversité représente toute la vie sur Terre, sous toutes ses formes, que ce soit les plantes, les animaux, les habitats ou même des écosystèmes entiers, de la communauté des microbes à la forêt amazonienne. La bonne santé d’un écosystème est primordiale, l’existence des êtres vivants et celle de l’homme en dépendent.
Aujourd’hui, l’évolution de cette biodiversité dépend largement de l’action humaine. L’augmentation de la pression humaine sur les écosystèmes est directement liée à la hausse continue de la population mondiale, des villes et des activités économiques (culture, pêche, déforestation). Ils sont complètement modifiés par l’homme et voient leur existence hypothéquée. La sixième extinction des espèces est en marche et les risques accrus du réchauffement accentueraient davantage encore la pression sur les espèces fragiles. On estime à 16.000 le nombre d’espèces vivantes menacées d’extinction. Mais ce chiffre est très conservateur. Un tiers des espèces connues pourrait disparaître d’ici la moitié du siècle. Cas emblématique, les grands singes figurent parmi les espèces les plus menacées, notamment à cause de la destruction des forêts et du braconnage.
Accès à l’eau
Trois milliards de personnes n’ont toujours pas accès à l’eau potable
L’eau constitue un des principaux enjeux du XXIe siècle, tant au niveau de sa qualité que de sa disponibilité. La pollution intense de 60 % des grands fleuves et la dégradation des écosystèmes marins affectent directement la santé humaine. À l’échelle mondiale, la contamination de l’eau due aux déchets industriels et ménagers tue 3 millions de personnes (principalement des enfants) chaque année dans les pays en voie de développement. Les eaux côtières contaminées par les eaux usées causent plus de 1,2 milliard de cas de maladies gastro-intestinales et 50 millions de maladies respiratoires par an.
Près de 3 milliards de personnes n’ont pas accès à une eau de qualité, quand ce n’est pas à l’eau tout court ! Cet accès à l’eau, c’est l’humanité qui pourrait un jour en manquer. Les ressources d’eau douce disponibles continuent à décliner en raison d’une utilisation excessive de l’eau de surface et des nappes phréatiques. L’agriculture représente à elle seule 75 % de la consommation d’eau potable. Parallèlement, l’augmentation des sécheresses et la fonte des glaces, exacerbées par le réchauffement climatique, accroissent les risques de manque d’eau.
Qualité de l’air
La pollution atmosphérique tue chaque année 2,5 millions de personnes
La pollution atmosphérique, en particulier celle causée par les particules fines, ne cesse de croître au niveau mondial. L’atmosphère des mégapoles et bidonvilles des pays en voie de développement est irrespirable : la combustion du kérosène, du charbon ou de la biomasse entraîne autant d’impuretés qui causent la mort prématurée de 2,5 millions de personnes chaque année, essentiellement des femmes et des enfants.
Principal responsable pointé du doigt : le secteur des transports. Il est le témoin du développement effréné de l’économie mondiale, mais il contribue activement à l’explosion des émissions nocives dans l’air. Depuis 1987, le nombre de voitures a doublé sur Terre. Le transport aérien a augmenté de 76 % depuis 1990. Petit point positif dans ce sombre constat : la qualité de l’air s’est sensiblement améliorée dans les régions les plus développées. Dans la plupart des grandes villes occidentales, l’air est devenu plus respirable, sans être toutefois parfait. L’augmentation de l’ozone dans l’hémisphère nord diminue fortement le rendement des récoltes. Le coût de cette perte est évalué entre 6 et 12 milliards de dollars et la sécurité alimentaire est menacée.
