Familles, je vous hais quand vous financez les rapts d’enfants

LALLEMAND,ALAIN

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Mardi 30 octobre 2007

Veillons à ne pas mélanger colère citoyenne, solidarité humanitaire et projets familiaux. » L’avertissement avait été adressé début mai par le lobby français défendant les familles d’adoption, et aurait dû suffire à décourager l’opération tchadienne de l’Arche de Zoé. Il n’en a rien été malgré les avertissements répétés des autorités belges et françaises : l’appel à l’« accueil d’orphelins », disséminé dès avril, a immanquablement résonné en mai comme un tendre euphémisme dans les forums dédiés, non à l’aide humanitaire, mais à l’adoption. Tout était en place pour un dérapage concerté. Et qu’importe si aucune des règles élémentaires de l’adoption ou du déplacement d’enfant n’a été ici respectée : il se trouve bon an mal an, dans l’espace francophone européen, quelques centaines de couples prêts à se masquer la réalité pour pouvoir étoffer leur carnet rose, prêts à oublier que l’adoption est un droit de l’enfant, jamais un droit des parents candidats adoptants.

Pire : ces mêmes parents – lisez leurs forums sur Internet – pensent aujourd’hui, bien après les arrestations, que la « presse désinforme ». Ils ne remettent que rarement en question leur projet ubuesque d’adoption.

Marre. D’une décennie à l’autre, dix à quinze ans après que la Belgique a vécu les exfiltrations douteuses d’enfants du Rwanda et d’Ituri, les vols d’enfants du Burundi ou d’Hanoi, il semble que des candidats à l’adoption n’aient rien retenu de ces scandales. Nous sommes dès lors en droit de nous demander, comme dans tout trafic illicite à l’échelle planétaire, s’il ne faut pas condamner la demande autant que l’offre, stigmatiser le consommateur avec autant de détermination que le trafiquant. Il n’est pas de notre propos de minimiser le drame d’une famille en quête de progéniture, mais il ne peut non plus être question, sous couvert de respect de la vie privée et des affres intimes de couples, de ne pas exposer cet autre côté du trafic : celui des familles qui, de facto, financent ce type d’opérations, invoquent le Darfour avec le secret espoir de trouver dans cette colère le règlement d’un problème privé, et ajoutent à l’injustice de la planète les dommages collatéraux de leurs pulsions humanitaires.

Pas de résultats.