Adieu, Béné !

DELVAUX,BEATRICE

Samedi 3 novembre 2007

Bénédicte Vaes, journaliste au « Soir » depuis plus d’un quart de siècle, s’en est allée vendredi après midi, s’étonnant auprès de Claude, son mari : « Et pourtant je me suis battue. »

Chère Béné, je ne sais si cela t’apaisera, mais ce combat contre la maladie est le seul qui aura eu raison de toi. Car au bout de ta plume, tu les as tous bravés, les intolérances, les fanatismes, les égoïsmes, les extrémismes, les naufrages humains. En bas de ton regard solaire et de ton rire jouisseur, il y avait ces mains gigantesques dont on se disait qu’il fallait qu’elles se déchaînent sur un clavier, au risque sinon de t’échapper et d’aller étrangler bêtise et intolérance.

Superbe emmerdeuse, va, qui dès l’aube assommait son rédacteur en chef, son chef, son collègue, peu importe, de coups de fil, SMS ou mails, afin que Le Soir s’empare de la nouvelle que son radar toujours en éveil venait de capter. Pas un syndicaliste ou un politique – qu’il partage ou non ses convictions – n’aura échappé à son obstination téléphonique pour obtenir le dernier carat. À l’imprimerie, hier soir, ils étaient déjà orphelins des bouclages en catastrophe qu’elle a précipités plus d’une fois.

C’est dans la minute qu’elle répondait « partante » pour suivre les mineurs du Limbourg en colère, confesser les femmes humiliées d’Agadir ou assister aux congrès du Vlaams Belang. Bravant dans ce dernier cas les risques qu’il y avait à confronter la plume au poing, ceux dont elle n’avait de cesse de dénoncer le discours haineux dans le journal.

Notre tristesse est infinie : nous perdons l’une de nos plus belles compagnes et notre journal un de ses plus braves soldats. Car Bénédicte portait haut nos valeurs : démocratie, tolérance et respect des droits de l’homme et de la femme.

À nos amis flamands, je voudrais dire que oui, elle était l’une de leurs plus sévères pourfendeuses, mais que sa dureté n’avait d’égale que son amour pour eux. Pour rien au monde, elle n’aurait laissé sa place backstage aux concerts contre l’intolérance de Tom Barman. Elle était aussi la coauteure anonyme de « La lettre à nos amis flamands » qui déboucha quelque mois plus tard sur notre « Face-à-face Nord-Sud » avec De Standaard.

Intraitable, têtue, de mauvaise foi parfois évidemment, mais imparable dans la connaissance de ses dossiers et toujours prête au dialogue et à la confrontation. J’ai perdu ma plus vibrante compagne dans ce dialogue que nous voulions permanent, intense, joyeux, franc avec vous, amis du Nord du pays. Je ferai tout pour continuer à l’entretenir pour deux.

Bénédicte, jeudi, je te disais en notre nom à tous : « Pars en paix. Tes valeurs sont dans nos veines, ta force et ta douceur dans nos cœurs. » Aujourd’hui, c’est écrit dans le journal. Pour toujours.

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