L’Italie craint une vendetta anti-Roumains
n.c.
Samedi 3 novembre 2007
Des responsables politiques ont exprimé la crainte d’une « vendetta » anti-Roumains en Italie au lendemain du passage à tabac de plusieurs Roumains par des Italiens vendredi soir à Rome. Et ce alors que les préfets multiplient les procédures d’expulsion contre des Roumains.
Malheureusement, c’est ce que nous redoutions », a confié au quotidien La Repubblica le ministre de l’Intérieur Giuliano Amato à propos de l’agression contre trois Roumains, dans le parking d’un supermarché du sud-est de la ville où des étrangers ont l’habitude de bivouaquer.
Âgés de 29, 34 et 47 ans, ils ont été attaqués à coups de bâtons, de couteaux et de barres de fer par un groupe de huit à dix hommes, encagoulés et casqués.
Les blessés, dont l’un grièvement, sont au nombre de trois et non quatre, comme indiqué dans un premier temps.
L’état du Roumain le plus gravement touché, Emil Marcu (47 ans), qui souffre d’une profonde blessure au dos et qui a été opéré dans la nuit, était « stationnaire » mais n’inspire pas d’inquiétude, selon des sources hospitalières.
Les agresseurs, qui ont réussi à s’enfuir, sont Italiens, selon les témoignages recueillis par les carabiniers.
Le ministre des Affaires étrangères Massimo D’Alema a condamné samedi une agression raciste « indigne » de l’Italie alors que Bucarest a appelé Rome à veiller à ce que de tels « actes xénophobes » ne se répètent pas.
Tous les médias font le lien entre cette attaque et l’agression mortelle dont a été victime une femme de 47 ans ans mardi à Rome, qui a été imputée à un jeune Roumain d’origine tzigane, évoquant une « expédition punitive ».
Le maire de Rome et nouveau leader du centre-gauche, Walter Veltroni, a lancé un appel après le raid pour que « le ton et les comportements s’inspirent des valeurs de la société civile et non de la vendetta ».
« La vendetta et la haine ne doivent jamais être une réponse », a aussi déclaré Piero Marrazzo, le président de la région du Lazzio, dont Rome fait partie.
« Il faut éviter à tout prix que se mette en place une spirale de vendetta », a renchéri Fabrizio Cicchitto, un responsable de Forza Italia (droite), le parti de Silvio Berlusconi.
« Nous devons empêcher que ce tigre terrible, qu’est la haine xénophobe, la bête raciste, sorte de sa cage », a déclaré le ministre de l’Intérieur dans l’interview à Repubblica, pour justifier l’adoption en urgence mercredi d’un décret facilitant l’expulsion d’étrangers, membres de l’Union européenne pour des motifs de « sécurité publique ».
Les procédures d’expulsions déclenchées en vertu de ce texte entré en vigueur vendredi se sont multipliées ce samedi avec une trentaine de mesures contre des ressortissants roumains, notamment à Gênes, Milan ou Turin.
Le décret a été adopté après l’agression mortelle dont a été victime Giovanna Reggiani, l’épouse d’un officier de marine, décédée jeudi des suites de ses blessures.
Son enterrement a eu lieu à Rome dans le calme ce samedi, décrété jour de deuil dans la capitale, en présence de plusieurs centaines de personnes dont le maire de la ville et le ministre de l’Intérieur.
Les baraques construites illégalement dans le camp où vivait son agresseur présumé, qui nie le meurtre, ont été détruites par des bulldozers, deux jours après un ultimatum de la police à la soixantaine de Roms qui habitaient dans ce camp depuis cinq ans.
L’affaire se double d’une vive polémique politique, la gauche accusant la droite d’« instrumentaliser une tragédie » tandis que Silvio Berlusconi reproche au gouvernement de Romano Prodi de ne pas assurer la sécurité des Italiens.
(D’après AFP)
