La crise la plus longue

COPPI,DAVID

Lundi 5 novembre 2007

Politique Le gouvernement fédéral bute toujours sur l’institutionnel

148 jours sans nouveau gouvernement. Au 148e jour, Yves Leterme vit qu’il n’avait toujours pas de gouvernement. Il vit aussi que l’enfer BHV n’était plus loin. L’orange bleue est loin d’être mûre. Gare à la chute ?

Au 148e jour, alors que l’on franchit le record de la crise politique la plus longue en Belgique (lisez en page 4), ils ne sont, chez Yves Leterme, « ni optimistes, ni pessimistes, mais réalistes »… Reprenons.

« Ni optimistes » : le nœud institutionnel demeure, et, si l’on suit son calendrier, la commission de l’Intérieur de la Chambre se réunira mercredi, où les propositions flamandes de scission de Bruxelles-Hal-Vilvorde pourraient être mises aux voix. Nord contre Sud. Ce qui ruinerait les chances de l’Orange bleue. Peut-être celles de la Belgique.

« Ni pessimistes » : selon les interlocuteurs chrétiens-démocrates et libéraux, les négociations auraient permis à ce stade, hors institutionnel, d’engranger entre 50 % et 90 % d’un accord gouvernemental. Ce qui crée des liens, malgré tout.

« Mais réalistes » : Yves Leterme argue de ces acquis pour forcer la décision sur le communautaire ; à tout le moins sur BHV, sésame pour la négociation qui conduirait à la mise sur pied d’un gouvernement, disons, avant la Saint-Nicolas.

Un négociateur (flamand) ramasse : « Yves Leterme joue à quitte ou double. Il a laissé tous les problèmes communautaires pour la fin, pour dire : « On ne va quand même pas gâcher tout ça… » Au printemps 2005, on était tout près d’un compromis sur BHV dans Verhofstadt II, et Geert Lambert, de Spirit, avait craqué à la dernière minute. Leterme est à la merci du moindre épisode du genre. Et contrairement à Guy Verhofstadt à l’époque, qui était resté au « 16 », lui n’y survivra pas… »

La mort (politique) aux trousses donc, le formateur, qui avait concédé une pause à ses partenaires autour de la Toussaint, a bouclé ce week-end un tour complet d’entretiens bilatéraux.

Après avoir consulté Bart De Wever (N-VA) vendredi et Jo Vandeurzen (CD&V) samedi, il s’est entretenu avec Joëlle Milquet (CDH) dimanche matin, Olivier Maingain (FDF), seul, l’après-midi, puis avec Didier Reynders (MR), et Somers-Dewael (VLD) en soirée.

Sans « ouverture » sur BHV avant mercredi, qui pourrait justifier de postposer les travaux parlementaires, le glas retentira pour lui. De là à convoquer une négociation institutionnelle grandeur nature, et tous les partenaires à la table… Yves Leterme hésite, dit-on. Les délais sont courts. Le moindre souffle d’une polémique pourrait faire s’écrouler le château de cartes. Peut-être le formateur procédera-t-il dès lors par « bilatérales », soumettant une proposition à ses partenaires. Tous – plus ou moins bien intentionnés… – attendent une « initiative » de sa part…

Passablement paumé, Yves Leterme est moyennement aidé dans l’entreprise. Autour de lui, ça se disperse. Interviewé par le Standaard samedi, Bart de Wever, derrière un ton conciliant, mettait la pression sur son compère du cartel CD&V/N-VA, réclamant maintenant une ébauche de solution sur BHV. Tandis qu’à l’autre bout de l’échiquier, Olivier Maingain, président du FDF, dans la DH dimanche, ainsi qu’à Mise au Point (RTBF), s’interrogeait : pourquoi pas un accord gouvernemental… sans institutionnel ? Qui prévoirait seulement une « méthode de travail » garantissant que la réforme de l’Etat ferait bien l’objet d’un débat dans la législature… Un « appel à la raison » auquel les partis flamands devraient rester sourds. Comme ils montreront peu de compréhension pour son exigence de voir nommer les bourgmestres de la périphérie bruxelloise (de Wezembeek, Linkebeek, Crainhem) avant toute vraie négociation institutionnelle… Des bourgmestres dont le sort est dans les mains du gouvernement flamand, autant dire dans celles du diable : après Marino Keulen (VLD), ministre de l’Intérieur au Nord, Frank Vandenbroucke, du SP.A, s’est montré très hostile à leur égard hier à la VRT, soulignant qu’il n’était pas tolérable que les circulaires flamandes dans la périphérie

puissent être contournées…

Bureaux de partis ce lundi matin, visite au Palais royal à 14 heures 30, pour son cinquième rapport intermédiaire… Le dernier pour Yves Leterme ?

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