Encéphalogramme plat pour les négociations
BOUILLON,PIERRE
Lundi 12 novembre 2007
155 jours sans gouvernement. La recette Van Rompuy/De Decker ? Un grand forum institutionnel. Les deux présidents d’assemblée ont leur plan pour tenter de rapprocher les communautés, mais la table de réunion risque de comporter des places vides.
Encéphalogramme plat.
MR et CDH continuent à demander que l’on engage un gouvernement socio-économique. Le cartel CD&V/N-VA, lui, réclame aux francophones un geste indiquant qu’ils sont prêts à engager une réforme de l’État.
Samedi, devant son parti, Bart De Wever, président de la N-VA, a lancé ce message aux MR et CDH : « Si ce pays doit continuer à exister, ceux qui appellent le plus fortement de leurs vœux la persistance de l’État belge doivent prendre leurs responsabilités pour une réforme de l’État. »
Traduction : le plus sûr moyen de faire éclater le pays, c’est d’empêcher la Flandre d’accroître son autonomie.
Voilà pour la température.
Si on ne perçoit aucun réchauffement, on sait au moins d’où il pourra venir. Chargés par le Roi de rétablir le dialogue, les présidents de la Chambre et du Sénat se sont mis au travail samedi. Herman Van Rompuy (CD&V) et Armand De Decker (MR) ont reçu les présidents des partis libéraux, centristes, socialistes et verts. Dimanche, ils ont livré un premier rapport au Roi.
Que préparent-ils ? Que proposent-ils ? Les deux pacificateurs travaillent à partir du « quasi-accord » institutionnel auquel était parvenu Van Rompuy au terme de sa mission d’explorateur. Que disait cet accord ? En gros : 1. on forme le gouvernement ; 2. on règle BHV dans les trois mois qui suivent ; 3. le débat institutionnel, piloté par les présidents de la Chambre et du Sénat, doit produire des résultats dans l’année.
Acceptée par MR, CDH et CD&V, ce préaccord calait sur l’exigence de la N-VA, résolue à notamment obtenir des régionalisations dans le domaine fiscal.
Van Rompuy et De Decker seraient en train de réaménager ce « quasi-accord », singulièrement dans son point 3.
Ils suggèrent ainsi d’organiser un grand forum en vue de clarifier une bonne fois pour toutes l’avenir institutionnel du pays.
Rassemblant tous les partis, et « délié » de l’Orange bleue, ce forum serait présidé alternativement par quelqu’un de la majorité et quelqu’un de l’opposition.
Capital – si l’on veut apaiser les Flamands : ce forum serait lancé très vite, avant même la mise sur pied du gouvernement.
Ses portes ne seraient pas verrouillées : ceux qui refusent d’y assister (ce sera sans doute le cas du PS et du SP.A) pourraient le rejoindre en cours de route, s’ils changent d’avis.
Cette proposition passera-t-elle la rampe ? À voir cette semaine. Les deux pacificateurs comptent revoir les présidents de parti dès mardi soir ou mercredi.
Autre étage du débat de l’heure : après cette semaine de crise, l’Orange bleue reste-t-elle l’option ? Ce week-end a offert aux uns et aux autres de rappeler les préférences/exclusives exprimées depuis le 10 juin… et d’en émettre de nouvelles.
Alors : une tripartite traditionnelle (libéraux/centristes/socialistes) ? La vigueur de la crise a réveillé cette hypothèse… aussitôt tuée par Reynders. « Pourquoi ramener à la table des partis désavoués par l’électeur ? », a-t-il dit dimanche, en visant PS et SP.A.
Un Olivier (rouges/verts/oranges) ? Le CD&V ne veut pas des socialistes et puis, bonne chance pour mettre le MR sur la touche.
Une Jamaïquaine (Orange bleue + verts) ? Douteux. Écolo et Groen posent des conditions élevées, sur le fond (pas de réforme fiscale, par exemple) comme sur le casting. Écolo refuse tout compagnonnage avec la N-VA et voilà que Groen, samedi, a jeté une exclusive du même type à l’égard du FDF. La Jamaïquaine imposerait donc d’exploser le cartel flamand et de démembrer la fédération libérale ? Difficile…
L’Orange bleue, donc ? Oui. Par choix ou par défaut. Envers et contre tout. Mais confirmer cette option, c’est (re)poser la question de l’appui à la réforme de l’État – l’Orange bleue n’a pas les 2/3 au Parlement. Étant dit que le CDH exclut que l’Orange bleue cherche de l’appui du côté de l’opposition flamande uniquement. Cela ramène la balle dans les pieds d’Écolo et du PS, peu enclins a priori à épauler l’Orange bleue dans son labeur institutionnel. Cela posé, l’on se dit que l’ampleur de la crise pourrait éventuellement « attendrir » ces deux partis sur lesquels le Palais (lundi ou mardi) devrait, dit-on, mettre la pression…
