Albert II, première victime collatérale de l’Orange bleue
n.c.
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Lundi 12 novembre 2007
Carte blanche
raison d’être – sinon la seule – de la monarchie consiste dans le rôle d’arbitre dévolu au chef de l’État dans les périodes où le monde politique, fragilisé par la crise, s’avère incapable, seul, de garantir le bien commun.
Or, aujourd’hui, le constat est saisissant. Albert II n’a pas pris l’exacte mesure de sa mission. Plutôt que de se situer au-dessus de la mêlée, il se laisse instrumentaliser par les acteurs en perdition de l’Orange bleue. Déjà, au mois d’août, il avait joué dans une mauvaise pièce. Il avait accepté de prendre des contacts politiques en lieu et place d’Yves Leterme, formateur déjà essoufflé. Il avait confié une mission informelle à Didier Reynders dont il n’a jamais fallu consacrer l’échec puisqu’elle ne lui avait jamais été dévolue officiellement. Enfin, il avait accepté d’occuper la scène en recevant un certain nombre de ministres d’État, triés sur le volet, et cela dans le seul but de permettre en sous-main aux « partenaires » de l’Orange bleue de gagner un peu de temps et de ne pas devoir déjà jeter le gant.
Au début du mois de novembre, un pas supplémentaire est franchi. Après le vote infâme intervenu en commission de l’Intérieur de la Chambre et la volonté d’une Communauté d’user de la force pour imposer ses vues à la minorité, le Roi a, à nouveau, fait ce que lui demandaient les « partenaires » de l’Orange bleue. Plutôt que de se forger une opinion personnelle sur l’état de la situation politique en écoutant tous les responsables des partis démocratiques du pays, il s’est contenté de recevoir Yves Leterme et de faire ce que celui-ci lui demandait : lui maintenir, en dépit de toute forme de logique, une confiance dont il s’est avéré incapable jusqu’ici de se montrer digne et confier aux présidents de la Chambre et du Sénat, le soin de faire de la haute couture dans le tissu dégradé des relations entre francophones et Flamands. Ce faisant, Albert II a accepté de jouer dans une pièce – dont on ne sait avec certitude qui a cautionné le scénario – dans laquelle la formation – toujours hypothétique – d’un gouvernement orange-bleu se ferait non seulement au prix d’une utilisation guerrière de la loi de majorité au détriment des francophones, mais pire encore d’une promiscuité assumée des partis démocratiques flamands et de l’extrême droite. Car ce coup de force majoritaire n’eût pas été possible sans que ne soient mélangées les voix des partis démocratiques et celles,
jubilatoires en l’occurrence, du Vlaams Belang. Les démocrates francophones eussent apprécié qu’une telle dérive suscite un vague émoi de la part du Palais.
L’instrumentalisation et partant l’affaiblissement du Roi sont apparus avec d’autant plus de force que, dès le lendemain, de l’initiative royale, nombre d’acteurs de l’Orange bleue se sont empressés de la déprécier, voire de la vider de tout son sens. Alors que le Roi demandait la formation rapide d’un gouvernement, le président du MR a indiqué que les négociations restaient à l’arrêt et que rien n’est plus relatif, compte tenu de l’ampleur de la crise, que le concept de « rapidité ». Alors que le Roi venait de confirmer Yves Leterme comme formateur, le président du FDF, prenant acte de cette décision, relevait que l’intéressé n’avait plus l’autorité requise pour assumer cette mission. Alors que le Roi suggérait de dissocier la formation du gouvernement des débats institutionnels, le cartel CD&V/N-VA rappelait que sans avancée dans la réforme de l’État, il n’y aurait pas de gouvernement. Bref, le Roi est désavoué par ceux-là même dont il voulait assurer la promotion.
Le Roi n’a donc été qu’un élément d’un dispositif tactique mis en œuvre par certains pour essayer de sauver l’Orange bleue, mais ceux-là ne font rien pour sauver le Roi. Au contraire, en assignant à Albert II un rôle de rustine de l’Orange bleue, ils démontrent que, même dans les moments où il eût pu en être autrement, la monarchie n’est pas un facteur de résolution de la crise. Ceux qui, notamment en Flandre, rêvent d’en finir avec ce vieux système doivent rire sous cape. Albert II est une victime collatérale de l’Orange bleue et la tentation sera grande, pour certains, de se dire que si c’est pour jouer le rôle qui est aujourd’hui le sien, il est possible de se passer d’un Roi qui n’est pas capable de relever le débat et d’imposer aux acteurs politiques une plus grande hauteur de vue.
