Feu sur Armand De Decker

COPPI,DAVID

Mercredi 14 novembre 2007

Politique L’initiative royale tourne à la confusion, comme l’Orange bleue

157 jours sans gouvernement. Armand De Decker gaffe, pendant que Bart De Wever, de la N-VA, veut « la réforme de l’Etat, tout de suite »…

Patatras ! Après les consultations royales ces derniers jours, la mission de réconciliation des présidents de la Chambre et du Sénat, et le projet d’un comité des sages voué au dialogue Nord-Sud, c’est l’embrouille à nouveau autour de l’Orange bleue. Avec Armand De Decker dans le rôle du gaffeur.

À la surprise générale, surtout celle de ses partenaires, le président du Sénat (MR) s’est produit mercredi tôt le matin à la RTBF radio dans un numéro de promoteur sans frein de ce qu’il a appelé un « Collège national pour le dialogue entre les Communautés », qui opérerait dans le long terme – plusieurs années, voire plusieurs législatures… –, et par lequel transiteraient les réformes institutionnelles nécessitant la majorité parlementaire des deux tiers. Au passage, De Decker distribuait bons et mauvais points – ce qui sera perçu comme tel, en tout cas, puisque lui plaide la bonne foi. Les bons points aux partis qui ont dit oui à ce forum, et qui y dépêcheront leurs personnalités : CD&V, VLD, CDH, MR, ainsi que les verts, assure le libéral. Les mauvais points aux socialistes, qui calent (« Mais on n’imagine pas faire une réforme de l’État en se passant de l’opinion des socialistes, c’est une évidence », dira le « réconciliateur » royal), et au cartel CD&V/N-VA, « un problème en soi », lâchera de De Decker à l’antenne. Qui rectifiera dans la journée.

Le réconciliateur ne souhaite, insiste-t-il, que l’« apaisement ». Certainement pas agresser quiconque… Mais le mal est fait. Off the record dans l’Orange bleue, ça pleut : « Il a défroqué le Roi en racontant tout ça, il a provoqué les socialistes et il a tiré injustement la couverture à lui : trois fautes, au moins », juge sévèrement un observateur dans la majorité présumée. Pas vraiment un service à la cause : le comité des sages – une option qui figurait déjà noir sur blanc dans la note Van Rompuy-Milquet de septembre dernier – part mal, très mal.

« En son nom personnel »

Même son collège Herman Van Rompuy juge utile de se démarquer : Armand De Decker s’est exprimé « en son nom personnel », fait-il savoir. Alors que dans le cartel, la N-VA tire à vue, et Bart de Wever en profite pour recadrer la situation à sa manière – lire son interview ci-dessous – où il rappelle que, comité des sages ou non, lui veut un accord sur BHV et un menu pour la réforme de l’État dans l’accord de gouvernement ! Pas vraiment l’esprit de l’initiative royale, ni de la mission des présidents d’assemblée… Qui tablaient sur une sorte d’encommissionnement prestigieux du débat institutionnel, pendant que l’Orange bleue, débarrassée du « communautaire » à certains égards, verrait le jour de son côté… C’est le plan derrière. Yves Leterme y compte bien.

Les verts préviennent : « On ne veut pas tuer le processus avant qu’il n’ait commencé. Nous sommes prêts à contribuer à renouer les fils du dialogue mais on ne veut pas d’un jeu de dupes. Sauver la Belgique ne veut pas dire sauver l’Orange bleue. »

Tandis qu’Elio Di Rupo, pour le PS, réitère son appel à une réunion au préalable des quatre partis au Sud, pour s’entendre sur la stratégie à adopter face aux partis flamands, ainsi que sur le geste de réparation à exiger de leur part après l’humiliation infligée aux francophones le 7 novembre à la Chambre, et leur vote unilatéral sur la scission de BHV.

Commencée sur les chapeaux de roue, la journée s’achèvera en tête-à-queue, avec le refus du ministre flamand de l’Intérieur, Marino Keulen (VLD), de nommer trois bourgmestres francophones de la périphérie bruxelloise(lire en page 5). Une agression, encore une. Vous avez dit crise politique ? Tout cela à la veille de la fête du Roi, ce 15 novembre. Un cadeau !

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