La Belgique unie défile à Bruxelles
n.c.
Dimanche 18 novembre 2007
Au moins 35.000 citoyens selon la police, dont une majorité de francophones, ont marché pacifiquement ce dimanche au cœur de la capitale en faveur de l’union du pays. La pétition « Pour l’unité de la Belgique », forte de 140.000 signatures, a été remise au Sénat.
Hormis l’arrestation d’une quinzaine de contre-manifestants nationalistes flamands, devant le Palais Royal, à l’écart de l’itinéraire, aucun incident n’a été déploré.
L’initiative revient à une habitante de Liège, Marie-Claire Houart, dont la pétition lancée, depuis son domicile, sur internet, en faveur d’une Belgique unie a fait un tabac. Elle a ainsi recueilli, en trois mois, 140.000 signatures que celle-ci a remises au président du Sénat, Armand De Decker, dimanche, au terme de la manifestation.
Crédités, au moment du départ, de quelques milliers de personnes battant la semelle, par une météo ensoleillée mais fraîche, à proximité de la Gare du Nord, les rangs des manifestants, âgés de 7 à 77 ans, n’ont cessé de gonfler tous au long du parcours, jusqu’à son terme, à 13 heures, dans le parc du Cinquantenaire.
« Mon pari est gagné, la foule est là, il y a des Flamands, il y a des Wallons et il y a une très belle ambiance, sous le soleil », a commenté Marie-Claire Houart, à l’initiative de cet événement.
Ce rassemblement pro belge, suivi par les photographes et les caméras du monde entier, dépasse par son ampleur toutes les précédentes manifestations de ce type, qui n’avaient jamais dépassé le millier de participants.
« On nous avait annoncé un échec, on nous disait qu’il n’y aurait aucun néerlandophone, un journal néerlandophone avait dit qu’il n’y aurait pas plus de 100 Flamands et que ce ne serait pas des vrais Flamands. Mais ils sont là, les vrais Flamands ! », a souligné Mme Houard à la fin du défilé, sous les ovations de la foule.
« Pour l’unité », pouvait-on lire dans les trois langues du pays (français, néerlandais et allemand) sur la banderole déployée en tête du cortège, qui s’est ébranlé vers 11 heures dans le centre-ville près de la Gare du Nord de Bruxelles et est parvenu vers 13 heures dans le quartier européen, au parc du Cinquantenaire, où une fête « à la Belge », avec bière, frites et concerts, attendait les manifestants.
En cette heure grave de l’histoire politique du pays, sans gouvernement depuis les élections du 10 juin dernier en raison de blocages communautaires, l’atmosphère est restée conviviale.
Les manifestants ont été encouragés par les coups de klaxons des automobilistes empruntant les tunnels de la Petite Ceinture et par un groupe de percussionnistes enthousiastes, à hauteur de la place Madou, en avant-goût du rassemblement musical festif organisé dans le parc du Cinquantenaire, dimanche après-midi.
Le noir jaune rouge n’avait plus à ce point coloré les rues de la capitale depuis l’épopée footballistique des Diables Rouges au Mexique en 1986.
La manifestation a attiré de nombreux francophones, mais aussi des néerlandophones et nombre de citoyens bilingues tels qu’en attestent quelques drapeaux du lion des Flandres teintés de noir jaune rouge et les nombreux calicots rédigés en néerlandais.
« België best » (ndlr : « Belgique, (tu es) la meilleure » affichait l’un de ceux-ci, pour brocarder quelque peu le slogan fétiche des ultranationalistes flamands de tous bords « België barst » (« que la Belgique crève ! »).
Contrairement à leurs homologues néerlandophones, de nombreux mandataires politiques francophones étaient présents à titre privé tout au long du parcours, mais conformément au souhait des organisateurs, les signes d’appartenance politique ont été laissés au placard.
Ont ainsi été aperçus parmi les manifestants, les présidents de partis suivants : Elio Di Rupo (PS), Joëlle Milquet (CDH) et Isabelle Durant (Écolo).
Conformément à l’annonce qu’il avait faite, le patron du MR Didier Reynders n’était pas de la partie, par respect d’une démarche qui se voulait exclusivement citoyenne, a-t-il dit.
En son absence, des mandataires libéraux francophones avaient quant à eux fait le déplacement : le député et ex-ministre-président bruxellois François-Xavier de Donnea, le chef du groupe MR au parlement bruxellois Françoise Schepmans, le bourgmestre d’Anderlecht Gaëtan Van Goidsenhoven, etc.
Dans les rangs du PS, on a observé la présence de la sénatrice Anne-Marie Lizin, et de la ministre de l’Audiovisuel de la Communauté française, Fadila Laanan.
De nombreux élus CDH ainsi que des écologistes étaient également de la partie, mais sans signes ostentatoires.
Une partie du monde économique et social s’était déplacée : le patron de l’UCB, Georges Jacobs, des représentants de l’Union des Entreprises de Bruxelles et le président du Sporting d’Anderlecht, Roger Vanden Stock, pour ne citer qu’eux.
Remerciant les participants, et les pétitionnaires, à l’issue de la manifestation, Marie-Claire Houart a invité les politiciens élus « à s’occuper des citoyens, et non d’eux-mêmes ». Plusieurs vœux émis par les pétitionnaires ont également été lus tour à tour en néerlandais et en français par les organisateurs.
Parmi d’autres prises de parole, Rudy Aernoudt, l’ancien haut fonctionnaire flamand, licencié dans la foulée de dénonciations sur la mauvaise gestion et des pratiques douteuses dans les pouvoirs publics flamands, a lancé un appel aux mandataires politiques pour qu’ils « gèrent le pays au lieu de le rendre ingérable ».
Marie-Claire Houart est également à l’origine d’une pétition pour l’unité de la Belgique qui avait recueilli dimanche quelque 140.000 signatures et qu’elle est allée remettre symboliquement à la fin de la manifestation au président du Sénat Armand De Decker.
« Je suis juste une citoyenne qui a essayé d’agir un tout petit peu », a-t-elle déclaré à la fin du défilé, ovationnée par la foule. Appelant les politiques à « arrêter de jouer dans leur bac à sable », Mme Houart a également regretté que « beaucoup trop d’idées reçues circulent dans la presse qui disent que les Wallons sont tous des feignants, et que les Flamands sont tous des extrémistes ».
Pendant le défilé, une marée de drapeaux belges (noir, or et rouge) était brandie dans la foule de tous âges, où se trouvaient aussi des Flamands. « Je veux montrer que les Flamands sont solidaires de tous les Belges, on est wallon ou flamand mais on est avant-tout belge », a expliqué à l’un d’eux, Rudy van Nespen, un habitant d’Anvers. « Je ne pense pas que la Belgique va éclater car vous voyez que ce rassemblement donne un signal, les gens ne veulent pas que la Belgique éclate », a-t-il dit.
Aux cris de « Belgique, Belgique ! », ou de « Vive le roi ! », beaucoup de participants arboraient sur leurs manteaux des badges « Touche pas à ma Belgique » ou des autocollants « I want you for Belgium », détournant le célèbre slogan « I want you for the U.S. Army » utilisé par les Etats-Unis pour leur recrutement militaire pendant la Première guerre mondiale.
(d’après Belga et AFP)
