Kiss Kiss Belgium

n.c.

Mercredi 21 novembre 2007

Environ 500 étudiants francophones et flamands ont échangé câlins et bisous mercredi à Louvain pour tenter de combler symboliquement le fossé qui s’est creusé en cinq mois de crise politique. En échange de quoi ils recevaient une bière gratuite.

Quatre à cinq cents étudiants flamands et francophones se sont embrassés mercredi midi sur une place du centre de Louvain, répondant à l’appel lancé par plusieurs étudiants des universités catholiques de Louvain (KUL) et de Louvain-la-Neuve (UCL) en faveur du maintien de la solidarité entre les communautés du pays. L’opération « België knuffelt, les Belges s’embrassent » a été initiée par quelques étudiants de la KUL et a reçu le soutien de l’Assemblée générale des étudiants de Louvain-la-Neuve (AGL).

Fondée en 1425, l’université de Louvain (Leuven en néerlandais) s’était scindée en 1968 en deux entités indépendantes, l’une flamande, restée dans la vieille ville flamande, et l’autre francophone, érigée de l’autre côté de la frontière linguistique : Louvain-la-Neuve. L’expulsion des francophones s’était faite sans ménagements, aux cris de « Walen buiten » (« les Wallons dehors »), valant à l’« affaire de Louvain » de figurer dans l’histoire de Belgique comme un des grands moments de tension entre francophones et Flamands.

40 ans plus tard, alors que les querelles entre partis flamands et francophones sur la manière dont la Belgique doit être organisée empêchent la formation d’un gouvernement fédéral depuis plus de cinq mois, l’invitation lancée par quatre étudiants flamands « est très symbolique », explique Sébastien Schellen, étudiant ingénieur à Louvain-la-Neuve.

« Au-delà des murs dressés par les politiques, les contacts entre les communautés persistent. Il ne faut pas s’opposer à tout prix au changement, mais il faut absolument maintenir le dialogue », explique ce responsable d’une association étudiante francophone. Autour de lui, au pied de la vénérable bibliothèque de son ex-Alma Mater, sur l’une des places principales de la ville, environ 500 étudiants, francophones et flamands, tentent de briser la glace, malgré la barrière de la langue.

– « C’est quoi, ta chapeau ? », demande un Flamand à une étudiante francophone.

– « C’est une calotte », la casquette typique des universitaires catholiques en Belgique, répond celle-ci. « C’est très répandu chez nous, mais… niet in Vlaanderen ? (pas en Flandre ?) », ajoute-t-elle.

Pour faciliter les contacts, les organisateurs avaient prévu un stratagème : les francophones reçoivent un ticket rouge, qu’ils doivent échanger contre un ticket bleu avec un Flamand, au prix d’un bisou ou d’une accolade. Ensemble, les deux tickets donnent alors droit à une bière gratuite.

Un peu plus loin, un Flamand déguisé en lion et un Wallon ayant revêtu un costume de coq engagent une sarabande, sous les yeux dubitatifs d’une quinzaine d’étudiants nationalistes flamands, maintenus de l’autre côté de la rue par des policiers. Drapeaux flamands au vent, ils réclament l’indépendance de la Flandre, mais aussi de la Wallonie.

« S’embrasser, d’accord, mais ça ne doit pas vouloir dire s’étouffer. La Belgique est un obstacle au bien-être des Flamands et des Wallons », affirme l’un d’eux. Un message qui ne passe pas chez Natasha, Barbara, Marie et Saskya, quatre francophones qui ont peint le slogan « I Love Belgium » sur leur visage déjà vu lors de la marche de dimanche dernier en faveur de l’unité du pays.

« Je suis fière d’être belge, mais pour le moment, c’est la honte », explique Marie, étudiante en psychologie. Pour elle, « c’est la faute aux Flamands, qui nous rabaissent aux yeux du monde ».

Ils ont appelé à signer la pétition « Sauvons la solidarité ». Lancée par des artistes, des professeurs et des syndicats pour protéger le système de sécurité sociale, cette pétition a déjà rassemblé quelque 85.000 signatures, dont 60 pc au nord du pays. Elle est différente de celle lancée par la Liégeoise Marie-Claire Houart en faveur de l’unité du pays, et qui a pour sa part rassemblé 140.000 signatures.

« Notre but n’est pas de promouvoir des idées politiques, mais de lancer un signal positif et chaleureux en cette période de crise », a expliqué Sander Hereijgers, un des organisateurs de ce rassemblement. « Ce qui nous divise nous affaiblit », a-t-il ajouté.

« Au-delà des murs dressés par les politiques, les contacts entre les communautés persistent. Il ne faut pas s’opposer à tout prix au changement, mais il faut absolument maintenir le dialogue », estimait Fabien Schellen, un étudiant francophone.

Des nationalistes flamands, membres du Mouvement populaire flamand (VVB) ou de l’Association des étudiants nationalistes (NSV), étaient présents également. Une vingtaine de membres du VVB ont distribué des tracts et une dizaine d’activistes de la NSV ont exhibé un calicot réclamant l’indépendance de la Flandre. La police a par ailleurs interpellé quatre ou cinq agitateurs.

Alors qu’un groupe de francophones entonne une version française de la « Brabançonne », l’hymne national belge, un Flamand explique : « Je suis très content de vivre dans un beau pays comme la Belgique, mais à l’avenir, je préférerais qu’on soit de bons voisins, des amis qui travaillent bien ensemble ».

Si à Bruxelles, les responsables politiques des deux camps évoquent une reprise prochaine des négociations après deux semaines d’interruption et de forte tension, à Louvain, tout porte à croire qu’il faudra encore de nombreuses embrassades pour rapprocher les points de vue.

(D’après Belga et AFP)

Pas de résultats.