Un citoyen ordinaire, une justice ordinaire
MESKENS,JOELLE
Mercredi 21 novembre 2007
Commentaire
Historique.
Jamais dans l’histoire de la Ve République, un ancien Président n’avait été mis en examen. « C’est une sorte de victoire posthume », s’est déjà réjoui le député socialiste Arnaud Montebourg qui avait voulu traduire Jacques Chirac en justice lorsqu’il était encore à l’Elysée.
S’en réjouir, vraiment ? Il faut se féliciter, oui, que la justice suive son cours et que personne, fût-ce un ancien chef de l’Etat, ne puisse passer entre les mailles du filet. La France ressemble si souvent à une caricature de monarchie républicaine que ce soudain abandon d’apparat et de déférence (un ancien Président contraint de se déplacer physiquement au pôle financier !) vient rappeler avec bonheur qu’elle est d’abord une saine démocratie. Faire de celui qui était encore l’an dernier le plus haut personnage du pays un intouchable aurait été choquant. Ce n’est pas parce qu’on change d’ère qu’on passe l’éponge sur toutes les années passées et qu’on efface toutes les ardoises au nom d’une quelconque amnistie.
Pour éviter que son action soit entravée, un chef de l’Etat se doit d’être protégé, même si le récent divorce de Nicolas Sarkozy a montré que ce bouclier immunitaire, portant aussi bien sur les affaires civiles que pénales, était sans doute excessif : si le mariage de l’actuel chef de l’Etat n’avait pas été rompu par consentement mutuel, il n’aurait pas été autorisé. Dès que le mandat s’achève, en revanche, la justice doit logiquement reprendre son cours.
Les faits reprochés, même si Jacques Chirac se défend de tout enrichissement personnel, sont graves. Ils mettent en cause l’intégrité même de l’ancien maire de Paris. Ils jettent un sérieux doute sur la mission que l’intéressé dit avoir exercée au seul bénéfice de ses administrés et portent le discrédit sur la fonction politique même. La fin (la conquête du pouvoir) ne justifie pas tous les moyens (la gestion hasardeuse des deniers publics à l’époque où le financement des partis n’était pas encore balisé).
Pour autant, Jacques Chirac, redevenu citoyen ordinaire, devra aussi être traité en justiciable ordinaire. Sereinement. Et sans que son affaire puisse être instrumentalisée par une gauche en perdition ou par une droite toujours soucieuse de légitimer sa rupture.
