Garrett Lisi, le grand unificateur ?
DU BRULLE,CHRISTIAN
Mercredi 21 novembre 2007
Physique Il propose une théorie du Tout « exceptionnellement simple »
Un hédoniste contemplatif même, qui partage le plus clair de son temps entre le surf à Hawaii et le snowboard sur les cimes enneigées du Nevada.
À 39 ans, Anthony Garrett Lisi passe pour un sportif bronzé plutôt que pour un physicien théoricien. Un néo-hippie qui écume les festivals artistico-new age de type « Burning man » plutôt que les méandres de la mécanique quantique et de la gravitation universelle. Pourtant, c’est cette seconde casquette qui l’a propulsé ces dernières semaines sur le devant de la scène internationale.
Son coup de maître ? Avoir publié en ligne début novembre « sa » théorie du Tout. Le Graal des physiciens. Une théorie aussi inaccessible que passionnante depuis qu’Einstein a couché sur papier les fondements de sa relativité générale.
But du jeu : rassembler en une seule et même théorie les lois qui régissent tout l’univers : depuis les plus petites particules aux mouvements des galaxies.
Docteur en physique de l’Université de Californie depuis 1999, Lisi travaille aussi… peu que possible. Il préfère vivre ses passions à fond quitte à subsister d’expédients et de petits boulots.
L’an dernier, il a sollicité et obtenu une bourse d’une nouvelle fondation américaine : la FQXi (voir ci-contre). Du coup, il a pu consacrer plus de temps à ses équations. D’où l’article de 31 pages publié au début de ce mois.
Un article qui ne laisse pas la communauté scientifique indifférente. Soit on l’adore, soit on le carbonise… C’est que le scientifique solitaire (il ne relève d’aucune université) était aussi, jusqu’il y a quelques semaines, un parfait inconnu dans le monde des théoriciens de la physique.
En France, le physicien Carlo Rovelli l’encense. « La théorie de M. Lisi a l’air de pouvoir résoudre le problème avec un très beau formalisme mathématique », estimait-il dans Le Monde.
Rovelli fait aussi partie des chercheurs subventionnés par la nouvelle fondation américaine.
Son enthousiasme n’est cependant pas partagé par ses pairs. En France, les grosses pointures du secteur (Thibault Damour et Jean Iliopoulos) sont plus circonspectes. Les travaux de Lisi leur semblent soit « bien connus » pour leur partie la plus intéressante, soit « relever d’une coquille vide ».
En Belgique, le Pr Marc Henneaux, directeur des Instituts Solvay (ULB-VUB) et physicien théoricien de renom, se montre prudent.
« En ce qui concerne son utilisation du groupe de Lie « E8 », une structure mathématique fascinante qui est proche de la théorie des cordes (une théorie qui tend notamment à unifier les quatre interactions fondamentales dans l’Univers), il n’y a rien à redire, estime-t-il. Pour le surplus, je ne suis pas convaincu. »
Outre une étude attentive des calculs de Garrett Lisi, le couperet de l’expérimentation pourrait s’avérer édifiant.
La théorie du tout proposée par le physicien américain fait appel à un univers à quatre dimensions et non à un cadre à onze dimensions, comme dans la théorie des cordes. Par contre, son raisonnement nécessite l’intervention d’une vingtaine de nouvelles particules élémentaires. Des particules qui restent à découvrir et que le nouvel accélérateur de particules du Cern (Genève) pourrait aider à identifier. La saga complète est loin d’être écrite.
