Toc Toc ? C’est Baffie

MANCHE,PHILIPPE

Samedi 24 novembre 2007

Théâtre En tournée

Laurent Baffie amène chez nous, dès vendredi prochain, sa décapante pièce « Toc Toc ».

entretien

Homme de télé (ses vannes chez Ardisson), auteur pour Jean-Marie Bigard, réalisateur (Les clés de bagnole), et aussi responsable de la pièce Sexe, magouille et culture générale, Laurent Baffie n’en finit pas de se démultiplier. Sa nouvelle pièce Toc Toc, prétexte à l’entretien qui va suivre, a triomphé en France et débarque pour trois soirs en Belgique.

Qu’est-ce qui vous a amené à écrire une pièce sur les troubles obsessionnels compulsifs ?

J’ai des tocs depuis ma plus tendre enfance et je pense que tout le monde en a. Je me suis beaucoup documenté. Tous les gens n’ont pas de tocs mais huit ou neuf personnes sur dix en ont. Ce sont des petits cérémoniaux qu’on s’invente dès la plus tendre enfance pour lutter contre des angoisses et des moments où on n’est pas bien. Malheureusement, il y a des gens qui s’enferment là-dedans et qui n’ont plus de vie sociale parce qu’ils sont complètement anéantis par ces choses qui devaient à la base les rassurer.

Qu’avez-vous appris sur le sujet en travaillant sur l’écriture de ce spectacle ?

J’ai mesuré toute la délicatesse du sujet et je me suis vraiment attaché à faire rire avec ça mais pas contre les gens. Ceci dit, on rit beaucoup, énormément. Comme je suis arithmomane, je compte les rires et le record est de 419 rires dans cette pièce. Pour vous dire qu’on rit beaucoup mais jamais contre les gens. Il y a beaucoup de malades qui sont venus voir cette pièce et qui ont été sensibles au respect.

« Toc Toc », c’est six personnages qui se retrouvent dans le cabinet d’un grand spécialiste ?

Oui et les personnes représentent six pathologies différentes. Il y en a un qui a le syndrome de Gilles de la Tourette, qui dit des gros mots et fait des gestes obscènes d’une façon irrépressible. Il y a une femme qui a la phobie des microbes, un chauffeur de taxi arithmomane, une femme qui a le toc de la vérification et une autre fille répète tout deux fois…

Sans indiscrétion, quels sont vos tocs ?

Je n’aime pas les petits bruits. Vous savez, dans les bureaux, les gens font claquer les stylos. Quelqu’un qui ouvre un papier de bonbon va me rendre fou. C’est pour ça que j’ai du mal au cinéma parce que tout le monde fait des petits bruits. Je ne supporte pas le manque de symétrie. Je suis capable de me relever pour remettre un cadre qui est de travers.

« Toc Toc » est un succès. Vous aspiriez à la reconnaissance de vos pairs quitte à faire oublier le Baffie qui balance des vannes à la télé ?

Mon vrai métier, c’est auteur. Les gens commencent à le savoir. J’ai écrit des centaines de sketches, un film, deux pièces. J’écris un deuxième film et je travaille également sur une troisième pièce autour du permis de conduire. Et bientôt mon premier one-man-show. Petit à petit, je rajoute une pierre à l’édifice. Mon objectif professionnel est de faire plusieurs pièces, plusieurs films et plusieurs one-man-show. C’est là qu’est mon vrai travail. Démultiplier cette trilogie-là.

« Le plus beau métier »

Comment va s’appeler votre premier one-man-show ?

Laurent Baffie est un sale gosse. Je vais parler un peu de ma vie, de mes enfants, de ma femme, de ma mère, de tout le monde, de sujets de société. Je vais faire du cirque, de la magie, un numéro de lanceur de couteaux. Il va y avoir un écran géant, beaucoup d’interactivité. Des gens vont monter sur scène, pour participer ou pour décéder.

Décéder ?

Oui, parce que j’ai un règlement d’ordre intérieur qui m’octroie le permis de tuer. Quelqu’un dont le portable sonne sera passible de la peine de mort. Et il y en aura bien un dont le portable va sonner, chaque soir.

Ce n’est pas un secret que de dire que vous êtes quelqu’un d’angoissé. Au théâtre, vous vous cachez derrière des personnages. Comment allez-vous gérer ça, seul sur scène ?

Je vais mettre ma peur en scène dès ma première apparition. Je vais parler de mon trac. Pour le désamorcer et pour expliquer aux gens que ça me pose des problèmes, je vais leur dire : « Ne vous détendez pas, tout peut arriver à chaque instant. De toute façon, ça va très mal se passer. »

Vous allez également évoquer vos fêlures, votre jardin secret ?

On m’a dit que j’étais quelqu’un qui ne se livre pas beaucoup. J’en parle. Et ça m’a marqué. Je pense que je me livre dans mon travail, dans ma vie. Pour ce spectacle, il fallait que je donne quelque chose de très personnel. On ne peut pas faire plus perso puisque je vais projeter aux gens ma dernière coloscopie. Après, on ne pourra plus me reprocher d’être quelqu’un qui ne se livre pas.

Vous avez aussi cette vocation de faire oublier aux gens leurs soucis pendant deux heures ?

J’ai conscience de faire le plus beau métier du monde. Le rire, c’est une sorte d’abandon physique, chacun a son propre rire. Quand on y pense, c’est très spécial, le rire. En même temps, ça nous différencie de l’animal parce qu’on est le seul animal à rire, à part peut-être un peu les singes…

Et les dauphins ?

Non, les dauphins ne rient pas. C’est la forme de leur bouche qui donne l’illusion qu’ils sourient. On a l’impression que c’est un animal très gentil, très mignon mais ce sont des skinheads, les dauphins. Ils se masturbent entre eux, violent leurs congénères, tuent les marsouins. C’est pas Flipper, c’est une belle bande d’enculés, les dauphins !.

Toc Toc le 30 novembre au Cirque royal. Infos et rés. 02-218.10.15 ; le 1er décembre au Forum à Liège, 04-223.18.18 ; le 2 décembre à l’Aula Magna à Louvain-la-Neuve, 010-497.800.

Laurent Baffie est un sale gosse à partir du 10 janvier 2008 à Wolubilis. Infos et réservations au 02-761.60.30.

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