Garry Kasparov, des échecs à l'opposition anti–Poutine

n.c.

Samedi 24 novembre 2007

Garry Kasparov, 44 ans, interpellé samedi au cours d’une manifestation à Moscou, a régné en maître incontesté sur le monde des échecs pendant 15 ans avant de se lancer dans l’opposition au président Vladimir Poutine.

Garry Kasparov, 44 ans, interpellé samedi au cours d’une manifestation à Moscou, a régné en maître incontesté sur le monde des échecs pendant 15 ans avant de se lancer dans l’opposition au président Vladimir Poutine.

« Notre but est le démantèlement de ce régime qui couvre le pays de honte (…) Nous allons sortir de ce marécage de corruption et de mensonge et nous gagnerons ! », a déclaré Garry Kasparov, candidat à la présidentielle de 2008 pour son mouvement L’Autre Russie, peu avant d’être interpellé.

En 2005, il expliquait son passage du monde des échecs à celui de la politique par la nécessité de « défier la dictature de Poutine ». La même année il crée son propre mouvement, le Front citoyen uni.

Habitué aux règles strictes du jeux d’échecs, il ne semble pas être découragé devant le monde politique qui fonctionne autrement.

« La règle ici c’est l’absence de règles. Pas de règles c’est aussi une règle », a-t-il déclaré dans un entretien à l’AFP en juin.

Né le 13 avril 1963 à Bakou, capitale de l’ancienne république soviétique d’Azerbaïdjan, dans une famille d’ingénieurs mi-juive mi-arménienne, il a commencé l’apprentissage des échecs dès l’âge de six ans.

Champion d’URSS junior à 13 ans, il connaît une progression fulgurante et devient en 1985, à 22 ans, le plus jeune champion du monde de l’histoire des échecs en s’imposant face à une autre légende, son compatriote Anatoli Karpov.

Sa constitution athlétique, son comportement autoritaire, ses formidables résultats et son envie irrésistible de toujours gagner lui valent alors les surnoms d’« ogre de Bakou » et de « monstre aux cent yeux qui voient tout ».

Il s’engage aussi très vite en politique, soutenant le père de la perestroïka Mikhaïl Gorbatchev et le premier président de Russie, Boris Eltsine, et se sentant proche un moment du général Alexandre Lebed, mort dans un accident d’hélicoptère en 2002.

En 2000, Garry Kasparov cède sa couronne mondiale à son ancien élève et compatriote Vladimir Kramnik, puis il abandonne définitivement la compétition en 2005 après avoir remporté le 22e tournoi d’échecs de Linares (Espagne).

Garry Kasparov s’associe alors à un comité, au côté de personnalités libérales, pour l’organisation d’une élection présidentielle « libre » en 2008.

Face à l’opposition libérale traditionnelle (partis Iabloko et SPS), laminée depuis l’arrivée de Vladimir Poutine au pouvoir en 2000, il émerge comme le fédérateur potentiel d’une nouvelle opposition.

En septembre 2007, il appelle à « refonder de zéro » l’opposition, fustigeant ces partis créés dans les années 1990, qui selon lui ont « perdu » leur électorat.

Lui-même et ses partisans sont qualifiés par le Kremlin de « marginaux » et plusieurs de leurs rassemblements ont été violemment dispersés.

Sur le front international, Garry Kasparov s’en est pris récemment aux leaders occidentaux, les appelant à « cesser de soutenir » le régime « dictatorial » de Vladimir Poutine.

« Nous ne demandons pas que l’Occident nous soutienne, nous demandons que les gouvernements occidentaux cessent de soutenir Poutine » et « critiquent publiquement – et pas entre la poire et le fromage – le régime pour ses violations de la démocratie et des droits de l’Homme », a-t-il déclaré le 21 novembre à Paris.

(AFP)

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