Hôpitaux : « le » clash

DRUEZ,NICOLAS; BURGRAFF,ERIC

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Mercredi 28 novembre 2007

Soins de santé Réunion de la dernière chance mardi après-midi

Les hôpitaux se disputent un pactole de 132 millions pour les investissements. Au risque de tout perdre.

Au diable les bonnes résolutions du plan médical global de 2006 ! Oublié, l’accord secret de Durbuy pour réorganiser l’offre de soins de santé ! C’est de nouveau la guerre larvée entre hôpitaux. Hier mardi, les palabres entre présidents, directeurs et administrateurs des intercommunales ont viré à la lutte fratricide. La réunion était cruciale, pourtant : la Région attend, pour ce mercredi, un plan d’investissement global. Sans paquet luxembourgeois ficelé, Paul Magnette (PS), ministre wallon de la Santé, ne pourra défendre le dossier ni devant son gouvernement, ni devant celui de l’Etat fédéral.

En cause ? Des sous ! Un joli paquet de millions d’euros offert par l’Etat fédéral (surtout), par la Région wallonne (un peu) aux hôpitaux qui investissent pour restructurer. Sur la table donc, 1,2 milliard d’euros à disposition de dix hôpitaux wallons dont les trois Luxembourgeois. Ce plan d’investissements dits « prioritaires » est financé de cette façon : quand la Région met un euro sur la table, l’Etat fédéral en met neuf. A ce petit jeu, près de 130 millions d’euros sont disponibles pour la province. Encore faut-il s’entendre sur leur affectation… Le ministre Magnette a averti : « Le plan médical global reste une condition sine qua non qui ne devra bien évidemment pas être une addition de plans divers, mais constituer un plan global ».

Premier réflexe ? On partage le gâteau en trois, soit 45 millions chacun : CHA (Libramont-Sainte-Ode), CSL (Arlon-Virton) et Ifac (Marche-Bastogne). « Cette solution est raisonnable », note un administrateur de l’Ifac. Trop simple pour le CHA, qui insiste : l’argent est bien réservé à des investissements « restructurants » (destinés, donc, à financer une restructuration profonde). Et Dimitri Fourny, administrateur du CHA, d’illustrer le propos avec le projet de fermeture de Ste-Ode, compensé par la construction d’une nouvelle aile à Libramont. Dont coût : 64 millions, soit près de la moitié de l’enveloppe dévolue au Luxembourg. « Notre projet est ambitieux, il fait peur aux autres institutions qui, elles, ne présentent pas de projet restructurant », commente Fourny.

Réponse du berger à la bergère, ces dernières semaines les pôles Marche-Bastogne et Arlon-Virton ont joué à la surenchère : 92 millions pour l’Ifac.

On en était là mardi midi lorsque s’est ouverte la réunion de la dernière chance. Avec au moins trois options sur la table. L’une portée par le député provincial Jean-Marie Carrier (PS) : 44 millions chacun, point à la ligne. Une alternative portée par le même député, en cas d’échec.

« Je suis prêt à forcer une décision, avec un vote. Dans les deux hypothèses, on maintient quatre sites aigus », annonçait-il, avant la réunion. Une troisième amenée par le CHA : 58,3 millions pour les CSL, 60,7 pour l’Ifac, 64,5 pour le CHA et 2,5 pour l’hôpital psychiatrique de Bertrix qui doit, à terme, intégrer une très hypothétique intercommunale unique. Une enveloppe de 185 millions d’euros, donc.

Après cinq heures de discussions houleuses, ce dernier scénario a été retenu. Mais pas comme le CHA l’avait imaginé. « Nous avons arrêté ce montant de 185 millions d’euros », confirme Jean-Marie Carrier. « Il sera réparti en deux tranches. La première, de 99 millions d’euros, sera partagée entre les trois intercommunales. » C’est pour la suite que le débat s’est envenimé, soit la deuxième tranche, de 86 millions d’euros. Les responsables du CHA auraient souhaité avoir une rallonge. Refus.

Conséquence, le député Jean-Marie Carrier, président de la CHL, a pris et ses responsabilités et des risques, soumettant au vote « l’affectation de la seconde enveloppe par la future intercommunale unique ». Résultat du vote de la CHL ? Onze voix pour (CSL et Ifac) et cinq contre (CHA). C’est « le » clash, « la » crise entre hôpitaux alors que le pouvoir wallon réclamait un projet commun…

« Il est temps qu’on intègre cette logique de structure unique. Moi, je ne pouvais pas me présenter chez Paul Magnette avec une enveloppe vide, même si on n’a pas obtenu l’unanimité », analyse pourtant Jean-Marie Carrier.

Autre son de cloche chez le CDH Dimitry Fourny (CHA) : « En forçant le vote, Carrier a non seulement fait exploser la CHL mais il a aussi hypothéqué les chances de créer une intercommunale unique et de mettre en œuvre un plan médical global. Pourquoi voulez-vous que le CHA s’intègre demain dans une structure où il y a une alliance objective contre lui ? »

A l’issue de la réunion, le CHA a d’ailleurs convoqué un conseil d’administration pour ce mercredi après-midi.

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