Mais c’est la mort qui l’a assassiné
COLJON,THIERRY
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Jeudi 29 novembre 2007
Musique Fred Chichin, des Rita Mitsouko, est mort d’un cancer fulgurant
Mercredi matin, Fred est mort à 53 ans, victime d’un cancer foudroyant. Au début des années 2000, il avait déjà dû se battre contre une hépatite C qui l’avait grandement affaibli.
Voici ce qu’il nous en avait dit en avril dernier : « Durant cette période, je n’ai pas eu trop le temps de penser au groupe. J’ai attendu que ça passe. J’avais ce virus en moi depuis vingt-cinq ans et il s’est réveillé. Je n’étais pas frustré mais j’ai beaucoup réfléchi. J’ai fait un peu le point sur ce qu’on avait fait jusqu’ici. J’ai recentré. J’ai enlevé ce qu’il y avait de trop, pour rassembler ce qu’on a fait de mieux. Avec des chansons simples, concises. »
C’est en 1979 qu’il rencontre celle qui deviendra sa compagne et la mère de ses enfants, Catherine Ringer. Le premier mini-album paraît en 1981 mais c’est en 1985, avec le simple « Marcia Baila » que le duo parisien est propulsé sur la scène internationale. Chanson prémonitoire ? Elle parlait en tout cas de la mort de la chorégraphe argentine Marcia Moretto, morte d’un cancer à 32 ans (Mais c’est la mort qui t’a assassinée Marcia/ C’est la mort qui t’a consumée Marcia…).
Suivront de nombreux succès sur les albums The No Comprendo et Marc et Robert, produits par Tony Visconti (T-Rex, Bowie). Les Rita ont créé un style propre balisé par la voix grinçante de Catherine et les riffs assassins de Fred. Ils resteront associés à l’incroyable créativité (notamment visuelle) de la scène française des années 80. An Pierlé nous disait encore récemment que depuis les Rita, plus rien ne la séduisait vraiment dans la chanson française.
Fred et Catherine formaient un couple étonnant. Lui, c’était l’eau. Elle, le feu. Extravertie, Catherine avait la gouaille qui pouvait se montrer agressive dans les mauvais jours. Lui, c’était tout le contraire. Très effacé, il était la douceur même. Doté d’une grande intelligence et d’un talent de compositeur inouï, Fred s’intéressait à toutes les musiques, de préférence alternatives.
Ce qu’il pensait de la scène française actuelle ? Il nous avait répondu : « Ils sont beaucoup dans le passéisme, il me semble. Ça manque de jus. Les gens sont soit dans la repentance en France, soit dans la victimisation. Ça ne donne pas des textes très brillants ni dynamiques. Il y a un musicalement correct qui fait qu’il n’y a plus de prise de risques. L’époque veut ça. L’underground existe encore mais il n’y a plus de place pour eux dans les radios ni les firmes de disques. Nous, on a eu pas mal de chance. On a toujours eu notre studio, donc on n’a jamais été dépendant des autres. Puis, il y a une esthétique européenne, tout de même. Je me sens dans ce courant. Les Belges sont plus modernes que les Français d’ailleurs. Leur mentalité est plus 2007. Sans parler de la qualité des musiciens belges. »
L’album Variéty, né d’une nouvelle collaboration avec le label Because sur lequel se trouve aussi Manu Chao, était sorti en français et en anglais, car les Rita existaient réellement sur le marché international. Fait assez rare pour un groupe hexagonal.
On peut dire sans trop s’avancer que l’existence des Rita Mitsouko se termine avec celle de Fred Chichin. Ce qui n’empêchera pas Catherine d’un jour entamer une carrière solo si elle en a la force.
Les Rita Mitsouko laissent derrière eux des disques fabuleux et des chansons qui traverseront le temps : « Marcia baila » bien sûr mais aussi, et surtout, « Andy », « C’est comme ça », « Les histoires d’a », « Singing in the shower » (avec les Sparks). On n’oubliera jamais ces concerts un peu fous, notamment à la Cigale à Paris, au milieu des années 80. Ni l’ombre trop discrète de ce grand guitariste toujours planqué en fond de scène, clope au bec, le petit sourire complice. Un bonheur d’homme.
