La force européenne en panne d’hélicoptères

KIESEL,VERONIQUE

Jeudi 29 novembre 2007

Tchad Exclu web : Le déploiement de l’Eufor risque d’être retardé

Où en est la force européenne qui devrait, dans les semaines qui viennent, être déployée au Tchad et en République Centrafricaine, à la lisière du Darfour ? Ensablée faute de moyens suffisants…

La décision d’y aller avait été prise le 15 octobre dernier. On annonçait alors la plus importante mission armée jamais menée par l’Union européenne de façon autonome, c’est-à-dire sans l’aide de l’Otan. Il était prévu que la force regrouperait 3.700 hommes, auxquels devaient s’ajouter 600 hommes en réserve basés en Europe.

Mission principale : sécuriser les camps de réfugiés venus du Darfour et les camps de déplacés au Tchad et en Centrafrique, et protéger les policiers des Nations unies chargés de former les forces de l’ordre locales à la sécurisation des camps.

Un mois et demi plus tard, le ton est un peu moins triomphant. Si huit pays ont annoncé qu’ils participeraient à cette force – France, Belgique, Irlande, Autriche, Finlande, Pologne, Suède, Roumanie – des éléments clés au bon déploiement de la force manquent encore. « Ce qui fait le plus défaut, indique-t-on à l’Union européenne, ce sont des hélicoptères et des petits avions de transport. Il faut aussi un hôpital pour soigner les blessés, et un peu de Génie ».

S’il faut tant de moyens aériens, c’est parce que, comme l’a expliqué le général Henri Bentégeat, principal conseiller militaire de l’UE, cette mission sera « la plus exigeante » jamais organisée par l’UE « en termes logistiques et d’infrastructure. Nos forces seront déployées dans un environnement très dur ». Il faudra compter avec « la chaleur, l’humidité, le terrain difficile, le manque d’infrastructures locales et de ressources, plus les longues lignes de communication ».

La dernière réunion des experts militaires de l’UE, la semaine dernière, s’était achevée sur le constat de ces manques, qui pourraient retarder le déploiement de la force. Si les premiers éléments pourraient bien être sur le terrain début décembre, le déploiement du gros de l’effectif, prévu pour fin décembre, pourrait être retardé à début 2008.

Pour tenter de débloquer la situation, les responsables multiplient les contacts politiques, essayant de convaincre les autres Etats membres de l’UE de participer d’une manière ou d’une autre à l’effort.

La France, qui doit fournir près de la moitié des militaires, et qui craint de voir sa part encore s’alourdir, a tenté de mieux faire partager les coûts de transport de l’opération sur les pays de l’UE qui n’envoient pas de troupe. Si l’Espagne a accepté de fournir deux avions militaires, les Britanniques ont fermement refusé. « La Grande-Bretagne est active en Irak, en Afghanistan et au Kosovo. Nous avons dès le départ dit aux Français qu’il leur revenait à eux de faire le gros du travail » au Tchad, avait ainsi indiqué Jim Murphy, en charge des Affaires européennes. Le problème, c’est en effet que la plupart des pays membres de l’UE ont déjà des troupes déployées en Afghanistan, au Liban, en Bosnie, au Kosovo, en Afrique voire en Irak. Or les capacités militaires ne sont pas extensibles à l’infini.

Si les pays européens n’arrivent pas à compléter la force, l’Union européenne fera appel à des pays tiers, comme la Turquie, la Norvège et surtout l’Ukraine, qui a d’importantes capacités aéronautiques.

Par ailleurs, le général irlandais Patrick Nash, qui a été choisi comme commandant de l’opération (tandis que le général français Jean-Philippe Ganascia commandera la force) a demandé à ce que soit étudiée la possibilité de faire appel, le cas échéant, à de « l’outsourcing ». En bon français, l’engagement d’éléments non-militaires. Des mercenaires ? « Non, pas du tout, explique un responsable militaire européen. C’est hors de question. Ce ne sont pas les capacités en troupes qui posent problème. Il s’agit surtout de trouver des hélicoptères. Mais il faut voir combien cela coûterait. Et ce n’est qu’une possibilité encore très hypothétique. »

Face à ces problèmes, serait-il envisageable d’annuler cette force ? Si certains estiment que la pression médiatique semble un peu retombée sur ce dossier, il serait politiquement désastreux pour les relations Europe-Afrique d’avoir pris un engagement aussi lourd et puis de changer d’avis…

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