C’est le moment de devenir adulte

DELVAUX,BEATRICE

Lundi 3 décembre 2007

Une crise de régime ? Les puristes vous diront que non. Qu’elle viendra plus tard, lorsque plus aucune autre coalition ne sera possible. Et pourtant, à force de refuser de voir ce qui se joue – le sort de la Belgique – on risque tout bonnement de la précipiter, cette crise, et la Belgique avec.

Aujourd’hui, le parti qui a gagné les élections, le CD&V, refuse toujours de donner sa vision future du pays. On a deviné, via une Carte blanche de Kris Peeters dans Le Soir, que ce parti veut une révolution copernicienne, avec un État fédéral réduit à peu de choses et le maximum de pouvoirs aux Régions. Un confédéralisme qui ne dit pas son nom. En prime, le CD&V est scotché à la N-VA qui veut la fin du pays, au plus vite au mieux. Bart De Wever le répète à la Terre entière.

Après la semaine dernière et par la grâce de Joëlle Milquet qui a forcé le parti d’Yves Leterme à se dévoiler, nous savons que le CD&V ne peut et ne veut pas mettre au pas son allié séparatiste, et mieux (ou plutôt, pire), qu’une large partie de ses militants partage l’opinion de la N-VA. La priorité du CD&V n’est donc pas la Belgique, mais la Flandre. L’ovation réservée à Leterme samedi et le stratagème visant à faire porter l’échec du formateur à la présidente du CDH montrent que ce parti ne changera ni d’avis ni de programme, pas davantage que d’allié ou de leader.

Ce lundi, nous sommes donc face à cette équation : le CDH rejette toute atteinte potentielle aux fondements de l’État belge et la N-VA refuse toute proposition consolidant l’État fédéral. Et aucun des partis qui pèsent, CD&V, MR et VLD, n’arrive à transcender ces deux points de vue extrêmes.

Notre pays est ainsi fait que l’urgence politique n’est pas au mazout ou au devenir des prisons. On peut le regretter, le critiquer mais ce lundi, il faut juste l’acter. Ces six mois de négociation n’auront toutefois pas servi à rien, puisqu’ils auront mis au jour ce besoin incontournable de clarification et de redéfinition des rapports entre les deux communautés.

Le fossé entre les conceptions des uns et des autres est patent : quelle que soit la coalition qui va advenir, elle serait irresponsable de le nier et de ne pas se donner les conditions de le résoudre.

Qu’un gouvernement ad hoc (poursuite de Verhofstadt II ou toute autre formule) gère le quotidien du pays. L’hiver c’est maintenant et il ne dure que trois mois. Et qu’en parallèle, on trouve la formule (convention, tripartite, autre création belge…) qui permette de redessiner la Belgique dans le respect de tous, sans coup de jarnac, sans coup de force, sans jeu de dupes.

On peut rêver d’une Belgique idéale, mais le contenu de ce rêve n’est plus le même de part et d’autre de la frontière linguistique. Un big bang institutionnel s’impose.

Il reste cependant quelques « formalités » avant que les partis francophones acceptent de se lancer dans cette aventure :

primo, il faut faire constater la réalité de cette crise de régime par un homme d’Etat, histoire de vérifier que le cul-de-sac actuel n’est pas que le résultat de l’arbitraire et/ou des incapacités patentes d’Yves Leterme. Ce qui n’est pas exclu.

Cet homme d’Etat a toutes les allures de Guy Verhofstadt, car il a démontré qu’il ne roule pas que pour la seule Flandre et qu’il n’avait pas comme programme la constitution d’un gouvernement de destruction nationale.

Secundo, il faut que le CD&V donne des assurances crédibles et des gages réels aux francophones que la Belgique a encore une valeur ajoutée en soi – n’en déplaise à la N-VA. Et que son devenir ne sera pas imposé mais négocié avec l’autre communauté.

Les partis ont agi en adolescents ces six derniers mois. Il est temps aujourd’hui qu’ils deviennent adultes.

Pas de résultats.