Sondage : CDH et Ecolo en hausse
VANDEMEULEBROUCKE,MARTINE
Jeudi 6 décembre 2007
Politique Les intentions de vote des francophones
179 jours sans nouveau gouvernement. Selon un sondage exclusif Le Soir/ RTBF, réalisé par Dedicated Research, les verts progressent de 5,8 % en Wallonie et les humanistes de 3,1 % à Bruxelles. Le MR paie sa « souplesse » face aux Flamands. Il recule à Bruxelles. Le PS ne profite pas de sa cure d’opposition.
À Bruxelles, le CDH progresse en gagnant des électeurs au MR et dans une moindre mesure au PS. C’est clairement la personnalité de Joëlle Milquet qui fait grimper son parti. Son statut de « résistante » voire de « Calimero » (celle à qui on fait toujours porter le chapeau) plaît aux Bruxellois.
Qu’a fait le MR pour subir un tel désaveu ? Les commentaires recueillis par les enquêteurs indiquent un sérieux agacement des francophones face à ses attitudes hostiles à l’égard du CDH, sa complaisance à l’égard des exigences flamandes (pour rappel : ce sondage a été réalisé après l’affaire de l’ultimatum de Leterme). « On lui reproche ses changements de cap à répétition, sa ligne politique moins lisible que le CDH et sa “haine inconditionnelle” du PS », précise Marc Dumoulin, directeur de Dedicated Research. Didier Reynders est perçu comme « très rusé et compétent » mais aussi comme « antipathique et calculateur ». Le MR est aussi jugé comme le parti qui a contribué à fragiliser le front francophone (27 %). Ils ne sont que 18 % à avoir cette opinion pour le CDH mais avec de fameuses différences entre Bruxelles (7 %) et la Wallonie (22 %). D’une manière générale, les francophones n’ont pas l’impression que ce front francophone soit très solide. 64 % estiment qu’il est « fragile ou très fragile » et le pessimisme est aussi grand dans les deux Régions. L’attitude du FDF est moins bien perçue à Bruxelles qu’en Wallonie. Intéressant : malgré sa collaboration affichée avec Groen, personne n’estime qu’Écolo a contribué à
fragiliser le front francophone.
Ecolo est la grande surprise de ce sondage. En Wallonie, le parti vert ferait un bond de près de 6 % depuis les législatives du 10 juin ! Les écologistes francophones renoueraient ainsi avec leur score record de 1999 et deviendraient le troisième parti wallon. Et si on prend en considération les 10 % d’indécis wallons, Ecolo arrive encore en tête des intentions de vote, suivi du PS. Dans le sud du pays, 45 % des personnes qui ont l’intention de voter Ecolo avaient voté PS en juin. Les commentaires recueillis par les enquêteurs sur Ecolo saluent la ligne claire et intransigeante du parti (refus de s’asseoir à la table de la N-VA, pas de changements de cap), son attitude positive (pas d’agression des autres partis, sa collaboration avec Groen). La saga de l’Orange bleue ne profite pas à l’autre parti d’« opposition », le PS, qui continue même à perdre 3 % en Wallonie.
Le vote flamand à Bruxelles se renforce essentiellement en faveur du VLD. Le Vlaams Belang continue à se tasser.
Une autre grande leçon de ce sondage est le taux important de personnes qui ont refusé de répondre aux questions. Quatre sur dix, c’est du jamais vu, reconnaît Marc Dumoulin. Le pourcentage de réponses tourne généralement autour des 80 %. Deux explications possibles selon lui : l’antipolitisme grandissant et le fait que « les gens ne s’y retrouvent plus et n’arrivent pas à décoder la ligne des partis ». À Bruxelles, parmi les électeurs indécis, 50 % sont incapables d’exprimer leur préférence pour l’un ou l’autre parti même quand on leur suggère une série d’entre eux.
Les enquêteurs ont senti, beaucoup plus que d’habitude, l’irritation et l’exaspération des gens face à l’évolution de la situation politique. « En Wallonie, cet énervement est plus sensible qu’à Bruxelles. Les opinions y sont beaucoup plus tranchées. » Un chiffre révélateur : 11 % des Wallons disent qu’ils n’iraient pas voter alors que ce pourcentage tourne généralement autour de 5 %. Seule consolation : le Front national ne bénéficie pas de cette exaspération. Il disparaît pratiquement de la carte politique bruxelloise avec 0,2 % et passe de 5,6 à 3,2 % en Wallonie. Une dégringolade continue depuis les élections communales de 2006.
