Sarkozy veut libérer Ingrid Betancourt à Noël
MESKENS,JOELLE
Jeudi 6 décembre 2007
France Le Président en première ligne pour tenter de libérer l’otage
Le président français joue son va-tout. Après la diffusion d’une preuve de vie poignante de l’otage franco-colombienne Ingrid Betancourt, il s’engage. Avec un rêve : obtenir sa libération pour Noël.
Il y a quelques jours, le président colombien Alvaro Uribe avait proposé à Nicolas Sarkozy de se poser en médiateur direct auprès des ravisseurs qui exigent la libération de cinq cents guerilleros en échange de l’élargissement des quarante-cinq otages qu’ils détiennent. Prudent, l’Elysée avait préféré se donner un peu de temps. « Nous savons que les choses sont complexes », indiquait en début de semaine l’entourage de Nicolas Sarkozy, qui cherchait à éviter une instrumentalisation après l’éviction du président vénézuélien Hugo Chavez, considéré comme le meilleur médiateur possible et par l’intermédiaire duquel les preuves de vie de l’otage sont d’ailleurs arrivées. « Il faut se donner le meilleur moyen d’agir pour ne pas gâcher les chances d’aboutir. » L’exemple d’un précédent fiasco reste en mémoire. En 2003, Dominique de Villepin, ami personnel d’Ingrid Betancourt, avait dans le plus grand secret envoyé un avion dans la jungle pour tenter de l’exfiltrer. L’opération avait lamentablement échoué.
Depuis le début de son mandat, Nicolas Sarkozy s’est personnellement beaucoup impliqué dans le dossier. Il a reçu les proches d’Ingrid Betancourt à de nombreuses reprises et la famille de l’otage ne tarit pas d’éloges sur sa gestion de l’affaire. Après l’enregistrement des messages, la sœur de l’otage, Astrid Betancourt, a d’ailleurs salué un « geste fort, audacieux et empreint d’humanité ». De même Robert Menard, le secrétaire général de « Reporters sans frontières » qui a eu à connaître de nombreuses affaires d’otages (notamment l’enlèvement en Irak de Christian Chesnot et Georges Malbrunot puis celui de Florence Aubenas) loue l’énergie du président français et veut croire qu’il peut obtenir la libération de la Franco-Colombienne.
Pour Nicolas Sarkozy, l’affaire Betancourt est un double symbole. Symbole de l’attention qu’il entend porter aux victimes. Si un fait divers émeut le pays, il s’empresse de recevoir à l’Elysée la famille de la victime. Cela a été le cas ces derniers mois avec le père du petit Enis, violé par un pédophile à Roubaix, de même que pour la famille de Larami et Moushin, les deux adolescents tués à Villiers-le-Bel lors de la collision de leur minimoto avec une voiture de police. Symbole aussi d’une diplomatie qu’il voudrait placer sous le signe de l’engagement. Il se félicite d’avoir joué un rôle décisif dans la libération des infirmières bulgares et dans celle des journalistes français inculpés au Tchad après le scandale de l’Arche de Zoé, même si à chaque fois il a dû afficher une proximité embarrassante avec des chefs d’État controversés.
Les jours prochains pourraient être décisifs. Le premier ministre François Fillon sera en Argentine lundi pour l’investiture de la présidente Cristina Kirchner. Il en profitera pour rencontrer Alvaro Uribe. Mais si le Colombien persiste à vouloir confier une mission de médiation aux Français, il ne leur facilitera pas forcément la tâche. Les Farc exigent comme préalable à la négociation la démilitarisation de la zone où ils sont implantés. Une condition qu’Alvaro Uribe n’est pas disposé à satisfaire.
