Deux couteaux plantés dans le dos
BODEUX,PHILIPPE; DELEPIERRE,FREDERIC
Jeudi 6 décembre 2007
Liège L’adolescente ne supportait plus les brimades de son père
Mercredi soir, une jeune fille de 14 ans a poignardé son père qui était en train de faire sa prière, à Jemeppe-sur-Meuse. Il est mort quasiment sur le coup. L’adolescente a été mise à la disposition du juge de la jeunesse de Liège.
Peu avant dans la journée, Ziane est venu chercher Fatima à son école située près du pont de Seraing. À son arrivée, il voit que sa fille est en communication au GSM. Le sang du père de famille ne fait qu’un tour. Il bondit. « À qui tu parles ? », demande-t-il à l’adolescente, selon les déclarations de cette dernière. Et le père d’arracher le téléphone portable des mains de Fatima pour vérifier le numéro de l’interlocuteur.
Selon la déposition que Fatima a faite aux enquêteurs, « son père ne supportait pas son mode de vie, ses fréquentations. Et, plus que tout, il ne pouvait tolérer que sa fille ait éventuellement un flirt, commente Philippe Dulieu, porte-parole du parquet de Liège. Il surveillait donc les amis de la jeune fille de 14 ans et l’avait déjà violentée car il n’aimait pas qu’elle ait un GSM ».
Mercredi après-midi, ce fut l’escalade. « En reconduisant Fatima à la maison, Ziane l’a traînée par les cheveux, explique Philippe Dulieu. Il l’aurait ensuite battue en lui donnant des coups de pied, alors que son fils et son épouse tentaient de s’interposer. Il est ensuite parti régler des choses à la maison communale. » À son retour, la pluie de coups a repris. Le père a saisi un manche de brosse avec lequel il a frappé sa fille à plusieurs reprises. Sur le visage et les épaules. « Le médecin légiste l’a confirmé », commente le magistrat.
Viennent 19 heures. L’heure de la prière. Très pratiquant, Ziane s’isole dans une pièce. Il dépose son tapis sur le sol et s’agenouille. Pendant ce temps, Fatima se dirige vers la cuisine. Elle empoigne deux couteaux de cuisine. Revient vers son père. Et, d’un geste décidé, la jeune fille plante les deux lames dans le dos de son père. Le sang se met à couler. Ziane s’effondre. Il meurt quasi instantanément d’une hémorragie interne.
Comprenant la portée de son geste, Fatima se met à courir. Elle sort de la maison, comme une furie, poursuivie par sa mère qui lui hurle : « Qu’est-ce que tu as fait ? Qu’est-ce que tu as fait ? » Le frère aîné frappe à la porte des voisins, un couple de retraités. Les deux enfants et leur mère entrent. « Fatima était hors d’elle », raconte Andrée Maes, qui a accueilli les deux femmes tandis que son mari appelait les secours et qu’un voisin tentait de réanimer le père poignardé. « “Tu as tué ton père”, a dit sa mère. “Tu sais pourquoi”, lui a répondu sa fille, se souvient Andrée Maes, les sanglots dans la voix. Fatima m’a alors montré les coups qu’elle avait reçus à la jambe et au bras. » « Mais pourquoi as-tu fait ça ? », a demandé Andrée Maes à la jeune fille. « Elle m’a répondu que son père la battait et que ce n’était pas la première fois, me demandant : “Vous n’avez jamais rien entendu ?” » Ensuite, elle a expliqué à la dame âgée que son père lui avait cassé son GSM en lui disant : « Tu n’es qu’une putain ! »
Avertie par les voisins, la police est très vite descendue sur les lieux. Un juge d’instruction a été désigné alors que Fatima a, pour sa part, été présentée à un juge de la jeunesse, qui a pris une mesure de placement à son égard, ce jeudi en début de soirée.
Dans le quartier, on ne comprend pas. « La famille est implantée ici depuis dix ans. Ils sont plutôt taiseux. Leur petit dernier vient nous dire bonjour tous les jours », déclare le mari d’Andrée Maes. « On se rend parfois des services sans se fréquenter. Leur fille est très serviable mais elle ne peut pas sortir beaucoup. Ce sont des gens très gentils, du moins sur le seuil. À l’intérieur, ça, on ne sait pas, poursuit la voisine, consternée par ce qui est arrivé. Un jour de folie, sans doute. »
