Survivre avec les hommes

STAGIAIRE

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Lundi 10 décembre 2007

Cinéma Rencontre avec l’héroïne de « Survivre avec les loups »

Misha Defonseca raconte son expérience. De son séjour chez les loups. Et de son retour parmi les hommes.

En 2005, la réalisatrice Véra Belmont décide d’adapter le livre autobiographique de Misha Defonseca Survivre avec les loups, qui raconte le prodigieux périple de la fillette juive à travers l’Europe de l’Est en pleine deuxième guerre mondiale pour retrouver ses parents déportés. Elle sera sauvée par les loups.

Nous avons rencontré Misha Defonseca, qui fit cette incroyable odyssée. Elle insiste sur les idées qu’elle tient à faire passer aux jeunes générations : « Le message de ce film est avant tout un message de courage, de ténacité. Je trouve qu’en général, les gens s’arrêtent trop vite sans savoir ce dont ils sont réellement capables. Je tiens aussi à insister sur le regard que porte mon livre sur la guerre, et qui apparaît moins dans le film. Il est essentiel de rejeter les extrémismes. »

Le film, toujours à l’affiche, s’attarde en effet sur les loups au détriment du climat belliqueux : « J’imaginais des scènes plus dures laissant d’avantage sentir la souffrance extrême, la faim, et l’horreur de la guerre. »

Misha n’avait exigé de la réalisatrice que le respect des noms pour la mémoire de ses parents, et quant au tournage, elle n’y a pas participé. Elle n’a rencontré son interprète Mathilde Goffart qu’après le tournage de 15 semaines : « Il y a toujours des choses à changer ou améliorer, mais je trouve que c’est une bonne adaptation du livre, particulièrement par son accès à tout public et la large portée que cela implique. »

Absurdité

Où a-t-elle trouvé cette force de se relever dans les pires moments ? « L’image de ma maman, et l’instinct de survie. » Avec son expérience parmi les loups teutons, Misha nous donne une magnifique leçon de vie, voire de survie. A priori 99 chances sur 100 de se faire engloutir vivante par la meute qu’elle parvient à amadouer naturellement, avec son « innocence, sans peur, inoffensive ». Cinq années passées dans l’oubli, à manger de la viande crue et à traverser les hivers entre les fourrures des canidés, avec une seule idée en tête : retrouver ses parents. La quête du salut.

Au terme de cinq ans, Misha parvient à retrouver les hommes. Elle découvre alors un monde dévasté par la guerre, et se sent tout autant étrangère à l’humanité qu’elle ne l’était en rencontrant les loups : « Au début je ne disais pas grand-chose, je passais mon temps à observer les gens, tout comme j’observais les loups, pour comprendre leur mode de fonctionnement, comme l’importance du respect et de la hiérarchie dans la meute. »

À la façon de Descartes et malgré elle, Misha Defonseca s’est donc isolée pour mieux penser et voir le monde : « Cet œil extérieur m’a fait prendre conscience de l’absurdité du conflit mondial, de la destruction. Et aujourd’hui, la séparation de notre pays est tout aussi absurde, alors les quelques extrémistes fascistes qui font du bruit, qu’ils aillent se faire foutre ! »

On parle aujourd’hui d’une probable suite au film. À connotation plus anthropologique, ce deuxième volet hypothétique traiterait la difficile réintégration de la jeune fille louve parmi les hommes.

Misha Defonseca : « Il m’est arrivé dans un excès de rage de mordre mon mari, faute de mots… »

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