Que reste-t-il de « Bye, bye, Belgium » ?
MOUTON,OLIVIER
Mercredi 12 décembre 2007
Un an plus tard, que reste-t-il de « Bye, bye, Belgium » au-delà d’un bon souvenir professionnel ? Nous avons cherché à le savoir dans un supplément de douze pages. L’événement médiatique, nourri de six mois de crise politique, valait bien ça.
Le tabou du séparatisme est-il tombé il y a un an ? Avec Bye Bye Belgium, la RTBF a-t-elle secoué le pays et induit une autre perception au sein de la population ? En annonçant fictivement la mort de la Belgique, en laissant les téléspectateurs dans une incertitude longue de vingt-neuf minutes, la chaîne publique a incontestablement provoqué un séisme qui laisse des traces.
Le 13 septembre 2006 est entré dans l’histoire de notre pays. Aujourd’hui encore, cette soirée provoque des sentiments partagés, des expressions jubilatoires ou des ressentiments profonds. Pour les uns, il s’agissait d’une façon d’éveiller la population à la soif d’autonomie – voire d’indépendance – cultivée en Flandre et confirmée par une radicalisation de la classe politique du nord du pays. Pour les autres, il s’agissait d’un canular irresponsable, caricatural, source d’une véritable psychose au sein de la population francophone.
Bye Bye Belgium a-t-il eu des conséquences sur les élections législatives de juin 2007 ? Etait-il le signal annonciateur de cette longue crise qui mine aujourd’hui la Belgique ? Son impact est évidemment impossible à mesurer. Mais une certitude : quelque chose a basculé ce jour-là dans notre pays. En donnant – à tort ou à raison – l’impression au Sud du pays que la fin de l’union nationale est écrite dans les astres. En traumatisant une Flandre, scandalisée – à tort ou à raison – d’être caricaturée en une région séparatiste, repliée sur elle-même, arrogante voire raciste.
Les lignes de fracture communautaire actuelles ont-elles été balisées par ce canular ? Il y a des partis flamands demandeurs d’une autonomie plus grande, mais votant au parlement flamand contre une proposition de loi du Vlaams Belang réclamant un référendum sur l’indépendance. Il y a des partis francophones résistant, dans des registres divers, à tout ce qui pourrait saper la solidarité intrabelge. Et, au bout du compte, il y aura la nécessité de se parler encore. De trouver un consensus sur l’avenir du pays.
Bye Bye Belgium était une provocation. Créative ou brutale – encore une fois, c’est selon. Ce fut incontestablement un détonateur. Sur son lit est notamment née la collaboration entre Le Soir et De Standaard, un canal de dialogue et d’échange, qui garde d’autant plus d’importance que les tensions politiques s’exacerbent. Les deux quotidiens distribueront cette semaine le DVD de cette émission en primeur : Le Soir jeudi, De Standaard samedi. Afin que chacun puisse se faire une religion, un an après.
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