Que reste-t-il de « Bye, bye, Belgium » ?

MOUTON,OLIVIER

Mercredi 12 décembre 2007

Il y a un an, l’émission de la RTBF chamboulait le paysage médiatique et politique du pays. Depuis lors, six mois de crise sont passés par là.

Ce soir-là, le 13 décembre 2006, un vent de panique a soufflé sur la rédaction. On nous avait dit, avec un sourire en coin : « Jetez un œil sur la RTBF, les gars. Ils préparent un coup, paraît-il ! Bonne soirée ! » Au JT, rien. La météo, rien. « Questions à la Une » qui débute, toujours rien. « Comme d’habitude ! » disait déjà une mauvaise langue… Et puis, le choc : le flash urgent qui nous sort de l’ordinaire d’une soirée de garde, le visage endeuillé de De Brigode, les premiers reportages… Le téléphone qui sonne. La panique des gosses, des lecteurs. Et la rédactrice en chef qui ne perd pas le nord, elle, au bout de son GSM : « Rappelle tout le monde ! On met le paquet ! » On l’a mis : quatre pages venues de nulle part et des chiffres de vente en pleine forme, le lendemain matin. Merci, confrères du boulevard Reyers !

Un an plus tard, que reste-t-il de « Bye, bye, Belgium » au-delà d’un bon souvenir professionnel ? Nous avons cherché à le savoir dans un supplément de douze pages. L’événement médiatique, nourri de six mois de crise politique, valait bien ça.

Le pays bousculé par un canular

Le tabou du séparatisme est-il tombé il y a un an ? Avec Bye Bye Belgium, la RTBF a-t-elle secoué le pays et induit une autre perception au sein de la population ? En annonçant fictivement la mort de la Belgique, en laissant les téléspectateurs dans une incertitude longue de vingt-neuf minutes, la chaîne publique a incontestablement provoqué un séisme qui laisse des traces.

Le 13 septembre 2006 est entré dans l’histoire de notre pays. Aujourd’hui encore, cette soirée provoque des sentiments partagés, des expressions jubilatoires ou des ressentiments profonds. Pour les uns, il s’agissait d’une façon d’éveiller la population à la soif d’autonomie – voire d’indépendance – cultivée en Flandre et confirmée par une radicalisation de la classe politique du nord du pays. Pour les autres, il s’agissait d’un canular irresponsable, caricatural, source d’une véritable psychose au sein de la population francophone.

Bye Bye Belgium a-t-il eu des conséquences sur les élections législatives de juin 2007 ? Etait-il le signal annonciateur de cette longue crise qui mine aujourd’hui la Belgique ? Son impact est évidemment impossible à mesurer. Mais une certitude : quelque chose a basculé ce jour-là dans notre pays. En donnant – à tort ou à raison – l’impression au Sud du pays que la fin de l’union nationale est écrite dans les astres. En traumatisant une Flandre, scandalisée – à tort ou à raison – d’être caricaturée en une région séparatiste, repliée sur elle-même, arrogante voire raciste.

Les lignes de fracture communautaire actuelles ont-elles été balisées par ce canular ? Il y a des partis flamands demandeurs d’une autonomie plus grande, mais votant au parlement flamand contre une proposition de loi du Vlaams Belang réclamant un référendum sur l’indépendance. Il y a des partis francophones résistant, dans des registres divers, à tout ce qui pourrait saper la solidarité intrabelge. Et, au bout du compte, il y aura la nécessité de se parler encore. De trouver un consensus sur l’avenir du pays.

Bye Bye Belgium était une provocation. Créative ou brutale – encore une fois, c’est selon. Ce fut incontestablement un détonateur. Sur son lit est notamment née la collaboration entre Le Soir et De Standaard, un canal de dialogue et d’échange, qui garde d’autant plus d’importance que les tensions politiques s’exacerbent. Les deux quotidiens distribueront cette semaine le DVD de cette émission en primeur : Le Soir jeudi, De Standaard samedi. Afin que chacun puisse se faire une religion, un an après.

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