Un accord sur le climat à Bali

SCHOUNE,CHRISTOPHE

Dimanche 16 décembre 2007

Environnement L’accord de Bali ouvre la voie à un nouveau traité pour combattre les changements climatiques

Le suspense aura été entier jusqu’au bout. Minimaliste, l’accord de Bali embarque pour la première fois l’ensemble des pays dans le combat du climat.

NUSA DUA (BALI)

De notre envoyé spécial

Inédit, incroyable, historique… « Les commentaires éberlués fusent de toutes parts, samedi après-midi, dans l’enceinte de la conférence des Nations unis sur les changements climatiques, à Bali. Après deux jours et deux nuits de négociations d’une extrême âpreté, l’accord sur le climat est enfin une réalité. Mais que de sueurs froides et de retournements de situations. Dépassant de loin la dramatisation coutumière des fins de conférences, la négociation entre les pays industrialisés et les pays en voie développement aura cumulé tous les ingrédients d’un suspense retransmis en mondiovision.

Il est 8 heures, samedi, lorsque les délégations reviennent en séance plénière après l’ultime nuit blanche de palabres. Coup de théâtre, alors qu’un compromis semblait acquis, la Chine monte au créneau, suivie par l’Inde. Toutes deux demandent aux parties de reconsidérer le chapitre relatif aux efforts en matière de transferts de technologies, notamment, que devront consentir les pays en voie de développement pour combattre les changements climatiques. L’assemblée plénière est suspendue.

L’interruption de séance ne calme pas les esprits. Dans un coup de sang, le représentant chinois invective le secrétariat des Nations unies, l’accusant de vouloir forcer la main aux pays en développement. Revenu d’urgence dans la nuit à Bali, le secrétaire-général des Nations unies, Ban Ki-Moon, lance alors, en début d’après-midi, un appel solennel aux délégués des 188 pays présents. « Il se fait tard, il est temps de prendre une décision… »

Rien n’y fait, la Chine s’arc-boute. Secrétaire général de la convention climat, Yvo De Boer monte à la tribune pour expliquer « la clarté du processus ». Mais il craque face à des accusations qu’il estime infondées. Epuisé, en sanglots, l’homme qui a piloté la conférence pendant deux semaines quitte la salle. Le temps de se reprendre, il revient dans l’arène, ovationné.

Après une nouvelle interruption, la Chine et l’Inde se disent enfin satisfaites des amendements déposés. C’était sans compter la secrétaire d’Etat américaine Paula Dobriansky, qui manifeste son souhait de bloquer le compromis « insatisfaisant ». Huées. Le ministre sud-africain sème un vent de colère contre les Etats-Unis. « Soyez leaders, signez cet accord ou sortez de la salle, s’exclame le ministre de la Papouasie-Nouvelle Guinée. « Tempête à bord de l’esquif onusien. Paula Dobriansky redemande enfin la parole. Elle se justifie, puis, de façon inattendue, lâche : « Laissez-moi vous dire que nous irons plus loin et que nous rejoignons le consensus ». L’assemblée acclame le revirement américain. Il est 14 h 32. Le marteau présidentiel entérine la feuille de route de Bali au terme d’un psychodrame planétaire.

Pour sortir de l’impasse, l’Union européenne aura dû concéder toute référence chiffrée aux émissions polluantes et à la nécessité de les réduire, mention auxquelles s’opposaient au premier chef les Etats-Unis. Toutefois, la communauté internationale « reconnaît que des réductions sévères des émissions mondiales devront être conduites » et souligne « l’urgence « de lutter contre le changement climatique en renvoyant, par une note en bas de pages, aux travaux du Groupe intergouvernemental d’experts sur le climat (Giec). (lire par ailleurs)

Tout en leur ménageant un statut à part, en tant que seul pays industrialisé à n’avoir pas ratifié Kyoto, l’accord a la vertu d’enrôler les Etats-Unis dans les efforts à venir, en les invitant à des « actions « plutôt qu’à des engagements.

« La position américaine était dictée en direct de la Maison-Blanche, concède ce ministre. Le ralliement était sans doute une mise en scène étudiée. Les Etats-Unis ne pouvaient pas endosser un échec face à l’attente de l’opinion mondiale. « Chef de file de la délégation belge à Bali, la ministre bruxelloise de l’Environnement, Evelyne Huytebroeck (Ecolo), se déclare de son côté impressionnée par la force et la détermination affichées par les pays en voie de développement. « Même s’il reste beaucoup de travail à effectuer, on sera tous autour de la table, y compris les Etats-Unis. Il s’est passé quelque chose de magique, plein de personnes pleuraient dans la salle ».

Pour Hilary Benn, ministre britannique de l’Environnement, « c’est une percée historique. « De son côté, Sigmar Gabriel, le ministre allemand note « qu’au bout du compte, personne ne voulait d’échec. Nous avons obtenu plus que nous ne pouvions l’espérer, même si c’est moins que ce qui est nécessaire face à l’urgence du problème. »

Un constat que Greenpeace résume en d’autres termes : « La maison brûle encore, mais au moins on a pu sauver les meubles. ».

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