Hadja, de l’autre côté du miroir afghan

CROUSSE,NICOLAS

Mercredi 19 décembre 2007

Documentaire « Afghanistan. Le choix des femmes », en avant-première au Théâtre National ce mercredi

C’était un matin d’octobre 2001. Hadja Lahbib, envoyée spéciale au Pakistan pour le journal télévisé de la RTBF, couvre les événements. C’est la guerre. Et le début de la riposte américaine post-9/11. Trois ou quatre jours après les premiers bombardements aériens, la journaliste belge voit arriver à la frontière afghane « des fantômes titubants, les sandales de plastique tâchées de sang. Ces femmes marchaient depuis des jours ».

La rencontre dépasse le cadre journalistique. La plus ancienne des femmes interpelle Hadja. Qui se souvient : « Ses grands yeux verts mangeaient son visage et me dévoraient de l’intérieur. Pour la première fois, mon micro tremblait, je n’étais plus un regard extérieur : j’étais une femme comme elle, rongée par la même révolte. »

Ces quelques mots sont tirés de la note d’intention du documentaire qu’Hadja Lahbib vient de réaliser. Et qu’elle présentera ces mercredi et samedi soir au Théâtre National, à Bruxelles. Des mots éloquents. C’est que le film résonne autant comme un témoignage de femme que comme un reportage de journaliste. Hadja Lahbib ne rate pas son passage au grand écran. Et l’on ne regrettera qu’une seule chose au terme de la projection : la durée, trop courte, parce que formatée sur celle des reportages télévisés.

Ce témoignage remarquable dresse le portrait de deux femmes – leaders au pays des hommes – que tout semble opposer. L’une, Habiba Sorabi, est gouverneure et incarne un pouvoir démocratique balbutiant, dans la vallée de Bâmyân, juste en face des gigantesques bouddhas détruits en mars 2001 par les Talibans. L’autre, Aïcha Habibi, appelée la « commandante Kaftar », est chef de guerre fidèle aux moudjahiddines et impose une autorité impressionnante, dans la vallée de Sajjan.

Derrière le portrait croisé de ces deux femmes étonnantes, qui symbolisent la déchirure actuelle de l’Afghanistan, le film a l’immense mérite de balayer au loin quelques vilains clichés. N’y cherchez pas la peur et la psychose. C’est peine perdue. Voici un regard plein de compassion, de respect et d’étonnement sur un pays décidément mal connu. Et qui révèle ici sa vitalité, son humour et sa beauté ancestrale.

Ce mercredi, à 20 h 30, au Théâtre National, 111-115 boulevard Emile Jacqmain, 1000 Bruxelles. Infos et réservations :

02.737.20.56, ldehon@rtbf.be.

Pas de résultats.