« Un terminal à conteneurs, vite ! »
MOREL,PIERRE
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Jeudi 20 décembre 2007
Economie Les utilisateurs du port de Liège tirent la sonnette d’alarme
Personne n’ose jamais rien dire, mais il était temps de créer un électrochoc. » Dans le Landerneau, le discours d’Etienne Baugnée, vendredi lors du traditionnel déjeuner annuel du Mupol qu’il préside, a fait grand bruit. Le Mupol (Manutentionnaires et utilisateurs du port de Liège) est une coupole professionnelle qui regroupe une vingtaine d’entreprises actives dans le port de Liège : manutentionnaires, affréteurs, transporteurs, chargeurs…
Par ailleurs administrateur-délégué de la société CTB-Magemon, Etienne Baugnée avait laissé sa langue de bois au vestiaire pour dire tout haut ce que tout le secteur pense tout bas : la plateforme multimodale Trilogiport ne peut plus traîner.
« L’activité dans le port a été cette année encore excellente, en augmentation constante, souligne-t-il. Cependant, ne nous leurrons pas : ce sont nos marchés captifs qui marquent leur bonne santé. Nous développons correctement deux des trois composantes générales du transport fluvial, à savoir le vrac et le conventionnel. Mais la seule composante qui croît de manière significative ailleurs en Europe, c’est le trafic de conteneurs. Or, nous constatons que Liège, 2e ou 3e port européen, est le seul qui ne parvient pas à développer cette composante. »
Chiffres à l’appui : le trafic conteneurs stagne autour des 15.000 TEU (Twenty-foot equivalent unit, unité correspondant à un conteneur de 20 pieds) par an à Liège. Le terminal hollandais de Born, à 40 kilomètres à peine, a manutentionné 110.000 TEU en 2007 et portera sa capacité à 200.000 TEU en 2008. Venlo, Genk, Meerhout, tout près de chez nous, accueillent toujours plus de conteneurs. Le trafic est là. Mais il faut le capter.
« Nous avons besoin d’urgence d’un bon terminal, performant et moderne et le constat de carence est cruel dans ce domaine, fulmine Etienne Baugnée. La saga Trilogiport nous révolte ! Au cas hautement improbable où un accord serait trouvé aujourd’hui avec Electrabel pour ses terrains, le début des activités y serait impossible avant début 2011. Que vont devenir les projets des nombreuses entreprises qui se sont porté candidates avec un cahier des charges prévoyant un début d’activité fin 2009 ? Ils iront se développer et créer leurs emplois ailleurs. En 2012, les grands groupes industriels et les grands distributeurs auront positionné leurs implantations logistiques en Allemagne, France et Belgique, mais pas chez nous ! »
Pas grave ! il nous restera la sidérurgie
Commentaire
On a déjà fustigé en ces colonnes l’attitude d’Electrabel dans le dossier de la plateforme multimodale Trilogiport. Mais bon, nul n’attend de cette très rentable filiale de la multinationale Suez qu’elle fasse preuve de philanthropie. Et si elle est aujourd’hui en position de faire cracher un maximum d’argent public pour ses terrains et a obtenu la suspension du permis, c’est bien à cause d’une terrible négligence du pouvoir public.
Dans ce dossier primordial pour le redéploiement de Liège, le Ministère de l’Equipement et des Transports et son ministre de tutelle Michel Daerden ont voulu aller vite. Ils sont allés à la va-vite. Le Conseil d’Etat n’est sans doute pas le seul à se demander comment pareil projet a pu se monter en faisant l’économie d’une étude d’incidences, par exemple.
En attendant, voilà donc près de quinze mois qu’on négocie avec Electrabel sans aucun résultat palpable. Et à bonne source, on confirme être encore très loin d’une éventuelle solution. Il est évidemment sain que le cabinet Daerden, qui négocie, soit soucieux de ne pas faire n’importe quoi avec l’argent public. Mais ici, on frise l’immobilisme pur et simple.
Résultat des courses : l’explosion mondiale du trafic de conteneurs, qui oblige les ports maritimes à appeler leur « hinterland » au secours va… passer sous le nez de la région liégeoise, au profit des Limbourg flamands et néerlandais.
Incompréhensible. Au point qu’un acteur privé du secteur nous confiait récemment se demander si tout cela n’était pas une conséquence d’une guerre des clans au sein du PS liégeois (Willy Demeyer est président du Port autonome de Liège). Impossible à croire, mais qu’on l’imagine dans le secteur privé est symptomatique du malaise ambiant.
« La logistique, il faut dire, ce n’est tout de même pas beaucoup d’emplois à l’hectare, hein », nous susurrait un politique liégeois en vue il y a peu. Avec cette volonté politique-là, évidemment, le redéploiement liégeois va encore avoir beaucoup besoin de Monsieur Mittal et de quotas de CO2.
