Albert II soulagé, inquiet et… ambigu
DELFOSSE,LUC
Lundi 24 décembre 2007
Au terme de ces 6 mois de crise paroxystique, comment se sent le Roi ? Comme la plupart d’entre nous : soulagé mais inquiet. C’est normal : au Palais comme dans la rue, on sait bien que le conflit Nord-Sud est simplement « canalisé ». Ou pour reprendre une image belgo-belge : mis au frigo.
Le royal apaisement se traduit d’emblée -fait rarissime- par un salut appuyé à Guy Verhofstadt, nimbé désormais d’une aura de « père de la Nation ». Car c’est bel et bien du Premier ministre dont le roi salue la « créativité », le « bon sens » et « l’esprit de compromis ». Yves Leterme, le « déformateur », appréciera à sa juste valeur…
Le courroux du Palais est tout aussi limpide. Se mettant une fois encore sous l’ombre tutélaire de son frère, le chef de l’Etat cite Baudouin au sortir des grandes réformes institutionnelles des années 80. Une façon habile et très rude de dire que les Belges sont « acculés » à céder aux revendications autonomistes.
« Acculés » ? Une manière de condamner, sans les citer bien sûr, les petits partis qui font leur miel des revendications communautaires, jusqu’à gripper notre bon vieux système.
Dès lors, reconnaissant au détour qu’il faudra bien « moderniser » l’Etat, Albert II, lui, se pose un peu là en réconciliateur.
Mais au-delà des antiennes habituelles de Noël -apprenons à nous connaître mieux, parlons l’autre langue, bâtissons de grands projets mobilisateurs…- le Roi y va d’un couplet interpellant sur la « réconciliation » entre les communautés.
Ce n’est pas la première fois que le palais use de cette formule terriblement ambiguë, faisant par ailleurs allusion aux « injustices collectives » commises dans le passé.
Mais qu’entend très exactement le Roi quand il déclare : « Il importe de surmonter ces blessures et de tout faire pour favoriser l’entente afin de construire ensemble un avenir commun. » ?
On peut être sûr que la Flandre qui n’en finit pas de ne pas guérir de sa condition dans le premier siècle de l’Etat belge et des « humiliations » vraies et présumées subies lors des deux Guerres Mondiales, interprètera cette phrase à sa façon. Car on sait que les Flamands, tous partis confondus, font un amalgame entre « pardon » et « amnistie » pour les collaborateurs de 1940-45.
Dès lors, sous le prétexte louable de panser les plaies de l’Histoire et redire en quelque sorte à la Flandre « Je vous ai compris », le Roi rouvre un dossier dont on aurait souhaité qu’il reste clos à jamais.
