Les vendeurs de tee-shirts n’ont pas eu l’intention de déstabiliser la société
n.c.
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Mercredi 26 décembre 2007
Carte blanche
« financement d’activités terroristes ». Le procès fut palpitant : le tribunal entendit des experts et des témoins, cités par l’accusation et par la défense, sur la question de savoir si le FPLP et les FARC étaient des mouvements terroristes ou, au contraire, des organisations de résistance légitime à l’occupation israélienne ou au régime qualifié par beaucoup de dictatorial en place à Bogota. Les juges danois furent ainsi obligés, vu la volonté du parquet de criminaliser la vente des tee-shirts « diaboliques », de se pencher sur des questions de géopolitique on ne peut plus brûlantes, comme la légalité de l’occupation des territoires palestiniens par Israël ou le caractère démocratique du gouvernement colombien !
Au même moment, se déroulait à Anvers le nouveau procès des militants ou sympathisants belges (ou résidents) du DHKP-C turc. Sans qu’on ne leur reproche une quelconque action violente où que ce soit, une poignée de militants de gauche – dont les figures de proue sont Ferhye Erdal et Bahar Kimyongür – ont été détenus préventivement, puis condamnés chacun à plusieurs années de prison par le tribunal correctionnel de Bruges, d’abord, puis par la cour d’appel de Gand, pour soutien à une organisation terroriste. La condamnation a été annulée par la Cour de cassation, d’où un nouveau procès à Anvers avec un arrêt annoncé pour le 20 décembre puis reporté au 19 janvier. Bahar Kimyongür risque gros car le parquet fédéral en fait une espèce de tête pensante du DHKP-C. Son crime ? Avoir traduit dans nos langues encore nationales des communiqués du parti turc d’extrême gauche dont il se déclare sympathisant et que l’État turc veut anéantir sans que ses membres ne puissent trouver asile nulle part.
Traduction de textes appelant à la résistance ou à la lutte armée, d’un côté. Vente de tee-shirts aux logos révolutionnaires, de l’autre. Le parallélisme est aisé autant qu’inquiétant. Depuis que Che Guevara est au panthéon de tous les adolescents du monde, qui n’a pas vendu, distribué ou acheté des vêtements ou des objets à l’effigie du bouillant révolutionnaire argentin abattu par la C.I.A. américaine ? Imaginez qu’il soit encore vivant, Ernesto Guevara, qui n’avait pas une stratégie différente des FARC, du FPLP, ou du DHKP-C, serait nécessairement considéré comme terroriste par les nouveaux Mc Carthy qui, aux USA et chez tous leurs satellites, font la chasse aux sorcières vertes, noires et rouges… Résultat : tous les boutonneux rêvant de prendre le maquis aux côtés du Che pour combattre un monde injuste tomberaient dans les casseroles sécuritaires que l’on fait bouillir un peu partout depuis un certain 11 septembre…
En toute chose, il faut raison garder. Hé bien c’est ce que les juges danois ont fait ! Le 13 décembre dernier, ils ont acquitté les sept « combattants + amoureux ». Le « ouf » de soulagement est planétaire et sort des poitrines de tous les partisans de la liberté d’expression et de tous les militants du monde.
Frappé au coin d’un gros bon sens, le jugement danois ne dit rien de l’occupation des territoires palestiniens par Israël, ni du degré de démocratie du régime colombien. Il se contente de constater que les vendeurs de tee-shirts combattants et amoureux n’ont pas eu « l’intention de déstabiliser la société »… Reste à Bahar Kimyongür et à tous ceux qui veulent que chacun puisse exprimer des idées, même si elles choquent, dérangent ou effraient, à espérer que les juges anversois auront la même placidité lucide que leurs homologues danois.
