Le « Sarko circus » en tournée
VANHOENACKER,CHARLINE
Mercredi 26 décembre 2007
France Le Président officialise sa nouvelle idylle avec Carla Bruni en Egypte
Car, si le Président fait feuilletonner sa vie, livrant chaque jour un nouvel épisode à l’opinion, celui-ci, qui a démarré mardi, c’est du premier choix. La France peut suivre en temps réel les activités du couple star, comme en téléréalité.
Des vacances du « premier président producteur-animateur », selon l’expression de Philippe Ridet, journaliste au Monde, la ménagère de moins de 50 ans retient les balades main dans la main avec la nouvelle compagne. Mais les socialistes, eux, relancent la polémique sur le conflit d’intérêts avec les grands patrons. Car, comme à Malte, en juin, le Président s’est rendu en Égypte grâce à l’avion privé de son généreux ami Vincent Bolloré, P-DG d’Havas. « Dès lors que le président de la République se met en situation de dépendre des faveurs des milliardaires, il y a forcément des contreparties, et nous nous interrogeons : lesquelles ? », a lancé hier le député PS Arnaud Montebourg.
Mais il n’y a guère que sur le « way of life sarkozyen » que les socialistes se font piquants, en ce moment. Alors, le gouvernement a désigné un contradicteur en la personne du secrétaire d’État au Tourisme, Luc Chatel. Peine perdue, car Nicolas Sarkozy, volant à nouveau sur « Bolloré airlines », balaie ainsi d’un revers de la main la critique socialiste.
Promesse non tenue : Nicolas Sarkozy avait assuré en 2005 qu’il ne mettrait plus sa vie privée en scène. Mais ici, il s’agit non seulement d’officialiser l’idylle avec sa nouvelle compagne, mais aussi d’occuper le terrain médiatique dans cette période creuse en actualité. La stratégie n’est pas neuve et date déjà de l’épisode « Nicolas Sarkozy à Arcachon », lorsqu’il était ministre de l’Intérieur. « Il propose à l’opinion une histoire de lui-même. Le problème posé à la presse est d’être face à un phénomène qui fascine et fait vendre. Notre responsabilité : prendre du recul pour analyser les réformes et observer ce qui se joue », explique Franck Nouchi, rédacteur en chef du Monde 2, dans le magazine Stratégies.
La manœuvre est là : empêcher les journalistes de prendre du recul pour jauger les réformes et y réfléchir. Nicolas Sarkozy a augmenté la médiatisation des événements de 450 % par rapport à Jacques Chirac, et les déplacements du Président sont passés de quatre par mois pour son prédécesseur à quatre ou cinq par semaine. Lancer plusieurs dossiers en même temps participe du même concept : « C’est un moyen d’éviter l’enlisement d’un dossier unique et, surtout, de s’assurer la maîtrise de l’agenda médiatique, explique Thierry Saussez, homme de communication et conseil du Président. Au lieu d’être à la remorque des médias, ce sont eux qui se trouvent obligés de suivre. Et puis, cela permet de gagner un délai supplémentaire sur l’attente des résultats. » Franck Louvrier, chef du service de presse de l’Elysée, répond au risque de saturation : « Je suis convaincu que l’ère des présidences silencieuses est révolue. » En revanche, lui s’applique ce silence quand il s’agit de Carla Bruni : « Voilà plus de dix ans que je travaille avec Nicolas Sarkozy et que je me suis toujours appliqué à ne faire aucun commentaire sur ce qui relève de sa vie privée. »
La seule promotion qui peut faire de l’ombre au Président est de taille : Astérix aux Jeux Olympiques.
