Bhutto assassinée, l’œuvre d’Al Qaïda ?

LOOS,BAUDOUIN; AFP

Vendredi 28 décembre 2007

Pakistan La campagne pour les élections législatives bouleversée par un attentat

Le réseau terroriste Al-Qaïda a revendiqué l’attentat qui a coûté la vie jeudi à l’ex-Premier ministre pakistanais Benazir Bhutto à Rawalpindi, a affirmé vendredi la chaîne de télévision privée pakistanaise ARY.

Le gouvernement pakistanais « n’est pas au courant d’un lien avec Al-Qaïda » dans l’assassinat de l’ex-Premier ministre et opposante Benazir Bhutto dans un attentat suicide jeudi soir, a déclaré le ministère de l’Intérieur, après qu’une télévision pakistanaise eut annoncé la revendication par le réseau terroriste.

Le Pakistan, l’un des principaux pays musulmans, a connu hier un nouvel épisode sanglant dans son histoire déjà tourmentée. Benazir Bhutto, celle qui fut naguère la première femme Premier ministre dans un pays musulman, a perdu la vie dans un attentat qui s’est produit à la fin du meeting électoral qu’elle avait dirigé à Rawalpindi, la ville jumelle de la capitale Islamabad.

Selon divers témoignages, l’auteur de l’attentat a réussi à tirer sur elle, la touchant au cou, avant de se faire sauter à l’aide d’une bombe, tuant une vingtaine de personnes et blessant une soixantaine d’autres.

A deux semaines seulement des législatives, le principal parti de l’opposition, le Parti du peuple pakistanais (PPP), perd ainsi son atout majeur. Des manifestations de protestation, parfois violentes (quatre tués étaient signalés dès jeudi soir), ont éclaté à travers le pays, alors que le président, Pervez Musharraf, réunissait d’urgence le gouvernement et les autorités militaires, appelant la population à maintenir la « paix » pour « que les desseins diaboliques des terroristes soient mis en échec ».

La première mesure décidée, outre les trois jours de deuil décrétés, a consisté à placer les forces de sécurité en « état d’alerte rouge ». Nawaz Sharif, autre chef de l’opposition, a appelé dès jeudi au boycott des élections et à une grève générale. Il a demandé à Pervez Musharraf de démissionner pour « sauver le Pakistan ».

Toute la vie de Benazir Bhutto aura échappé à la banalité. Cette femme autoritaire et charismatique issue d’une grande famille de propriétaires terriens avait réussi, en 1988, à devenir à 35 ans Premier ministre moins de dix ans après que son père, Zulfikar Ali Bhutto, ex-Premier ministre lui aussi, eut été pendu par le régime du général Zia Ul-Haq.

Ses passages à la tête du gouvernement pakistanais (1988-90, 1993-1996) ont pourtant été assombris par d’embarrassantes affaires de corruption même si elle protesta toujours de son innocence et de celle de son mari. Cette année, le Wall Street Journal a estimé que les détournements de fonds et commissions illicites auraient apporté de 100 millions à 1,5 milliard de dollars à, justement, son mari.

Mais la popularité de Benazir, même exilée à Dubaï et à Londres, demeura. Lors de son retour le 18 octobre à Karachi, l’explosion de joie populaire fut ternie par un grave double attentat suicide dont elle sortit indemne mais qui fit 139 tués. Il s’était agi du plus violent attentat dans l’histoire du pays – et de cette année, record, avec 800 morts dans des attentats-suicides.

Les condamnations se sont multipliées hier à travers le monde. À Washington, le président George W. Bush a condamné ce « lâche assassinat perpétré par des extrémistes assoiffés de sang qui essayent de miner la démocratie au Pakistan ».

Le ministère chinois des Affaires étrangères affirmait à Pékin que la Chine était « choquée par l’assassinat au Pakistan du chef de file de l’opposition Benazir Bhutto » et condamnait « fermement cette attaque terroriste ». Moscou condamnait également « fermement l’attentat » tout en disant « espérer que la direction du Pakistan va réussir à prendre les mesures nécessaires pour assurer la stabilité dans le pays ».

De son côté, le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a condamné une « attaque contre la démocratie et contre le Pakistan ».

Parmi les nombreuses réactions, épinglons aussi celle du président afghan, Hamid Karzaï – qui avait participé mercredi au Pakistan à un sommet avec Pervez Musharraf et avait rencontré Benazir Bhutto quelques heures avant son meurtre – qui a condamné « de la façon la plus vigoureuse cet acte de lâcheté d’une immense brutalité ».

Le retour au pays de Benazir Bhutto en octobre dernier avait été le fruit de laborieuses négociations avec le général Musharraf auxquelles les Etats-Unis avaient participé. Mais les choses s’étaient vite gâtées et Musharraf avait décrété l’état d’urgence avant de finalement maintenir les élections.

Le décès du chef du PPP ouvre un nouveau chapitre lourd d’incertitudes dans l’histoire du Pakistan.

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