Le baril prend de l’altitude
LANCKMANS,JEAN-FRANCOIS; AFP
Vendredi 4 janvier 2008
Energie
Selon les opérateurs du marché, le record de mercredi serait dû à une unique transaction réalisée par un courtier indépendant. « Les cent dollars auraient apparemment été touchés à cause d’une opération, qui serait, selon les rumeurs, une tentative locale d’attirer la gloire, plutôt l’infamie, disent certains », ont rapporté les analystes de la maison de courtage Sucden.
Pour les professionnels, il ne faisait aucun doute que le cap des 100 dollars allait être franchi un jour ou l’autre : « Le pétrole avait augmenté de manière importante mercredi en raison d’une multitude de facteurs, incluant l’attente d’une baisse des stocks américains (ce qui s’est produit ce jeudi, NDLR), un regain de violence au Nigeria et une intense spéculation sur les matières premières. » La perspective d’un hiver très froid aux Etats-Unis est aussi un facteur de soutien. Sur les quatre dernières semaines, les Américains ont par exemple consommé 21,2 millions de barils de produits pétroliers par jour en moyenne, soit déjà 2,1 % de plus qu’en 2006 à la même période.
Enfin, la glissade du dollar face à l’euro participe mécaniquement à la hausse des prix : la faiblesse du billet vert pousse les producteurs à vendre plus cher le pétrole pour préserver leurs revenus. Et les investisseurs munis d’autres devises, voyant leur pouvoir d’achat augmenter, sont incités à acheter plus de produits vendus en dollars, comme l’or ou le pétrole.
L’engouement actuel pour les matières premières a aussi largement participé au mouvement. Ainsi, l’once d’or n’a pas échappé à la frénésie : l’or, qui avait pulvérisé son record historique mercredi, a continué à progresser jeudi, se hissant jusqu’à 867,90 dollars.
Cette dimension fortement spéculative de l’escalade des prix suscite le scepticisme de certains analystes. « Les prix du pétrole ont continué à monter malgré la détérioration évidente des perspectives de demande », a souligné Julian Jessops, analyste du cabinet Capital Economics. « Il était frappant de constater que le brut a atteint 100 dollars mercredi juste après la parution d’une étude sur l’activité industrielle américaine, signalant une récession de l’activité manufacturière et peut-être de l’économie dans son ensemble, a-t-il rappelé. Les prix du pétrole grimpent bien au-dessus de niveaux pouvant s’expliquer par les lois de l’offre et la demande. »
Tout le monde ne partage pas cet avis. Pour une experte de l’institut de conjoncture allemand DIW, la flambée des prix du pétrole n’est pas près de s’apaiser et le prix du baril pourrait même doubler dans dix ans.
« Les réserves de pétrole s’amenuisent de plus en plus, et cela va faire monter les prix », juge Claudia Kemfert dans un entretien au quotidien Berliner Zeitung. « Dans cinq ans, un prix de 150 dollars le baril est probable, dans dix ans un prix de 200 dollars. »
