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DUBOIS,FRANCIS

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Mardi 8 janvier 2008

Enquête Le français maîtrisé par 95 % des habitants

La connaissance de l’anglais dépasse celle du néerlandais. Le français reste de loin la langue la plus parlée.

Sociologue linguistique et professeur à la VUB, Rudi Janssens a mené une enquête sur l’usage des langues à Bruxelles auprès de 2.500 personnes âgées de 18 à 70 ans. Il vient d’en livrer les conclusions dans la revue en ligne Brussels Studies (1).

Premier constat : si l’on compare les réponses des personnes interrogées en 2006 avec les chiffres d’un premier « baromètre linguistique » établi en 2000, on s’aperçoit que le français est plus que jamais la langue la plus importante : plus de 95 % des Bruxellois estiment la maîtriser bien à parfaitement. Les jeunes d’origine allochtone nés à Bruxelles se tournent en outre de plus en plus vers la « lingua franca ».

Le néerlandais, en revanche, perd du terrain (28 %) et se fait souffler la deuxième place par l’anglais (35 %). Notons que l’arabe et le turc accusent également un recul. À l’inverse, la connaissance de langues européennes comme l’espagnol et l’italien est en progression.

De manière générale, le contexte multilingue de la capitale est d’ailleurs considéré comme un atout par les Bruxellois : il ne se trouve que 17 % des personnes interrogées pour trouver que la cohabitation des langues constitue un problème. Partant de cette diversité linguistique reconnue bien au-delà de la dichotomie francophones-néerlandophones, l’enquête laisse donc apparaître que le nombre de locuteurs du néerlandais diminue et que ceux de l’anglais augmentent. Une vérité chiffrée qui appelle cependant des nuances.

Rudi Janssens fait ainsi remarquer que l’anglais est d’abord une langue scolaire, certes influente dans la sphère économique et dans l’environnement du travail, mais qu’elle n’est guère parlée à la maison. L’anglais a d’abord une vocation utilitaire.

Néerlandais ou flamand ?

Pour ce qui concerne le néerlandais, l’enquête relève que la proportion de Bruxellois originaires de familles unilingues néerlandophones diminue autant que celle des personnes originaires de Flandre. Et qu’il ne joue aucun rôle comme deuxième langue auprès des allophones. Mais les néerlandophones s’expriment davantage dans leur langue en dehors du contexte familial : dans les contacts avec les administrations ou dans le secteur des soins de santé, par exemple. Et dans les couples bilingues, le français ne s’impose plus aussi naturellement qu’avant.

L’enquête aborde aussi la question des habitudes médiatiques des Bruxellois. Rudi Janssens remarque ainsi que « le journal francophone bruxellois le plus populaire chez les Bruxellois néerlandophones est Le Soir » et que « si les Bruxellois néerlandophones souhaitent savoir ce qui se passe dans leur environnement direct, ils consultent en général une publication en français ». L’explication viendrait du peu d’attention que consacrent les médias flamands à Bruxelles…

Le professeur Janssens remarque enfin l’émergence d’un conflit sémantique entre les termes « néerlandais » et « flamand » : selon lui, « l’étiquette “néerlandaise” se transforme de plus en plus et le choix linguistique devient plus idéologique. La discussion sur la division de l’arrondissement électoral de Bruxelles-Hal-Vilvorde illustre la déconnexion entre la Flandre et les Bruxellois néerlandophones. »

Mais, conclut-il, « leur position n’en est pas devenue plus évidente pour autant ».

(1) Rudi Janssens, L’usage des langues à Bruxelles et la place du néerlandais. Quelques constatations récentes, Brussels Studies, numéro 13, 7 janvier 2008, www.brusselsstudies.be.

Pas de résultats.