Arnaques en kit chez Ikea

MATRICHE,JOEL

Page 12

Samedi 19 janvier 2008

Hognoul Des employés suspectés de détournements et d’escroquerie

Plus de 2,5 millions d’euros auraient été détournés. Le « coin des bons filons » était-il truffé de filous ?

C’est, à en croire le conseil de la partie civile, la plus grosse fraude jamais décelée par Ikea en Belgique : de 1993 à 2003, une poignée d’employés de Hognoul auraient détourné pas moins de 2,5 millions d’euros. L’arnaque aurait été aussi facile à monter qu’une bibliothèque Markör ou une vitrine Liatorp. Multipliant les faux bons de remboursement, ces responsables du service clientèle justifiaient le cliquetis du tiroir-caisse en expliquant que leurs prétendus clients avaient exigé un remboursement plutôt qu’un échange. Grâce à la naïveté d’abord, à la complicité ensuite, de leur superviseur, les meubles qui auraient dû logiquement réintégrer le stock étaient tout bonnement effacés de la base de données. La fraude était quasi indécelable.

« Je ne voulais pas rejoindre le service clientèle car je savais que des choses malsaines s’y passaient », prétendait, lors d’une précédente audience, une des prévenues. Le diable se niche-t-il dans le meuble en kit ? L’ancienne employée confesse avoir malgré tout succombé à la tentation en détournant près de 25.000 euros. Un pactole dont il ne resterait rien, « pas d’objets de valeur, pas de bijoux, rien de rien ». Un jour, se souvient-elle, elle a failli se faire prendre : un faux bon de remboursement a glissé de sa poche. C’est le responsable des contrôles qui l’a ramassé : « J’en ai parlé à une de mes collègues. Elle m’a répondu de ne pas me tracasser, qu’elle arrangerait les choses. Je pense qu’elle a couché avec l’employé. »

Sa collègue, elle, confesse avoir eu besoin d’argent pour « faire construire une véranda » et estime avoir détourné « entre 500.000 et 600.000 anciens francs ». Ancienne déléguée syndicale, elle a eu plus de chance que ses complices puisque n’osant pas la licencier sur-le-champ, l’entreprise lui a fait signer une « rupture d’un commun accord ».

Instruction bâclée ?

Ce vendredi, le conseil du géant suédois a insisté sur l’importance du préjudice : les mois précédant son licenciement, une des employées aurait atteint son rythme de croisière avec 5.300 euros détournés chaque mois. Une autre aurait tenté de justifier cet afflux d’argent frais en évoquant les matinées passées sur le marché de Tongres et les puces de Saint-Gilles. « Si la brocante génère de tels bénéfices, nous devrions tous reconsidérer nos choix professionnels », grince l’avocat, Me Verhaeghe.

La défense, elle, dénonce les exagérations de la partie civile et, surtout, une instruction qui aurait été bâclée. Qu’a-t-on volé ? Pendant combien de temps ? Quel est le préjudice total ? Autant de points d’interrogation que n’auraient pas cherché à balayer les enquêteurs et qui, maintenus dans le dossier, en rendent impossible une lecture nuancée. Le tribunal se prononcera le 15 février.

Pas de résultats.