Verhofstadt grâce aux socialistes ?
LABAKI,MAROUN
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Lundi 21 janvier 2008
Union européenne Front anti-PPE
« Guy Verhofstadt est un dirigeant très, très efficace, nous dit l’eurodéputé autrichien Hannes Swoboda, l’un des hommes forts de la planète socialiste européenne. Le Parlement européen voudrait bien d’un président comme lui pour la Commission. Nous, en tout cas, socialistes, nous pourrions le soutenir contre José Manuel Barroso (PPE, conservateur), qui n’a pas été très bon, qui s’est montré trop timide face aux gouvernements ». Et le dirigeant socialiste de suggérer une alliance pro-Verhofstadt qui comprendrait aussi les Verts, et serait susceptible d’attirer des voix dans d’autres groupes politiques.
« Je trouverais génialissime d’avoir Guy Verhofstadt à la tête de la Commission, réagit pour Le Soir l’eurodéputée italienne Monica Frassoni, coprésidente du groupe des Verts. Quelle bonne idée ! »
Du côté des libéraux, on se montre paradoxalement moins enthousiaste. Il est vrai que le groupe libéral du Parlement européen peut également envisager de faire alliance avec le PPE, qui est, avec le PSE, l’autre grand groupe politique…
« A priori, nous ne cherchons pas à faire alliance avec qui que ce soit, nous déclare l’eurodéputé britannique Graham Watson, chef du groupe libéral. Mais nous sommes ouverts à des coopérations sur l’avenir de l’Union, y compris sur le poste de président de la Commission. » Graham Watson ajoute : « Guy Verhofstadt est quelqu’un de très expérimenté, il a fait du très bon travail en Belgique pendant huit ans, et il sera libre… »
Un peu plus tard, le chef de file des eurodéputés libéraux se laisse toutefois aller, et énumère les cas récents de rapprochement entre sa famille politique et les socialistes : « Le nouveau Parti démocrate italien comprend du libéral et du socialiste, il y a eu une alliance libérale-socialiste pour les élections en Pologne, François Bayrou a suggéré une alliance de centre-gauche en France, etc. »
Les observateurs confirment ce rapprochement aussi au Parlement européen. Après une période de cohabitation cordiale, les relations se sont en effet lentement détériorées, depuis le début 2007, entre le PPE et le PSE. Les changements d’humeur à Berlin, au sein de la « grande coalition », ne sont pas, dit-on, étrangers à cette évolution. Et un « front » anti-PPE prend forme avec le PSE, les libéraux et les Verts – comme on a pu le voir la semaine dernière au sujet de la directive sur les crédits à la consommation (Le Soir du 16 janvier).
Beaucoup dépendra en réalité du résultat des élections européennes de juin 2009. Socialistes, libéraux et Verts pourront-ils alors approcher de la majorité absolue des 751 sièges du Parlement ? Mais d’autres facteurs joueront. Président de la Commission est l’une des trois fonctions à pourvoir au faîte de l’édifice communautaire en vertu du Traité de Lisbonne ; il faudra également choisir un président du Conseil européen et un haut représentant pour les Affaires étrangères, qui sera en même temps vice-président de la Commission. Ce sera un « paquet », qui sera ficelé – en deux temps si le nouveau traité est ratifié dès 2008 – par les chefs d’Etat ou de gouvernement, par le Parlement européen et par les états-majors politiques européens. Non sans quelques bras de fer…
Le PPE, famille politique dominante en ce moment, a des candidats officieux pour les trois postes : José Manuel Barroso pour se succéder à lui-même à la Commission ; Jean-Claude Juncker, le Premier ministre luxembourgeois, pour le Conseil ; et Carl Bildt, le ministre des Affaires étrangères et ancien chef du gouvernement suédois, pour conduire la diplomatie. Sans parler de Tony Blair, qui, bien que travailliste, est proposé par le PPE Nicolas Sarkozy pour le Conseil.
Le PPE ne peut cependant pas tout obtenir ! Il devra donc faire des choix cornéliens. Et laisser de la place aux autres. Les socialistes, à en croire Hannes Swoboda, verraient bien l’un des leurs succéder à Javier Solana à la tête de la diplomatie européenne. George Papandreou, l’ancien ministre grec des Affaires étrangères et actuel président de l’Internationale socialiste ? Aleksander Kwasniewski, l’ex-Président polonais ? Leurs noms sont cités. Selon Hannes Swoboda, « les discussions ont commencé ».
